LE SF.PULCRE — POËME D IGNACE VARIN 3I
importance. L'auteur, pour lui, était un « rimeur » et ses « fictions » ne méritaient aucun crédit. Le texte original porte pour titre : Le plan figuratif ou relatif de la ville de Sainct-Mihiel, en vers héroïques; le poète se désigne par ses seules initiales : M. J. I. V., qu'il fait suivre de la date : A Sainct Miel, MDCCVIL Il a cependant pris soin de se faire plus amplement connaître dans les derniers vers de son poème.
Sans m'oublier icy, conduisant l'harmonie, Je touche tous les cœurs avec ma symphonie, Les faisant souvenir, au service divin.
De la joye du ciel et du pauvre Varin.
Nous avons donc affaire à un organiste dont les anciens registres paroissiaux permettent de compléter l'état civil. Il s'appelait Jean-Ignace Varin et était originaire de Saint-Mihiel('), où son père « Anthoine Varin » avait exercé les fonctions de « maytre des EscoUes ». Allié, par sa femme, à la famille des RichierC), il semble avoir eu en main, à en juger notamment par la façon dont il en orthographie le nom et qui n'était plus celle de son temps, des documents authentiques sur Ligier. Il connaissait aussi parfaitement son lieu d'origine (') et savait, par une tradition de famille sans aucun doute, qu'il était au moins
1. Il y était ne au cours de l'anncc 1658-1659; i! mourut le 28 août 1709, âgé de cinquante ans. Il fut inhume à l'église paroissiale, dans laquelle il exerçait ses fonctions, le 29 du même mois.
2. D'après un ancien registre des mariages de l'église paroissiale de Saint- Mihiel, conservé à l'Hôtel de Ville, Jean-Ignace Varin, fils de feu Antoine Varin et de Marguerite Husson, épousa, le 16 juin 1693, Marie Latache, fille de feu Didier Latache et de Jeanne Hébert. La famille Latache était très ancienne à Saint- Mihiel et son alliance avec celle des Richier ne parait pas douteuse ; on ne possède malheureusement pas tous les éléments nécessaires pour l'établir d'une façon rigoureusement exacte.
3. Dom Calmet, nous l'avons vu, fut mal informé sur ce point puisqu'il fait naître Ligier à Dagonville.
3l8 LIGIER RICHIER
l'auteur du Sépulcre. Les autres indications données par lui, et dont le contrôle est facile, sont également très exactes. Son témoignage, dans ces conditions, doit être regardé comme authentique et soigneusement recueilli. Nul ne saurait, après l'avoir lu et mûrement pesé, contester à Ligier Richier la paternité du Sépulcre, pour l'attribuer, non sans une certaine apparence de logique, à son fils Gérard, ainsi que l'avait foit le paradoxal Marcel Lallemend, en i888(').-
Les vers de Varin, nuls au point de vue littéraire et d'une inspiration plus que médiocre, sont des alexandrins, des « vers héroïques » ainsi qu'il le déclare pompeusement lui-même. Ils sont néanmoins — peut-être pour la facilité de la transcription sur un étroit cahier — coupés à la césure et chacun des hémistiches occupe une ligne, ce qui, au premier abord, les fait paraître bizarrement construits et les rend presque incompréhensibles. Nous avons complété chaque vers en réunissant ses deux parties afin de rétablir la mesure et la rime. Voici, avec cette correction ('), le passage relatif au Sépulcre et à la descendance de Ligier; on remarquera, sur ce point et sur quelques autres, la parfaite concordance entre les assertions de Varin et celles de dom Calmet, publiées seulement en 175 1, et pour lequel cette source était restée inconnue.
Dans la paroisse entrons : des beautcz sans pareilles, Nous feront arrester et juger pour certain, Qu'il ne s'est jamais veu l'ouvrage d'un humain. Qu'on puisse plus louer dignement la main d'œuvre.