‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 174 sur 269 · LE SEPULCRE PERSONNAGES PRINCIPAUX · texte numérisé non relu

LE SEPULCRE PERSONNAGES PRINCIPAUX

lui-même et s'abandonne entre les bras de Nicodéme et de Joseph d'Arimathie. Le torse, que ce dernier soulève en le maintenant sous les aisselles, vient s'appuyer contre sa jambe gauche. Redressé par ce mouvement, dont l'énergie exerce sur lui une certaine pression qui fait saillir les épaules, il s'oflfre à nous presque de trois quarts à gauche, la poitrine très légèrement creusée, les bras ramenés en avant, les mains croisées reposant sur les cuisses, les jambes allongées et soutenues par Joseph d'Arimathie.

La tête, retenue par le bras de Nicodéme, s'incline sur l'épaule gauche, tendant les muscles du cou et creusant, dans la face latérale correspondante, une série de plis concentriques. Trop forte pour le sujet, elle paraît également un peu plate et cela vient peut-être de ce que, le sol de l'église ayant été notablement surélevé, on la voit maintenant de trop haut. La physionomie, aux traits assez réguliers, mais forts, garde l'empreinte, trop atténuée selon nous, des souffrances de l'agonie. L'expression de ce fait, n'en est pas très nette ; l'étude générale, trop cherchée et poussée jusqu'à ses dernières limites, l'a singulièrement affadie. La chevelure, régulièrement disposée au-dessus du front haut et fortement développé, dans lequel les épines de la couronne ont laissé leur empreinte, se répand sur les épaules en longues mèches ondulées. Les sourcils froncés relèvent et resserrent l'attache du nez, sur laquelle la peau se creuse en deux rides profondes. Les yeux, enfoncés dans les orbites et tirés vers l'angle interne, sont clos par les paupières tombantes. Le nez est fort, rudement profilé; les joues, creusées au niveau des maxillaires, accentuent le pli naso-labial. La bouche, aux lèvres fines et pincées, mais exempte de toute contraction, est recouverte en partie par la moustache. Une barbe courte, nettement séparée en

UGIER RICHIER 18

deux pointes à son extrémité, encadre le visage de ses mèches régulières et ondulées comme la chevelure.

Les reins sont ceints d'une écharpe finement plissée, dont une extrémité tombe jusque sur le sol (') tandis que l'autre, sur laquelle reposent les deux mams termées, est ramenée sur la cuisse gauche. Les jambes allongées sont maintenues par Joseph d'Arimathie. Celle de droite, un peu surélevée, vient s'appuyer sur la gauche et les deux pieds, ainsi superposés, semblent s'offrir comme d'eux-mêmes à l'étreinte et aux baisers de la Madeleine.

NicoDÈME. — L'attitude de ce personnage est profondément juste et l'artiste, tout en nous le montrant sous les dehors que lui prêtaient généralement les coutumes iconographiques de l'époque, nous met en présence d'un type auquel il a su donner un tout autre caractère. Le modèle choisi par lui n'a rien en effet de la vulgarité, de la décrépitude qui lui est prêtée d'ordinaire par les imagiers. C'est un beau vieillard, dont les traits présentent, à première vue, toutes les apparences extérieures de la race juive, mais dont la physionomie, adoucie à dessein, présente un grand air de dignité et d'attention. La pose, bien que fort naturelle et d'un heureux mouvement, accuse cependant trop de recherche ; il en est de même pour le vêtement. Beaucoup reprocheront à l'artiste ce manteau flottant jeté sur l'ensemble du costume et qui s'ouvre juste à point pour permettre de voir une jambe bien dessinée, un mollet joliment tourné.

Debout, légèrement incliné, Nicodème avance la jambe gauche afin de trouver, sur la f;ice interne de la cuisse, un appui solide pour son funèbre fardeau. La partie inférieure de la jambe

I. Cette partie de la draperie est moderne; elle a été ajoutée pour former support. Voir plus loin, p. 328.

LF. SKPULCRR — PF.RSONNAGI-S PRINCIPAUX 275

droite, fléchie au genou, se porte vivement en arriére, la pointe du pied s'enfonce dans le sol comme pour y chercher un point de résistance qui vienne, en quelque sorte, consolider le mouvement général du corps, que la charge fait plier et entraîne en avant.

La tête est coiffée d'un turban, à tours nombreux et entrecroisés, qui laisse échapper, juste au milieu du front, une légère touffe de cheveux. Le visage, aux traits anguleux et forts, est sillonné de rides profondes qui plissent le front et les joues; l'arcade orbitaire, très longue, abrite des yeux petits mais bien dessinés, dont le regard, voilé par les paupières tombantes, est concentré sur la figure du Christ. Le nez est tout à fait caractéristique. Une longue barbe soyeuse et très fournie, traitée avec une méticuleuse précision, encadre la figure.

Le corps est revêtu d'une tunique collante, sous laquelle se dessine le moindre mouvement. Les manches, relevées jusqu'aux coudes, laissent voir des bras solides et nerveux dont l'effort a tendu tous les muscles et tait saillir les veines qui se dessinent fortement sous la peau. Celui de gauche, tiré en bas par le poids du Christ, paraît maigre et son attache à l'épaule n'est pas juste. Un long manteau à l'antique, fait d'une étoffe flottante retenue sur l'épaule gauche par une boucle artistement ouvragée, qui en laisse échapper les deux pointes bouffantes, est jeté sur ce premier vêtement. Une agrafe, semblable à la première, en rapproche sur la hanche les deux pans opposés, qui retombent ensuite en plis larges et souples, enveloppant le mouvement de la jambe droite, jusqu'au sol qu'ils effleurent, froissant les quelques plantes qui poussent dans les interstices du terrain rocailleux de la grotte. Les cuisses sont un peu plates; les jambes, celle de gauche surtout, semblent grêles, elles sont recouvertes de longues

chausses, à tige lâche et tombante; les pieds s'entoncent dans de fortes chaussures à bouts arrondis.

Joseph d'Arimathie. — Ici encore, nous trouvons, en particulière évidence, l'ensemble des traits sous lesquels la tradition caractérisait le personnage. C'est le riche Israélite, dont le vêtement annonce la haute position sociale; mais c'est aussi le disciple secret, craintif, dont le regard, fixé sur la physionomie fermée de son compagnon, semble douter des forces de ce dernier, attendre de lui un ordre pour se relever et agir. L'attitude du sujet, sa tête régulière et fine, son air interrogateur, son magnifique costume, mettent très nettement en relief ce double caractère.

Agenouillé sur la jambe drohe, Joseph d'Arimathie laisse reposer sur sa jambe gauche, dont le pied est posé bien à plat sur le sol, la partie inférieure du cadavre du Christ. Sa main gauche, étendue sous les genoux, les soulève légèrement, tandis qu'aidé par la Madeleine il cherche, avec la main droite, à rapprocher les deux pieds et à les maintenir superposés.

La tête, de profil à gauche, est également coiffée d'un turban, fait d'un linge simplement enroulé, retenu par un tour de l'étoffe passée sous le menton et laissant échapper par-dessous quelquesunes des boucles de la chevelure. Une large plaque de métal, ornée de cabochons de pierreries, en orne la face antérieure. Une barbe courte, disposée en mèches régulières et frisées, encadre le visage, dont l'aspect est moins âpre, moins vieilli que chez le type précédent. Le profil en est plus régulier et les traits, bien que ridés et un peu déformés par l'âge, offrent des lignes plus fines que celles de la figure de Nicodème. On sent ici une recherche très évidente, faite dans le but d'agrandir, d'affiner le

Page 1