‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 162 sur 269 · INFLUENCES SUBIES A JOINVILLE · texte numérisé non relu

INFLUENCES SUBIES A JOINVILLE

troduisircnt presque subitement et avec plus d'éclat que jamais dans les méthodes habituelles de notre artiste.

Sans doute - et les différents travaux que nous avons jusqu'ici passés en revue nous l'ont surabondamment démontré — un côté particulier du talent de Ligier le portait au maniérisme, à l'élégance et à la recherche un peu exagérée des détails ou des poses ; mais ces défauts, nous pourrons le constater bientôt, ne s'étaient encore jamais aussi clairement manifestés qu'au Sépulcre. Ses figures, correctes jusque-là et d'une exécution de plus en plus raffinée, ne nous ont guère offert de traces bien nettes de ces apports, si franchement marqués dans presque tous les morceaux de son dernier travail. Aucune autre également n'accuse avec autant d'évidence, ce sentiment de grâce un peu apprêtée, assez fade quelquefois, qui va désormais s'affirmer chez lui de plus en plus. Ce dernier caractère se trouvant être un des plus saillants de l'œuvre de Dominique et de son atelier, il devient logique d'admettre que la fréquentation suivie de cet artiste, sur le chantier de Joinville, ait rapidement développé, chez Richier, un penchant qui, comme nous l'avons souvent remarqué, ne demandait qu'à s'épanouir.

Les quelques Italiens ou italianisants avec lesquels il avait pu se rencontrer jusqu'alors n'étant que de simples ornemanistes ou statuaires de valeur secondaire, aucun, semble-t-il, n'avait pu exercer sur lui une influence bien considérable. Il leur avait, tout au plus, fiiit quelques emprunts que son individualisme avait su aisément transformer. Cette fois, il n'en est plus ainsi. Le Florentin était un véritable artiste, et son talent, officiellement reconnu, dut, par ses brillants dehors, fasciner quelque peu notre vieux maître lorrain. De là viendrait, non pas un changement radical de moyens — l'artiste était trop ancré dans ses

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mcthodcs pour qu'il ait pu en être ainsi — mais ce je ne sais quoi de plus gracieux, plus savant, qui embellit sa dernière œuvre, mais dont l'étalage trop visible n'est pas sans l'afflidir quelque peu.

Nous devons, avant de clore ce chapitre consacré aux monuments funéraires, y ajouter quelques lignes relatives à une œuvre conservée au Musée municipal de Verdun.

iPlwt. de l\iu...,, MUSÉE DE VERUUN TÈTE DE MOKT

Ce n'est plus cette fois ni un gisant ni un cadavre à demi décomposé que nous avons à décrire, mais bien un crâne taillé dans la pierre et qui dut probablement figurer sur quelque tombeau.

Rien de plus réaliste, de plus exact, pourrait-on dire, que cette composition sur laquelle le sculpteur semble s'être attardé à

tAtf. nr mort du musée df. vkrdux 237

loisir ; à laquelle il a su donner l'apparence d'un de ces vieux crânes jaunis, comme il s'en rencontre souvent dans les ateliers des sculpteurs ou des peintres et comme l'art de la fin du Moyen Age en plaça fréquemment sur les tombeaux. La matière est évidée, fouillée, avec.une dextérité remarquable et une science consommée. La largeur des plans, la finesse d'exécution des moindres détails, dénotent l'habileté de l'artiste et le soin pris par lui pour donner à son œuvre un caractère auquel le sujet était loin de se prêter. Au point de vue anatomique, l'exactitude, la vérité de ce petit chef-d'œuvre sont si grandes que, de prime abord, l'illusion est possible. Tous les os de la boîte crânienne sont fidèlement reproduits, aucune de leurs nombreuses et délicates sutures n'est oubliée, toutes sont à leur place rigoureuse. Les moindres détails du squelette de la tête et des os de la face sont minutieusement rendus, de même que la cloison des fosses nasales et les cavités orbitaires. Le maxillaire inférieur, .ses attaches avec les os malaires et mastoides, sont traités avec une merveilleuse précision. Quelques molaires restent encore adhérentes aux alvéoles; la plupart demeurent vides; leurs bords .sont usés, déchiquetés comme au naturel, et cette mâchoire édcntéc donne un air d'ironique mépris à ce lamentable débris humain.

Sur l'os occipital on lit, gravée au ciseau, l'inscription suivante :

.michi;l anghlo honakotta sc:ui.pt. ko.m/'h anno 1497

Malgré cette inscription probablement l'œuvre de quelque faussaire maladroit le catalogue du musée et la plupart des auteurs qui se .sont occupés dé la que.stion, inscrivent cette « Tête de Mort » à l'actif de Ligier Richier. Nous partageons volontiers

LIGIER RICHIF.R

cette manière de voir, sans oser cependant risquer une attribution catégorique. Pour un pareil sujet, la comparaison est, on le comprend, assez difficile et l'on ne saurait se montrer trop circonspect, étant donné surtout que l'on trouve, à Saint-Miliiel et dans la région, plusieurs monuments funéraires exécutés par des descendants de Richier et sur lesquels figurent des crânes traités de la même façon que le nôtre. Il est possible que celui de Verdun, légué au musée par l'abbé Barrois, ancien curé de la cathédrale, soit du chef de l'atelier; il en est digne en tous points. Il est taillé du reste dans la pierre dont il se servait ordinairement, mais qui, cette fois, n'est pas encaustiquée. Devant l'absence complète de preuves, nous nous contenterons de suivre une opinion commune et assez probable, sans vouloir cependant rien affirmer.

(Phol. Brunoii) LA FOI, FIGURE ALLÉGOHI.QUF. DU MAUSOLEE DE CLAUDE DE GUISE

(Phol. Je l'auteur) PONT-A-MOUSSON, ÉGLISE SAINT-MARTIN — • l.A MISE AU TOMBEAU (iTN DU XV° SIÈCLE)

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