‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 21 sur 269 · INFLUENCE DE LIGIER SUR SES DESCENDANTS · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE LIGIER SUR SES DESCENDANTS

eux principalement, comme le disait Courajod ('), le chef de la famille fut, ainsi que l'avait été Sluter un siècle auparavant pour les ateliers bourguignons, « un principe et une essence ». Pendant prés de cent ans, son style, altéré de plus en plus il est vrai par l'influence de l'Italie, à laquelle il ne sut pas, lui-même, demeurer complètement insensible, persista dans la tribu des Richier — hors du pays de Meuse — dans les villes où les circonstances . poussèrent cette famille déracinée. Ligier reste véritablement le modèle de ses descendants, et il serait intéressant de rechercher dans quelle mesure et de quelle façon ils l'ont imité. Ce sera le sujet d'une autre étude que nous tenterons peut-être un jour.

Il nous a semblé utile, quant à présent, de grouper les œuvres que de sérieuses traditions, appuyées sur des analogies de style presque indiscutables, permettent, à défaut de textes formels, d'attribuer au maître. Sans doute, il n'est pas absolument sûr que Richier soit l'unique auteur de toutes les œuvres où nous avons cru reconnaître son esprit et sa main. Les plus importantes représentent évidemment le travail collectif de plusieurs ouvriers, et le nom de Ligier Richier ne doit pas, dans la majorité des cas, être entendu dans le sens absolu. Il désigne pour nous un atelier où quelques individus travaillaient selon des modèles et une direction uniformes.

Quelle était la valeur personnelle des artisans dont était composée l'association, et quelle part de coopération peut leur être accordée ? Il est difficile de l'établir d'une façon bien positive et nous ne le tenterons même pas. Les collaborateurs de Richier nous sont d'ailleurs inconnus. La légende des trois frères rappor-

I. Louis Courajod, Leçons professées n l'École du Loinrc (i88y-i8ç}6), publiées par MM. Henry Lemonnif.r et André Michel, t. III, Origines de l'Arl moderne. Paris, Alp. Picard et fils, 1903. (23" leçon,pp. 279-280.)

tée par dom Calmet, trop facilement acceptée et amplifiée par les biographes ('), nous paraît des moins fondées, bien que renfermant peut-être une certaine part de vérité.

Quoi qu'il en soit, un caractère général se dégage des œuvres que nous examinerons, et ce caractère présente une telle unité, que nous devons les considérer comme le produit d'une même inspiration, sinon d'une même main, et en faire honneur au seul artiste historiquement connu de l'atelier sammiellois. Tout porte à croire, du reste, que Ligier, non seulement dirigeait les travaux dont il recevait la commande, mais qu'en bon ouvrier il prenait également une part très large à leur exécution matérielle.

En raison de l'absence presque complète de documents historiques, la biographie n'occupera, dans les recherches que nous entreprenons, qu'une place très secondaire. La méthode stylistique, préconisée par Courajod, et qui demeure la méthode essentielle et caractéristique de l'Histoire de l'Art, est ici, pour les raisons exposées plus haut, la seule vraiment rationnelle. Elle nous permettra de dégager, par la comparaison et l'analyse, les caractères du style, nous ne disons pas créé, ni même inventé, mais pratiqué par le chef de l'atelier sammiellois : Ligier Richier. Nous essaierons de déterminer ses procédés, sa manière, et, en suivant pas à pas la route jalonnée par les œuvres que nous croyons pouvoir lui attribuer, nous ferons toucher du doigt les phases de son évolution artistique. Nous tâcherons aussi de préciser le point d'où il est parti, de découvrir les sources des influences successives qui vinrent, au cours de sa carrière, modifier

1. Abbé SouHAUT, lih. cil. ; Marcel Lai.lemeko, L'École des Richier, Comte-Jacquet, Bar-le-Duc, 1887, un vol. in-8, 240 p.

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