PERSONNAGES DU SECOND PLAN
Les trois personnages placés au second plan du Sépulcre forment un groupe également bien complet, mais d'aspect beaucoup plus simple que le premier. La recherche, en tous cas, y est moins sensible et l'on n'y rencontre pas tous ces minutieux détails accessoires des premières figures, dans lesquels l'artiste semble avoir voulu, surtout, étonner par son habileté. L'ensemble y gagne en franchise et l'effet, souligné par la spontanéité des gestes, la sincérité des expressions, est plus juste et plus vrai.
Cette composition nous rappelle, mais agrandie et transformée, la scène que nous avons vue se dérouler au pied de la croix du Calvaire d'Hattonchâtel et celle que, plus tard, nous avons rencontrée, en partie, dans le groupe de la Pâmoison conservé dans l'ancienne abbatiale de Saint-Mihiel. Inspirée évidemment des deux autres, elle présente cependant un tout autre caractère, et demeure en parfaite harmonie avec l'œuvre au milieu de laquelle elle se trouve placée.
La Vierge. — Le type choisi par Richier pour représenter la mère du Sauveur est d'une réelle noblesse, d'une beauté tou-
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chante et vraie. C'est là, on le sent, une figure très locale, un peu âgée déjà, mais dont le maître a longuement étudié et harmonisé les traits, en effaçant tout ce qui s'y pouvait rencontrer de choquant ou de vulgaire.
Jamais, avons-nous dit en parlant du groupe de l'abbatiale, l'artiste n'a atteint, dans un de ses personnages et par des moyens aussi simples, une perfection, une dignité d'expression comparables à celle de sa « Mater Dolorosa ». Ce qui était vrai pour l'ouvrage en question l'est plus encore, à notre sens, pour celui qui nous occupe.
La figure, amaigrie au point de sembler anguleuse, est d'une grande finesse de lignes. Les traits sont contractés, tirés, mais on ne saurait dire qu'ils soient altérés. Le visage, tristement incliné sous le poids d'une douleur immense, porte l'empreinte des angoisses sans nombre qui ont torturé la Vierge au cours de la Passion de ^on fils. Arrivée maintenant à la dernière phase du drame qui a broyé son cœur maternel, au moment où les disciples, arrêtés un instant dans leur marche vers le tombeau, ont déposé une dernière fois sous son regard le corps inanimé de leur Maître, elle sent ses forces la trahir de nouveau. Sur le point de défaillir, comme au Calvaire, elle tombe chancelante entre les bras de saint Jean et de Marie-Cléophée.
Le corps, bien proportionné, d'une grande délicatesse de formes, est d'une stature assez élevée. Fléchissant et affaissé sur luimême, sa chute paraît imminente, et l'appui combiné de saint Jean et de Marie-Cléophée arrive juste à point pour l'empêcher de s'abattre sur le sol. La tête penchée s'incline légèrement sur la droite ; le bras droit tombe sans torce le long du corps et celui de gauche (la main jadis brisée a été assez mal refaite) s'appuie sur celui de l'apôtre, dont le mouvement le ramène en arriére.
Le voile des veuves, traité avec une merveilleuse souplesse et drapé exactement comme ceux que nous avons vus jusqu'ici, abrite le visage sous ses larges plis débordants. Il jette sur la face une ombre discrète et douce qui vient encore en accentuer l'expression douloureuse. Une longue robe à manches collantes, étroite et très simple, revêt le corps. Croisée sur la poitrine, dont elle accuse vaguement les formes, elle laisse le devant du cou à découvert. Un long manteau tombant, jeté sur l'épaule droite et ramené en avant du corps où il se rattache au côté de la ceinture, complète cet ajustement. Sobrement drapé, il tombe en larges plis jusqu'à terre, dissimulant presque entièrement la robe et laissant à découvert l'extrémité des pieds, qui sont nus, contrairement à ce que voulait la règle presque invariable de la tradition.
Saint Jran. — Ce dernier personnage a, dans toute son attitude, quelque chose de subit, d'imprévu, que l'artiste a su très habilement traduire. On voit que, surpris par la défliillance de la Vierge, il s'e.st hâté de la secourir et son mouvement très spontané, d'ailleurs fort juste, semble vouloir soulever au-dessus du sol le corps qu'il a saisi sous les bras.
Saint Jean, placé un peu en arriére de la Vierge, qu'il domine de sa haute stature, se penche vers elle avec sollicitude. Nous avons vu ce visage imberbe, maigre, osseux, à maint prêtre d'une trentaine d'années. Son regard anxieux se fixe sur la Vierge dont il partage l'affliction et dont k reflet se peint sur sa propre physionomie.
La pose de l'apôtre est ici plus dégagée, plus souple que dans le groupe de l'ancienne abbatiale; la draperie est également moins raide, moins sèche, bien que le costume diffère assez peu. C'est une longue tunique ajustée au corps, laissant le cou entièrement