‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 202 sur 269 · LE SEPULCRE — POËME D IGNACE VARIN · texte numérisé non relu

LE SEPULCRE — POËME D IGNACE VARIN

Et c'est ce qui se voici cependant d'un chef d'œuvre,

D'un sépulcre en un mot, un ouvrage achevé,

Qu'on ne peut exprimer son prix si relevé;

Composé d'environ neuf à dix personnages (').

Car qui pourrait jamais imitter cet ouvrage

De huit pieds de hauteur ? Un Christ près du tombeau

Qu'on void ensevelir. — Non, rien n'est de plus beau !

Cet ouvrage est taillé, ce semble d'une pierre

Qu'on croit avoir cru là, ainsy qu'une carrière,

Et qui nous fait savoir, par un dure rocher.

Que le cœur, pour ce Christ, nous devroit bien toucher.

La Madelaine aux pieds du Christ semble vivante ;

Qui ne seroit touché d'une Vierge mourante

Que représente aussy ce spectacle touchant,

La posture et l'appuy de l'image saint Jean ?

Et semble ces portrais, les muscles et les veines,

Nous vouloir exprimer du spectacle les peines.

Ce chef-d'œuvre si beau, fait, dis-je, d'un ouvrier.

Jadis né de Saint-Miel(^), nommé Liéger Richier, '

S'il m'est permis icy de nommer la famille.

Qui règne encore ce jour, sortie de la ville (').

Les Latache {on ne peut nier la parenté).

Ont descendus enfin de ces ouvriers vantés.

Ont devenu fondeurs et signalez en France

Dans l'arcenal du Roy. De lui en récompense,

Xainte et Saintonge aussy, aussi bien que Grignant,

Connoissent leur mérite. Encore présentement

1. Cette inexactitude est duc, sans doute, aux besoins de la mesure.

2. Cette assertion de Varin est confirmée par la lettre patente du duc Antoine et les documents retrouvés à Genève, Cf. supra, p. 19, n. 2, infra, p. 383.

3. D'après ce passage, confirmé du reste par les fiiits, les descendants directs de Richier étaient sortis de Saint-Mihiel à l'époque où Varin écrivait son poème. Le dernier descendant de Ligier sur lequel on possède quelques renseignements est son arrière petit-fils, le pasteur Jean Richier, mort à Francfort le 3 septembre 1693. Cf. Abbé A. Pétel, Le Temple proteslaiil de LandrevUle, Troyes, 1907, pp. 10 et 53 ; H. Dannreuther^ « La descendance de Ligier Richier », dans Bull, mensuel de la Soc. des Lettres, Sciences et Arts de Bar-le-Duc, août 1908. La famille Richier avait néanmoins encore des alliances à Saint-Mihiel : les Lataclie, dont Varin avait épousé une fille, et les Sansonnet.

Ce sont de gros seigneurs et des gens de remarque. Mais bien récompensez du Roy, puissant monarque. Samsonnet autrefois, fondeur aussy parant ('), Marciuinde a un abé la fonde un ornement, Les deux grands chandeliers, quatre colonnes torces, Qui sont à l'abbaye Q : je n'en dis que l'escorce. Samsonnet, dis-je, alors fist venir son cousin. Qui estoit un Latache et fist l'ouvrage fin.

Dix années environ avant que Varin ne composât son poème, un bénédictin, dom Thierry Ruinart, avait, durant l'été de l'année 169e, traversé Saint-Mihiel au cours d'un voyage en Alsace et en Lorraine ("'). L'œuvre de Ligier l'avait, lui aussi, vivement frappé et les quelques lignes qu'il nous a laissées à son sujet sont les plus anciennes que nous connaissions. Mais ce témoignage est celui d'un voyageur pressé auquel la précision importe peu. Il décrit d'abord l'abbaye de Saint-Mihiel, les richesses de son trésor et de sa bibliothèque, et s'exprime ensuite en ces termes :

Après le monastère, ce qu'il y a de plus remarquable à Saint-Miliiel,

1. C'est d'un membre de la famille des Sansonnet, dont son grand-père était le contemporain, que l'armurier Haroux tenait les renseignements recueillis par dom Grégoire Thomas et transmis par lui à dom Calmet. Les Sansonnet étaient, tout au moins, originaires de Saint-Mihiel ; l'un d'eux vint s'établir à Nancy en l'année 1602 et le registre des nouveaux entrants (Arch. mun., BB, 47) contient à son sujet la mention suivante : « Biaise Sansonnet, tailleur de pierres, natif de Sainl-Mihiel... ». Un autre, demeuré à Saint-Mihiel, exerçait la profession de fondeur; l'ancienne cloche du collège Gilles-de-Trèves, à Bar-le-Duc, fondue en 1628, porte sa marque. Cf. Léon Germain, Les Cloches du collège Gilles-de-Trèves, à Bar-le-Duc, Nancy, 1894, pp. 7-9. Un « Claude Sansonet, de Saint-Myhicl en Lorraine » passa, lui aussi, au protestantisme ; il se réfugia à Lausanne où il fut reçu bourgeoisie 13 avril 1557. Cf. Chr. Pfistkr, Hisl. de Nancy, lib. cil., t. U, p. 97, n. 4.

2. Ce fait est parfaitement exact ainsi que l'a fort bien établi M. L. Germain; art. cit., note 2, p. 318.

3. «Voyage de dom Thierry Ruinart en Alsace et en Lorraine », traduction de l'abbé Marchal, dans le Recueil des documents sur l'histoire de la Lorraine, Nancy, 1862, p. 36.

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