‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 165 sur 269 · LE SÉPULCRE — PLAN PRIMITIF · texte numérisé non relu

LE SÉPULCRE — PLAN PRIMITIF

droit appuyé sur la hanche, tenant de hi main gauche la riche poignée d'un glaive ou d'une lance, il semble veiller déjà sur le dépôt confié à sa vigilance.

Cette disposition, tout tend du moins à le faire croire, n'est certainement pas celle qu'avait conçue Ligier Richier. Comme nous l'avons expliqué au début de ces pages, l'artiste s'en vint finir ses jours k Genève et il dut à son départ, vraisemblablement imprévu et quelque peu précipité, laisser non en place, peutêtre même inachevée — certains détails accessoires d'exécution tendraient à le faire croire — son œuvre capitale. Ses continuateurs, gênés par un emplacement restreint et qui n'était plus, sans doute, celui que l'on avait prévu tout d'abord, adoptèrent une disposition quelque peu différente ; les mutilations subies par deux ou trois figures dont la pose ne pouvait cadrer exactement avec les nouveaux projets, le prouvent surabondamment.

Voici, selon nous, quel devait être l'agencement primitif de la composition.

Conçue pour un local tout autre que celui que des circonstances inconnues firent adopter par la suite, elle nous paraît avoir été destinée à orner une chapelle assez vaste, qui lui eût été uniquement consacrée. Une décoration extérieure, exécutée dans ce style mi-gothique et renaissance, dont l'entrée de la chapelle du Sépulcre, à Solesmes, et la Porterie du Palais ducal de Nancy peuvent nous donner une idée assez exacte, devait en orner la façade. La chose rentre tout à fait dans les habitudes de l'époque et les exemples en sont encore assez nombreux.

De chaque côté de l'entrée, protégés par la saillie des pilastres, devaient être placés : à gauche, le chef des gardes ; à droite, le groupe formé par les deux hommes d'armes et leur tambour. A l'intérieur du monument, les quatre personnages du premier

244 LTGIKR RTCIUFR

groupe, formant à lui seul un ensemble complet, auraient été disposés tels que nous les voyons aujourd'hui. Le second groupe, constitué par la Vierge soutenue par saint Jean et Marie-Cléophée, devait être placé un peu plus en arrière qu'il ne l'est actuellement et moins parallèlement au premier. La place attribuée à Salomé n'a guère dû être modifiée, pas plus que celle de Véronique.

Quant à l'ange, personnage jusqu'alors presque inconnu dans les Mises au tombeau, mais dont celle de Saint-Martin de Pont-à- Mousson et plusieurs autres de la région de l'Est nous fournissent des exemples antérieurs, l'artiste ne l'avait certainement pas conçu pour figurer confondu au milieu des autres personnages. Sa place, selon nous, devait être à l'arriére-plan de la composition, sur une sorte de monticule un peu élevé destiné à figurer le Calvaire et en avant duquel se serait déroulé le funèbre cortège. Inspiré peut-être par le souvenir de ces scènes de Mistére, dans lesquelles apparaissaient souvent des anges venant unir la douleur du ciel à celle de la terre et consoler « Nostre Dame », l'ange eût été, en quelque sorte, le gardien respectueux, le premier adorateur de l'instrument de la rédemption des humains, demeuré debout sur le lieu du supplice (').

L'attitude générale du céleste messager, la direction de son regard, sa stature élancée, l'envolement de ses draperies, ses ailes étendues, semblent donner une certaine base à notre hypothèse. Elle est encore confirmée par la tenaille et le marteau

I. Dans une scène de la Mise au tombeau, peinte sur un vitrail de l'église de La Ferté Bernard (Sarthe), la croix domine également la composition et des anges se prosternent devant elle dans l'attitude de l'adoration. D'autres rapprocliements pourraient être également signalés entre cette peinture et le groupe de Saint-Mihiel. M. L. Germain les a indiqués dans un excellent article : « La Mise au tombeau à Saint-Mihiel et à La Ferté-Bernard », Lorraine-Art isie, 1892, pp. 646-650.

Page 1