LE SÉPULCRE — LES MISTÉRES EN LORRAINE
dis, avait étc jouée, « à l'heure de la Marande » ('), en 1 45 y, on représenta, en 1548, le Jeu et Mistère de Monsieur sainct Etienne, pape et martyr, patron de l'cglise parochiaJe de Sainct Mibicl. La pièce avait pour auteur un religieux de l'abbaye, dom Nicolas Loupvent, qui y exerçait alors la charge de trésorier. Elle était, dit de Haldat, dans une analyse résumée par le Précis des travaux de la Société royale des sciences, lettres et arts de Nancy ('), divisée en trois parties ou « journéez », précédées chacune d'un prologue et suivies d'un épilogue destinés à préparer le spectateur à l'intelligence du sujet. De plus, chaque scène principale portait, dans le manuscrit, l'indication du mode de décoration, le jeu des acteurs, leur costume, ainsi que la conduite des chœurs.
Le spectacle mettait en action un grand nombre de personnages dont les principaux étaient: le pape Etienne II, martyrisé vers l'an 257, et son persécuteur, l'empereur Valérien. Au cours de la représentation on voyait se succéder sur la scène : Dieu le Père avec une escorte d'anges ; l'empereur, ses officiers, ses soldats et son messager, Trottemenu ; les cardinaux chargés du choix du souverain pontife et au milieu desquels apparaissait soudain l'archange saint Michel; le pape; Némésius, premier chevalier de l'empereur, avec Lucile, sa fille, à laquelle le baptême rendait la vue ; Lucifer et ses diables ; des bourreaux et une foule d'autres acteurs dont quelques-uns fort burlesques. La pièce se terminait par le martyre du pape Etienne; les anges emportaient son âme au ciel pendant que les chrétiens ensevelissaient son corps. L'empereur mourait à son tour, sur son trône, en récompensant les
1. C'est-à-dire vers l'heure du goûter, le milieu de l'aprés-midi.
2. Tome II, .imiécs 1829 à 1832. Nancy, 1833, pp. 238 à 247. M. de Hald.it possédait un des manuscrits de cette pièce ; il a malheureusement disparu.
bourreaux du martyr, et les démons en liesse entraînaient son âme aux enfers.
Richier, comme le cas se présentait souvent pour les artistes de son temps, fut-il appelé à collaborer à la mise en scène du « Mistère dé saint Etienne » ? La chose est possible, mais rien ne nous autorise à l'affirmer. On peut néanmoins tenir pour certain qu'il fut du nombre des spectateurs. 11 vit, comme tous ses compatriotes, le drame sacré se dérouler sous ses yeux et ces scènes animées durent l'impressionner beaucoup plus que tous les récits qu'il avait pu lire.
11 dut lui être bien difficile de faire abstraction de ses souvenirs lorsque, quelques années après, il commença son grand oeuvre du Sépulcre. Il lui fallait, du reste, bien peu d'imagination, pour transformer la scène vécue de l'ensevelissement du pape martyr en celle de l'ensevelissement du Christ. Les chrétiens dévoués qui avaient conduit le corps dans le martyrium des catacombes, devinrent les disciples, et les nobles femmes qui les avaient assistés, les compagnes de la Vierge. Il fixa dans la glaise et plus tard dans la pierre, des personnages qu'il avait vus et dont sa mémoire avait conservé la vivante image.
Ainsi s'expliquerait, selon nous, cette forrhe de cortège funèbre donnée à l'ensemble du groupe de Saint-Mihiel ; ces péplums à l'antique mis sur le costume de quelques personnages. Ces accessoires, il est vrai, ne sont pas nouveaux dans l'atelier, mais jamais jusqu'ici ils n'avaient pris une forme aussi caractéristique. Ce sont, à n'en pas douter, des vêtements de théâtre, jetés sur des costumes réels, afin de leur donner, selon le goût du temps, une certaine couleur locale.
L'équipement à la romaine du chef des gardes a la même origine. Il y a, dans l'ensemble, quelque chose de convenu, d'ir-