I. André Hallays, Nancy, Paris, 1905, p
abstraction foite de ce défaut, qui le rapproche des artistes de l'école allemande, notre Lorrain est beaucoup plus simple, plus naturel qu'aucun d'entre eux. Les types qu'il a créés, surtout les types féminins, sont, nous en convenons sans peine, assez éloignés du type de la beauté classique ; mais il sait, par l'expression des physionomies, par raffinement de certaines lignes, par l'agencement des draperies, l'ordonnance du geste et du costume, racheter la vulgarité de la plupart de ses modèles. Quoi de plus concluant, sous ce rapport, que les beaux plis si simples, si vrais, du manteau dans lequel se drape la Vierge du calvaire de Génicourt? Quoi de plus gracieux, comme pose, comme expression, malgré la note douloureuse des deux dernières figures, que l'Enfant à la crèche, la Sainte femme de Clermont-en-Argonne et surtout la Marie-Cléophée du Sépulcre, pour ne citer que ces quelques exemples? Ils sont la meilleure réponse à opposer aux assertions d'un critique qui n'a pu, nous en sommes convaincu, formuler son jugement que d'après l'examen de quelques morceaux isolés. C'est surtout comme exécutant — ainsi qu'on nous l'a fort obligeamment fait remarquer (') — que Richier est remarquable et, sous ce rapport, peu de sculpteurs ont atteint la virtuosité de son ciseau. Il aborde avec une égale facilité toutes les branches de son art : statuaire ou sculpture ornementale, les scènes à quelques personnages aussi bien que les grands ensembles. Son habileté, dés ses premiers travaux, est extraordinaire, sa technique raffinée. S'il ne peut être classé parmi ce que l'on est convenu d'appeler les grands artistes, il a droit, suivant nous, à un rang des plus honorables parmi ces vieux maîtres provinciaux qui.
I. Cf. les observations faites lors de notre soutenance de thèse devant la Faculté des lettres de l'Université de Nancy par M. Paul Perdrizet ; Annales de l'Est et du Nord, 1906, p. 616 et seq.- —
PLACE DE LICIER DANS l'aRT FRANÇAIS
sans sortir de leur milieu, sans chercher à lutter avec leurs contemporains séduits par les aspects brillants des formules ultramontaines, ont su garder leur personnalité, leur art un peu robuste, peut-être, mais toujours et avant tout si simple, si clair et si logique.