‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 171 sur 269 · LE SÉPULCRE — COSTUMES ET DRAPERIES · texte numérisé non relu

LE SÉPULCRE — COSTUMES ET DRAPERIES

La facture des draperies se ressent de la simplicité de l'ensemble et, là encore, se retrouve la technique minutieuse, savante, d'une main que l'on sent absolument sûre d'elle-même, sachant assoupHr la matière et la manier selon son gré. Le travail en est vigoureux, large et minutieusement fini en même temps. Cependant, il nous faut constater ici des traces sérieuses de ce maniérisme alors à la mode, mais dont l'origine peut avoir une autre cause chez Richicr. Le sculpteur, entraîné par sa virtuosité, se joue dans certains plis qu'il creuse et accentue avec une visible recherche.

Malgré cela, le jet des draperies, toujours parfaitement harmonisées aux formes du corps, demeure logique et noble comme au plus beau temps; un chiffonnage inutile ne les comphque pas sans nécessité; l'artiste y fait preuve d'un souci très aigu d'exactitude.

Ses vêtements, sauf de bien rares exceptions, sont des vêtements réels, dont le maître avait chaque jour autour de lui de nombreux exemples. 11 en copie scrupuleusement tous les détails, différencie les étoffes légères ou fortes avec une conscience admirable. Le soin patient, minutieux, avec lequel il agence toutes les fronces, évide toutes les mèches des barbes et des chevelures, cisèle avec une finesse d'orfèvre les chaînes et les joyaux de la Madeleine, observe et rend les plissements causés par le moindre bouton, nous rappelle un des caractères essentiels de son talent. Ligier se complaît visiblement dans ces détails pour lesquels il se sait exceller et, profondément réaliste, au sens noble et élevé du mot, il s'ingénie avec tout cela à rendre l'expression, la vie, modérée par le sentiment et l'action de la grâce. Toutes ces qualités se trouvent à Saint-Mihiel, à un degré que la sculpture a rarement atteint et qu'on serait même tenté de lui croire interdit.

Par ce côté s'affirme une fois de plus, chez le maître, la persistance, la survivance ultime, déjà un peu entamée mais vigoureuse encore, de ces méthodes dont nous avons tâché d'indiquer l'origine essentiellement française, mais dont l'action vivifiante, déformée par l'introduction d'un esprit et d'éléments étrangers, allait en décroissant chaque jour. 11 nous faut saluer ici le dernier peut-être, mais en tous cas un des plus parfaits épanouissements d'un art qui — à la laveur des efforts persévérants de tous ces artistes nationaux, si intéressants, mais encore bien ignorés — avait atteint, vers la fin du quinzième siècle et le début du seizième, le maximum de la perfection et que distinguent entre tous les autres sa richesse, son amour de la précision et du détail.

Cette vaste composition, si justement louangée et dont la réputation n'est plus à faire, n'est cependant pas sans défauts et la fiiçon dont elle se trouve agencée, loin de les atténuer, semble au contraire les accuser davantage. Au Sépulcre de Saint-Mihiel, ainsi que l'a justement tait remarquer M. Gonse(') et que nous l'avons également écrit plus d'une fois, « Ligier, l'homme du Moyen Age, capitule devant les insidieux conseils de l'esprit du jour... ; un mauvais souffle, venu d'Italie, contourne ses figures et les amollit ». De ce fait, l'émotion perd de sa force, l'ensemble du groupe s'affadit. A première vue, il est vrai, l'œuvre confond par le nombre et la taille de ses figures, la pureté du dessin, la variété des attitudes, l'agencement des draperies, mais surtout et avant tout, par la minutie, la préciosité de son exécution matérielle. Là est peut-être son plus grave défaut, car cette incomparable maîtrise de ciseau, qui semble devoir demeurer la caractéristique la plus accusée de Richier, appelle l'attention sur le détail,

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