‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 18 sur 269 · LE PAYS ET L'ARTISTE · texte numérisé non relu

LE PAYS ET L'ARTISTE

Assise à l'aise sur la rive droite de la Meuse, la petite ville de Saint-Mihiel, ancienne capitale du Barrois non mouvant ('), offre un charmant coup d'œil. Le fleuve, de proportions modestes encore, coule lentement à ses pieds, reflétant dans l'onde moirée des flots les rocs dénudés qui ont inspiré la devise et les armoiries de la cité ('). Une longue chaîne de collines.

1. Ainsi appclc par opposition au Barrois mouvant, partie du duché située sur la rive gauche de la Meuse, ayant pour capitale Bar-le-Duc, et relevant féodalement du roi de France.

2. Ces rocs, appelas Falaises de Saint-Mibiel, sont situés à l'extrémité nord-ouest de la ville, en bordure de la route de Verdun, et surplombent la Meuse qui coule presque à leur base. Ils sont au nombre de sept, séparés par des intervalles à peu près égaux. Dans la première roche, surmontée d'une croix de pierre et à laquelle

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coupée par l'étroite échancrure du vallon de la Alarsoupe, ferme l'horizon. Des pentes raides et boisées encaissent le ruisseau solitaire; légèrement écartées auprès de son embouchure, elles laissent à découvert un champ un peu plus large d'où surgit un ensemble de vastes bâtiments. C'est l'ancienne abbaye bénédictine ('). Le nom de son titulaire : saint Michel, déformé par le dialecte meusien, est devenu celui de la localité groupée

on accède de la route par un large escalier, a été creusée une grotte dans laquelle on a placé un sarcophage où repose un Christ en pierre, de grandeur naturelle, dû à la piété de Jacques Steinhoff", ancien receveur de la ville. Cette chapelle a été bénite le 12 février 1773. C'est le Calvaire, but d'un pèlerinage annuel au soir du Vendredi Saint, où la roche est ornée de feuillage et illuminée. Le sommet de la sixième roche, par suite de la corrosion des eaux dans des stratifications de nature plus molle, offre l'aspect d'un champignon colossal, sorte de gigantesque table elliptique, que la voix populaire a dénommée Table du Diable.

Saint-Mihiel a pris pour armoiries ses roches, et le blason de la ville porte : il'a\w aux trois rocs d'argent, posés deux en chef et un en pointe. On a pris l'habitude, à l'époque moderne, de surmonter l'écu de la couronne murale et on lui donne généralement comme support deux aigles couronnées, ayant au cou la croix de Lorraine, tenant dans leurs serres une banderole où est inscrite la devise : « Douce movcantur. » Devise librement, mais exactement traduite par M. Léon Laurens, dans le distique suivant :

Notre foi vivra, sans reproches.

Tant que debout seront nos roches.

Cette fière devise fut justifiée par la longue fidélité de la ville lorraine à sa religion et à ses ducs.

I. L'origine de l'abbaye de Saint-Mihiel remonte au début du huitième siècle. Elle fut fondée vers l'an 709, par le comte Wulfoad, riche seigneur austrasien, et sa femme, Adalsinde, en un lieu nommé CastelUo — aujourd'hui ferme de Saint-Christophe, au milieu du bois de Vieux-Moutier — au sommet d'une colline au pied de laquelle prend sa source le ruisseau appelé la Marsoupe. L'évêque de Verdun, Agrebert, confirma la fondation.

En 819, Smaragde, 4'' abbé, transféra le monastère sur les bords de la Meuse, près du confluent de la Marsoupe, un peu en dehors du village appelé alors Godinccourt, qui prit bientôt après le nom de Saint-Mihiel, dérivé de celui de saint Michel, patron et titulaire de l'abbaye et de son église. Le village s'agrandit alors rapidement et devint, sous sa nouvelle dénomination, l'une des principales villes du comté de Bar.

L'abbaye, desservie par des religieux bénédictins, jouissait de très riches rêve-

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