‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 219 sur 269 · CHAPITRE XVI DERNIÈRES ANNÉES ET MORT DE LIGIER RICHIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI DERNIÈRES ANNÉES ET MORT DE LIGIER RICHIER

Les incertitudes et les légendes dont sont entourées les origines de Ligier Richier, et que les documents ou les œuvres nous ont si rarement permis d'éclaircir, planent également sur les dernières années et la mort du maître. Un drame de conscience vint, croyons-nous, assombrir la fin de cette vie si pleine de labeur, si consciencieusement remplie.

L'artiste, tel que les événements vont désormais nous le montrer, garde cette physionomie inquiète et comme tourmentée par la poursuite d'un idéal jamais satisfait, que ses oeuvres nous avaient permis d'entrevoir. Passionnément épris de la vérité, il

tend vers elle par toutes les fibres de son être et cette recherche, dont il a laissé l'empreinte dans les diverses productions sorties de son ciseau, va maintenant éclater dans sa vie morale. Ayant enfin trouvé, dans une formule religieuse adéquate à sa pensée, ce qui semble avoir constitué le rêve de toute son existence, nous allons lui voir accomplir un des plus grands actes d'abnégation qu'il soit possible de demander à un homme : il va sacrifier à sa foi les joies de la patrie, les jouissances de son art, et cela dans le but de reconstituer librement, sur une terre étrangère, un foyer où il pourra vivre conformément à ses croyances.

Le dernier geste du maître n'est pas sans grandeur ; il commande le respect à ceux mêmes qui seraient tentés de réprouver le fait dont il devait être, un jour, l'inéluctable conséquence.

Du mariage contracté par Ligier, vraisemblablement au cours de l'année 1530, avec Marguerite Royer, deux enfants paraissent être nés : un fils, Gérard, en 1534, et une fille appelée Bernardine, à une date qu'il n'est pas possible de préciser.

Gérard, sculpteur comme son père, avec lequel nous savons qu'il fut associé, s'établit à Saint-Mihiel où il épousa, aux environs de l'année 1560, Marguerite Grollot, ou Groulot, originaire de la même ville, dont il eut cinq enfants. Il devint la souche de toute cette lignée de Richier que l'on trouve établis plus tard à Nancy, Metz, Lyon et Grenoble. Tous, ou presque tous, exercèrent la profession illustrée par leur aïeul et continuèrent, jusque vers le milieu du dix-septième siècle, la renommée et les traditions de l'ateHer formé sur les rives de la Meuse.

Bernardine s'unit à un de ses compatriotes, « noble Pierre Godari (ou Godart), fils de noble Etienne Godari, natif de Saint- Myer, en Lorraine ». Ce dernier, probablement beaucoup plus âgé que son épouse, ne nous est point inconnu. Nous l'avons

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