‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 215 sur 269 · LA « MANIÈRE » DE LIGIER · texte numérisé non relu

LA « MANIÈRE » DE LIGIER

Le costume, nous l'avons dit, demeure familier et l'artiste ne l'a guère varié. Les vêtements de ses personnages sont cependant bien à lui, surtout ce voile si typique de la Vierge que nous avons décrit tant de fois par ailleurs. D'un bout à l'autre de l'œuvre, il se retrouve toujours semblable. Rien dans ces ajustements merveilleusement adaptés au corps, aux plis sages et bien détachés, mais qui, vers la fin, se multiplient et se maniérisent un peu trop, qui sente la convention ; à peine quelques écharpes, quelques turbans jetés de ci de là pour donner à l'ensemble une note pittoresque. Mais ce que nous devons y faire observer, c'est le souci marqué du sculpteur pour diflFérencier les étoffes ; plisser et gaufrer avec une élégance raffinée, chemisettes, guimpes et collerettes ; nouer avec art les rubans et les ceintures. Beaucoup de ces légers détails sont, évidemment, de la fantaisie, mais, plus peut-être que ceux que nous venons d'énumérer, ils sont caractéristiques. Toujours traités avec une extrême minutie, une affectation visible, ils ont entre eux la plus grande analogie et procèdent évidemment de la même main. Dauban, il y a longtemps déjà, l'a fait remarquer et non sans raison.

Quelle que soit la matière employée — bois ou pierre — le travail demeure, lui aussi, toujours le même et dénote des procédés identiques. Il se distingue par un fini que l'on serait tenté de qualifier d'exagéré, une e.xécution précieuse qui, pour certains accessoires, a le faire délicat de l'orfèvrerie. Le ciseau de Ligier étonne autant par sa force, sa puissance, que par sa souplesse et sa vérité. « D'un coup franc, large et moelleux, d'une sûreté et d'une précision extraordinaires, il aborde avec un égal succès, dit Marcel Lallemend ('), la beauté souriante de la femme et l'horreur de

Page 1