‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 220 sur 269 · LA FAMILLE DE LIGIER A GENEVE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE LIGIER A GENEVE

rencontré déjà, en 1548, consulté par le doyen du chapitre de Saint-Maxe, Gilles de Trêves, en compagnie de Ligier et de quelques autres artisans, au sujet de la construction de la Chapelle des Princes. Nous avons même émis la pensée qu'il avait pu en être le constructeur, car les pièces qui nous le font connaître lui donnent la qualification d' « ingénieur ». Tourné de bonne heure vers les idées de la Réforme, il dut quitter la Lorraine assez peu de temps après son mariage, si toutefois la célébration en fut faite dans ce pays. Un acte du 20 septembre 1558, « reçu à Genève en la boutique d'honorable Lézin Guyet, bourgeois et marchant de Genève, située devant le logis où pend pour enseigne le Lion d'Or », nous apprend qu'il habitait alors Lausanne.

Par cette pièce, qui n'est autre chose qu'un testament, Godart fait abandon à sa femme de toute la portion disponible de ses biens, en considération de ce qu' « elle avait abandonné ses parents, pays, biens et moyens pour le suyvre, fuyr les idolâtries et les superstitions papistiques... et s'être accordée avec luy pour venir en ces pays et lieux esquels le sainct Évangile est purement annoncé » (').

Godart, accompagné de son épouse et d'une fille née de leur mariage, quitta Lausanne vers ce moment et vint se fixer à Genève où le droit de bourgeoisie lui fut gratuitement accordé, « attendu les grands services qu'il peult rendre à la ville » C). Il

1. Cette citation, de môme que les deux précédentes, est extraite du « Testament de Noble Pierre Godary en faveur d'honnorable dame Bernardine Richier, sa femme ». (Protocoles Jean Ragueau, vol. II, p. 317, an. 1558. Arch. de l'État de Genève).

2. « Lundy, 8 de may 1559. — Maistre Pierre Godari, lequel est homme ingénieux pour les forteresses el est venu ic\ pour la parole de Dieu, aytiiil déjà demeuré

mourut sans doute peu après ce changement de résidence; à la date du 19 octobre 1559, une mention du registre du Conseil

de la cité porte : « Maistre Pierre Godary, ingénieur,

décédé » (").

Ainsi, vers la fin de l'année 1559, la fille de Ligier, veuve et malade, se trouvait seule avec son enfant au milieu d'un pays étranger. Il est donc assez logique de penser que le désir de son père et de sa famille fut alofs de lui faciliter les moyens de revenir vivre auprès d'eux. Ce désir, si facilement explicable, si naturel en soi, ne soulevait pas moins de réelles difficultés d'exécution. Bernardine ayant, comme nous l'avons vu, embrassé la Réforme, se trouvait, par suite des édits rendus à ce sujet par les ducs de Lorraine C), sévèrement bannie deson pays d'origine. Ceci peut, tout au moins dans de certaines limites, nous expliquer pourquoi nous trouvons, dans une pièce au sujet de laquelle on a fait quelque bruit et qui se rapporte aux environs de l'année 1560, la signature de Ligier Richier et de son fils Gérard.

Ce document n'est autre qu'une pétition, une « requeste »,

quelque temps à Lausanne, a icy supplié de le recevoir habitant, s'il ne plaist à MM. de le recevoir bourgeois. Arresté qu'il soit reçu bourgeois gratis attendu les grands services qu'il peult rendre à la ville » (Registre du Conseil de la cité de Genève, vol. LV, ann. 1559). Voir également L. B., p. 263.

1. «Jeudy, 19 d'octobre 1559. — Maistre François Bonnivard sur ce qu'il a requis luy donner logis en la maison de Saint-Apre, au lieu où était maistre Pierre Godary, ingénieur, décédé. Arreste qu'on ne le peult encore faire, pour ce qu'il ne faut pas déchasser la vefve dudict Godary pendant qu'elle est malade » (Même registre).

2. Le premier de ces édits fut rendu par le duc Antoine, le 26 décembre 1523. Il porte défense de « prescher des faits et gestes de Luther, de tenir ni lire ses livres, sous peine de confiscation de corps et de biens ». Il fut renouvelé par le même duc en 1539, puis par le duc François en 1544 et par la duchesse Christine de Danemark, régente du duché sous la minorité de Charles III, en 1545. (Voir O. CuviKR, « Les Réformés de Lorraine et du pays Messin », dans Mémoires de l'Académie de Stanislas, :mn. 1883, pp. 175 à 204).

adressée au duc de Lorraine (') par quelques adeptes des nouvelles doctrines, dans le but d'obtenir le libre exercice du culte réformé. Il a été découvert aux archives de l'ancien département de la Moselle, par le pasteur Cuvier, vers t86i. Publié par lui dans le BuUethi de la Société de l'histoire du protestantisme français C), il a été repris et commenté, en 1883, par M. Dannreuther, pasteur de l'Église réformée de Bar-le-Duc ('). Classé autrefois à la série G (clergé séculier), il est passé, d'après 1'///- ■ventaire sommaire des archives de Lorraine (*), à la série. D, liasse 8, et provient du fonds de l'ancien collège des jésuites de Metz. Il est écrit sur cinq feuillets de papier, réunis en forme de cahier, et comprend deux parties parfaitement distinctes.

La première est la requête proprement dite. Elle occupe entièrement le recto et la moitié environ du verso du premier feuillet. L'écriture en est assez grosse, soignée et très lisible.

Voici ce qui s'y trouve exposé :

A Monseigneur le Duc de Lorraine, Bar et Giieldres, nostre souverain seigneur. Supplient en toute humilité vos très-humbles vassaulx, serviteurs et

1 . C'était alors le jeune Charles III lequel venait de faire son entrée dans le duché.

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