‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 227 sur 269 · LIGIER A GENÈVE · texte numérisé non relu

LIGIER A GENÈVE

qui coïncide avec son arrivée, les mesures prises pour proscrire la religion romaine du territoire de cette république étaient sévèrement maintenues. Pour être admis à y vivre, il fallait accepter le régime institué par Calvin, et aucune doctrine autre que la sienne n'y était tolérée.

De plus, et bien qu'il nous soit impossible d'indiquer la date exacte de cet événement, le registre des habitants de Genève pour les années 1560 à 1572 ayant été détruit, Richier fut, dans cette ville, reçu non pas à la bourgeoisie comme l'avait été son gendre en 1559, mais à l'habitat. L'intitulé de deux documents insérés aux « Protocoles » du notaire Jean Ragueau, l'atteste en termes formels : « 13 février 1566. — Oblige de 150 escutz soleil, fait par honnorable homme Legicr Richier, habitant, contre noble Laurent de Normandie (') »; « 19 août 1566. — Oblige pour Legier Richier, habitant de Genève, contre noble Jehan Rosset, citoienC) ».

Or, s'il eût été, à l'extrême rigueur, possible à Ligier de demeurer quelque temps à Genève sans adhérer positivement à la religion réformée, son titre d'habitant lève tous les doutes. Pour l'obtenir, le requérant devait justifier, en plus des raisons qui l'obligeaient à le solliciter, de la pratique suivie et fidèle des doctrines calvinistes.

La tradition rapportée par dom Calmet se trouve donc, maintenant, amplement démontrée par les faits et ne nous semble, plus devoir donner lieu à la moindre équivoque. Elle nous prouve, sur ce point comme sur quelques autres, l'exactitude de ses infor-

1. Protocoles Jean Ragueau, vol. VIII, an. 1556, p. 117. (Arch. de l'Etat de Genève).

2. Protocoles Jean Ragueau, vol. V'III, an. 1356, p. 4:4. (Arch. de l'État de Genève).

mations, et l'origine — probablement familiale — de la source à laquelle elles avaient été puisées.

Trois années environ durent s'écouler entre l'arrivée du sculpteur à Genève et l'époque vers laquelle peut se placer son décès. Nous ne sommes pas mieux informés sur ces dernières années que sur les premières, enveloppées, comme du reste presque toute sa vie, d'ombre et de silence. Se livra-t-il encore à quelques travaux artistiques et, à défaut de figures religieuses, condamnées par ses nouvelles' croyances, essaya-t-il de fixer dans la pierre les traits de quelques-uns des chefs du parti de la Réforme? Nous n'en savons absolument rien et aucune œuvre pouvant se rapporter à cette période de son existence n'a jamais été signalée en Suisse ni ailleurs.

Arrivé alors à un âge assez avancé, flitigué surtout par les labeurs d'une carrière déjà longue, il est loisible de penser que les derniers jours du maître s'écoulèrent dans le repos. Il vivait tranquille entre sa femme, sa fille et sa petite-fille, dans une maison sur laquelle un créancier lui avait consenti une hypothèque ('), ne s'occupant guère, à ce qu'il semble, que de placer au mieux de ses intérêts l'avoir qu'il avait amassé.

Au mois d'août 1566, soit que la santé, peut-être ébranlée, de Ligier, donnât des inquiétudes à son entourage ou soit que, plus vraisemblablement, le second mariage, alors en projet, de .Bernardine Richier, nécessitât un règlement d'intérêts, Gérard, demeuré jusqu'alors à Saint-Mihiel, se trouve à Genève aux côtés de son père. Chargé par ce dernier de percevoir « les truicts, proficts, revenus et émoluments de quelques héritages » et de faire « rentrer des debtes » laissées en souffrance au pays natal.

I. C'était, on le verra plus loin, celle de la veuve de Jehan Troullet.

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