L ART DE LIGIER AU POINT DE VUE CATHOLIQUE
traduit l'expression un peu mélancolique et tourmentée de sa pensée.
Tous les travaux que nous avons examinés reflètent les sentiments et même les idées les plus orthodoxes. Les Calvaires, les Piétàs, le Sépulcre, traduisent la dévotion populaire. L'Église approuvait les représentations de ce genre, alors que « le protestantisme sévère, ennemi de l'art, auquel les ferveurs mystiques étaient suspectes »('), les condamnait impitoyablement. Aucun groupe, aucune statue, si soignée qu'en soit la forme, n'est une image uniquement belle et vide de sens; chacune a sa vie morale, son caractère traditionnel et chacune aussi est un symbole des croyances catholiques. Le Christ est mort et ses yeux sont clos, mais cet état n'a rien qui effraye ou qui repousse et la divine beauté ne s'en trouve point atteinte. Sur sa face, empreinte des souffrances et des angoisses de l'agonie, rayonnent une grandeur et une majesté surhumaines ('). L'intensité du drame de la Passion et du Calvaire est tempérée par la pensée du sacrifice volontairement accepté et accompli, par le calme et la sérénité de la victime, qui expire en pardonnant à ses bourreaux.
La Vierge, debout au pied de la croix ou contemplant le corps inanimé de son fils, demeure la personnification de la douleur humaine, divinisée pour ainsi dire et transfigurée par la
1. Salomon Rein'ach, Apollo, Histoire générale des arts plastiques. Paris, 1904, p. 206.
2. Il faudrait, peut-être, faire exception pour le Christ de la cathédrale de Nancy ; sa physionomie a quelque chose d'amer et de froid que n'ont pas les autres. Il est cependant peu vraisemblable qu'à la date où peut se placer son exécution — certainement antérieure à 1 547 — Ligier ait déjà été gagné aux idées de la Réforme. Le Christ de la Chapelle des Princes est d'une époque postérieure et son expression est beaucoup plus conforme à l'esprit traditionnel.
foi. Son attitude, toujours ferme ou doucement résignée, exprime la souffrance, mais dominée, contenue par un idéal supérieur à la nature qui en révèle la cause et la grandeur. Le disciple qui l'accompagne dans les scènes du crucifiement se lamente, gémit; mais la noble femme, acceptant jusqu'au bout son rôle de mère de l'humanité coupable, unit son sacrifice à celui de son fils et semble proclamer le côté surnaturel de l'œuvre accomplie. Lorsqu'elle chancelle ou succombe, c'est toujours avec l'abandon le plus chaste, la dignité simple et grave qui conviennent à la Vierge mère d'un Dieu.
Dans la scène de l'Ensevelissement du Christ, tous les personnages sont transfigurés par leur rôle, dont ils comprennent la portée et la grandeur. Une foi vive, sincère, les transporte et les guide, et les sentiments qu'expriment leurs physionomies, si diversement animées, sont pleinement en rapport avec ceux que leur prêtaient les croyances et la théologie catholiques. Lorsque Richier composa ses derniers groupes, il est visible que, si ses sentiments personnels s'étaient modifiés, ce changement n'avait eu aucune influence sur sa manière ordinaire. Moins simple peut-être qu'au premier jour — • et la cause en est ailleurs que dans ses croyances — il n'en demeure pas moins toujours guidé par les conventions séculaires que l'Église avait introduites et c'est ce qui fait, pour nous, un des charmes de ses oeuvres.
Quelle suite fut donnée, par le duc de Lorraine, à la pétition des réformés sammiellois et de leurs adhérents ? 11 est difficile de se prononcer, car on ne sait si ce document, très dangereux jpour ceux dont les noms s'y rencontrent, parvint jamais entre les mains de son destinataire. M. Dannreuther, et cet avis est aussi le nôtre, ne voit en lui qu'un simple projet, arrêté par des cir-