LE SEPULCRE — SES DESCRIPTIONS
visiblement ajoutée après coup. On la plaça au centre de la partie neuve, dans l'intervalle compris entre les deux contreforts épaulant les doubleaux de la troisième travée, en saillie de près de deux mètres sur la muraille extérieure. Puis, pour établir la communication avec l'église, on pratiqua la large baie à cintre surbaissé dont nous avons parlé et pour l'établissement de laquelle on dut remonter légèrement l'appui de la fenêtre placée au-dessus. Il devait, à l'origine, se trouver à la même hauteur que celui des ouvertures voisines. L'ensemble de ce travail, autant qu'il est permis de s'en rendre compte par les profils des moulures, paraît dater du milieu de la seconde moitié du seizième siècle.
Si l'on en juge par les précautions prises, presque dès l'origine, pour préserver le monument des dégradations causées par l'ignorance ou l'indiscrète admiration des visiteurs, le Sépulcre de Saint-Mihiel provoqua dès sa mise en place un réel enthousiasme. Le temps ne fit pour ainsi dire que l'accroître ; seulement — en raison peut-être de sa fin, sur l'orthodoxie de laquelle devaient planer les plus sérieux soupçons (') — cet enthousiasme trop exclusif pour l'œuvre fit oublier l'artiste dont le génie l'avait créée. « Quoiqu'il ait vécu dans un temps beaucoup moins éloigné de nos jours que tant d'autres moins habiles et qui ont toujours été connus — écrivait dom de l'Isle en 17570 — il fût cependant resté dans l'oubli, si dom (3almet n'eût trouvé le moyen de l'en retirer par ses recherches. »
1. Cette raison ne nous parait cependant pas suffire, à elle seule, pour expliquer le long silence qui a pesé sur la mémoire de Ligier. 11 faut aussi faire la part de la condition toujours un peu effacée, en Lorraine, jusque vers la fin du dix-septième siècle, des artisans et même des véritables artistes.
2. Histoire de la célèbre et ancienne abbaye de Saint-Mihiel, lib. cit., p. 214.
3l6 LIGIER RICHIER
Gueudeville ('), n'ayant pu découvrir son véritable nom, l'appelle « Hugues de Saint-Mihiel », et nous avons vu avec quelle peine l'abbé de Senones put arriver à réunir les quelques renseignements qu'il nous a transmis à son sujet.
Il avait eu, cependant, au moins un prédécesseur, lequel, prés de cinquante ans avant lui, avait sans hésitation et sous la forme usitée au seizième siècle, écrit le nom de Liéger Richicr en le désignant comme l'auteur du Sépulcre. Grâce à ce personnage et aux quelques lignes de son travail récemment exhumées par M. Henri Bernard ('), on saisit sans difficulté l'origine de la tradition sammielloise, dont le vieil armurier Haroux se trouvait être, au temps de dom Calmet, le dernier dépositaire. Appuyée sur ce témoignage dont la sincérité ne saurait être suspectée, elle apparaît maintenant dans toute sa force ; sa valeur, à défaut d'autres pièces, est bien près d'égaler celle d'un document. C'est dans la famille même de Ligier que son souvenir et celui de son plus important travail avait été fidèlement gardé.
Le manuscrit (') auquel nous faisons allusion était demeuré, jusqu'en ces derniers temps, inconnu et entièrement inédit; DumontO), seul, en avait signalé l'existence et noté l'intérêt au point de vue qui nous occupe, mais sans y attacher la moindre
1. Atlas historique, « Dissertation sur la Lorraine », Paris, 1708, t. II, p. 154. Voici, du reste, le passage en question : « ... Hugues de Saint-Mihiel passera toujours pour un maître accompli, tandis surtout que le Sépulcre qu'il a travaillé dans sa ville pourra publier la science de son auteur »
2. Un document inédit sur l'auteur du Sépulcre de Saiiit-Milnel , br. in-8", Bar-le- Duc, 1907. Extrait du Bull, mensuel de la Soc. des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le- Duc, n° 9, septembre 1907. Nous avons largement puisé dans cet excellent travail et nous remercions M. Bernard d'avoir bien voulu nous y autoriser.
3. L'original est la propriété de M. H. Bernard; la bibliothèque de Saint- Mihiel en possède une copie (Col. Dumont, n° 5).
4. Histoire de Saint-Mihiel, lib. cit., t. IV, pp. 407-408, .425-426.