‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 19 sur 269 · LE PAYS ET L ARTISTE · texte numérisé non relu

LE PAYS ET L ARTISTE

par les siècles à l'ombre de ses murailles. Une vieille tour romane, robuste et fier témoin du passé, la domine encore de sa lourde masse (').

Deux quartiers distincts, la Halle et le Bourg, étalent à l'entour leurs rues et leurs places, serties dans un cadre de fraîche verdure où quelques bouquets de hauts sapins jettent, par larges espaces, leur note mélancolique et sombre. De tout ce paysage aux aspects très divers, se dégage un sentiment pénétrant dont l'impression charme longtemps le souvenir.

Mais l'attraction principale de ce coin des Côtes de Meuse, où la Providence semble avoir réuni, comme à dessein, des lignes et des reliefs dont l'expression pittoresque devait marquer de son empreinte le génie d'un grand maître, ce n'est pas tant la beauté du site que le « Sépulcre » (') taillé par Ligier Richier. C'est ce chef-d'œuvre, heureusement intact, qui attire dans la vieille cité aux rues bordées d'hôtels aux façades sévères et de logis d'aspect monastique, tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de nos arts plastiques et surtout de la sculpture, le plus français de tous.

nus qui lui permirent d'élever, au cours des dix-septième et dix-huitième siècles, les somptueux bâtiments existant encore aujourd'hui et dans lesquels sont installés à l'aise tant de services divers. Elle comptait, au moment de sa fermeture en 1791, dix-neuf religieux prêtres ou aspirants au sacerdoce et cinq frères convers. Le dernier abbé fut Barthélemy-Louis Chaumont de La Galaizière, fils de l'intendant du roi de Pologne, Stanislas. Ce bénéfice lui fut octroyé en 1744, alors qu'il n'était encore âgé que de sept ans.

1. Les fondements de cette tour furent jetés sous le gouvernement de l'abbé Albert II, qui fut à la tète du monastère de 105 1 à 1075 ou 1078. Bien qu'elle ait été fortement remaniée à plusieurs reprises et principalement au seizième siècle, elle présente, dans ses grandes lignes, tous les caractères du style roman germanique usité à cette date dans la région.

2. Nom sous lequel est communément désigné le groupe de l'Ensevelissement du Christ placé dans l'église paroissiale de Saint-Éticnne, plus connue sous le nom d'Église du Bourg.

L'artiste qui l'a conçu est né, a vécu, sur ce sol d'où les institutions d'autrefois sont disparues une à une, emportées par les révolutions politiques. Les casernes y ont remplacé les monastères; les uniformes s'y pressent, à certains jours, sur les places où l'on n'apercevait jadis que le froc du moine ou la toge du légiste ; les revues, les défilés aux vibrantes fanfares, n'y rappellent plus que de très loin la pompe des entrées princiéres, au temps des solennelles assises des Grands Jours {').

Seule, la scène de douleur taillée dans la pierre par la main du génie a échappé, sauvegardée par l'unanime admiration, aux vicissitudes du temps, et l'éclat dont la renommée l'environne rejaillit comme les derniers rayons d'un beau soir sur la ville déchue.

La tradition attribue à Ligier Richier, outre le Sépulcre, un assez grand nombre d'œuvres diverses. Nous aurons à discuter, à vérifier ces attributions. Disons tout de suite que, pour nous guider dans ces recherches, nous serons bien rarement aidé par les documents historiques. Ligier Richier, tel les grands artistes de la Grèce primitive, apparaît obscurément dans la brume d'une légende. Malgré les laborieuses recherches des fureteurs d'archives, on parvient difficilement à porter la lumière dans cette obscurité.

I. Tribunal suprême, se réunissant une fois chaque année, et jugeant en dernier ressort de toutes les causes relevant du bailliage fort étendu dont Saint-Mihiel était le chef-lieu. L'époque de l'établissement de cette cour de justice est contestée, mais elle ne parait pas remonter au delà du quatorzième siècle. Le personnel, renouvelé à chaque session, se composait, outre le prince, d'un président choisi généralement parmi les légistes les plus en renom, de gentilshommes ecclésiastiques et laïques occupant les plus hautes charges de l'État, et de quelques juristes de profession pris à titre de conseillers supplémentaires et n'ayant que voix consultative.

Cette institution, après avoir été plusieurs fois supprimée et rétablie, disparut définitivement en 1671.

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