‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 22 sur 269 · PLAN DU TRAVAIL II · texte numérisé non relu

PLAN DU TRAVAIL II

ses moyens primitifs. Enfin — et c'est le vif de notre sujet — nous nous efforcerons de foire ressortir le génie propre du maître, de définir son accent personnel, sa note originale.

Nous avons soigneusement recueilli et contrôlé les rares documents d'archives mis à jour par les érudits; nous les avons même souvent complétés. -Épars dans un grand nombre de publications et de brochures dont quelques-unes sont assez anciennes et aujourd'hui presque introuvables, ils nous aideront à nous faire une idée à peu prés exacte du milieu où vivait l'artiste, à dégager sa figure des légendes dont elle est embrumée. Quelques rapprochements de dates nous seront grandement facilités par eux et nous serviront, soit à fortifier une attribution déjà proposée, soit à appuyer celles que nous proposerons nous-même. Certains faits historiques, quelques aperçus iconographiques, pourront aussi, en nous expliquant la genèse d'une œuvre, nous aider à la mieux comprendre. Nous les rechercherons et les rapporterons aussi souvent qu'il y aura lieu.

Puisse l'étude ainsi comprise du vieil imagier lorrain offrir quelque intérêt, et contribuer à faire unanimement décerner, à ce grand provincial, la place à laquelle il a droit dans l'histoire de l'art français.

Cette place, les biographes de Richier, presque tous ses compatriotes, la lui ont faite, en général, trop large et trop belle. Emportés la plupart par une admiration et souvent une imagination sans bornes, un besoin inné d'égaler leur héros aux plus grands maîtres de l'art, ils ont exagéré son rôle et grossi l'importance de son œuvre. Les étrangers, par contre, l'ont parfois mal jugé, et nous ne saurions, à ce propos, accepter la critique vraiment trop sévère qu'écrivait, il y a une quinzaine d'années,

M. Louis Gonse, dans son ouvrage Lt Sculpture française ('). « Ligier, dit-il, n'est qu'un artiste de second plan, un homme de reflet. Il n'est ni un initiateur, ni, à plus forte raison, un fondateur d'école; il n'a ni grâce ni esprit. »

Les pages, et surtout les gravures qui vont suivre, permettront de rectifier ce jugement manifestement erroné sur bien des points.

Nous avons dit plus haut ce qu'il fallait penser de l'influence exercée par Richier et quelle part pouvait lui être attribuée dans l'art lorrain. Pour le juger sous son vrai jour, croyons-nous, il ne faut pas trop l'éloigner de ce milieu, ni surtout chercher à établir un rigoureux parallèle entre lui et les artistes français ses contemporains. Laissons-le là où il est né, où il a vécu et consciencieusement suivi sa route de bon artisan ; dans ces petits duchés de Lorraine et de Bar, toujours si fiers de leurs grands souvenirs et où l'art, par suite de circonstances fort diverses, était, au seizième siècle, beaucoup moins avancé qu'il ne l'était alors dans les contrées plus méridionales.

Durant toute sa carrière artistique, Ligier fut, en somme, un isolé. Il travailla presque seul, abandonné à ses propres ressources et n'ayant pour produire aucun des moyens de Germain Pilon ou de Jean Goujon, ses contemporains, qui vivaient à la cour du roi de France, dans un milieu artistique très diff^érent et bien plus développé. L'ambiance où ils ont évolué était, on en conviendra, beaucoup plus favorable à la marche ascendante de leur talent, que l'air un peu confiné du modeste atelier des bords de la Meuse.

Sans aucun doute, Richier fut instruit - ne fût-ce que par

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