LE SÉPULCRE — PERSONNAGES PRINCIPAUX
modèle, afin de lui communiquer le caractère noble et distingué que réclamait le personnage.
Le costume, avons-nous dit, est d'une grande richesse. Il se compose d'une tunique assez ample, à manches bouffantes, descendant jusqu'aux genoux et serrée à la taille par une ceinture de cuir à laquelle est suspendue une sacoche entr'ouverte. De riches galons courent sur ce vêtement, bordant sur les épaules une sorte d'empiècement rapporté, fait d'un carré de tissu broché; dans la trame se dessinent de grandes fleurs dont la forme rappelle la fleur de lis héraldique. Un ample manteau est négligemment jeté sur l'épaule gauche. Ramené en partie sur la cuisse, il retombe ensuite jusqu'à terre, formant une masse de plis un peu serrés. Les jambes du personnage sont nues; les pieds portent des sandales retenues par des lanières passées entre les orteils et nouées à k cheville.
La Madeleine. — Ce personnage est, sans aucun doute, le morceau de sculpture le plus achevé du Sépulcre. Il est aussi, avec l'ange — et nous en avons expliqué la cause — celui qui présente, dans sa pose et dans son costume, la plus visible recherche. Il dut, nous l'avouons, paraître singulièrement beau aux contemporains de l'œuvre, et ses ajustements somptueux, ses riches bijoux, font peut-être plus vivement ressortir la simplicité avec laquelle le maître a traité la plupart des personnages de son groupe.
Agenouillée sur le sol de la grotte funéraire, le buste penché en avant, Madeleine se fait l'aide de Joseph d'Arimathie et maintient avec lui les pieds de son divin Maître. Dans un mouvement d'une spontanéité admirable, sa tête s'incline humblement et ses
lèvres effleurent délicatement les pieds du Christ. Sa bouche
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s'entr'ouvre pour laisser exhaler ses plaintes, et son regard, voilé de pitié et de douleur, contemple avec une tristesse affectueuse le corps que, dans sa foi ardente, elle semble vouloir disputer au tombeau.
Cette pose, extrêmement heureuse, qui rappelle immédiatement la scène qui doit, à travers les âges, immortaliser la mémoire de la pécheresse pénitente, Richier l'a su traduire avec un art infini, une science très sûre, une habileté qui n'est nulle part en défaut.
La tête, d'un individualisme assez serré, offre bien ce caractère de portrait que lui attribue la tradition. Les traits, un peu forts, comme du reste tout l'ensemble de la personne ('), présentent une parfaite régularité. Ils expriment une douleur intense, mais résignée et calme, à laquelle vient se mêler, à travers la douceur du regard, un sentiment profond d'adoration et de respect. Une longue chevelure, descendant bien au-dessous de la ceinture, encadre le front de ses bandeaux plats et symétriquement disposés. Un linge roulé, natté avec les tresses ondulées, forme une sorte de voile dont les plis, ramassés sur la nuque, devaient pouvoir, en se relevant, tomber jusque sur le front et couvrir la partie supérieure de la coiffure ('). Le cou et les épaules,entièrement dégagés par le décolletage de la robe, sont d'une remarquable souplesse. Le gracieux mouvement qui les abaisse
1. Les mêmes caractères se retrouvent à Briey et il est facile de se rendre compte, en comparant les deux figures, que la même personne, à une vingtaine d'années d'intervalle, a servi de modèle à l'artiste. Le Calvaire de Briey se trouvant daté par l'acte de fondation, on peut ainsi, à quelques années près, dater le Sépulcre de Saint-Mihiel. Nous reviendrons plus loin sur ce sujet.
2. Dans une des scènes peintes sur la face extérieure d'un volet du triptyque de Pont-à-Mousson, et représentant la résurrection de Lazare, Madeleine porte une coiffure et un costume presque semblables à celui de notre statue.