LÀ LEGENDE ET L'HISTOIRE
Bien que notre intention ne soit pas — et pour cause — d'écrire une Vie de Ligier Richier, il nous faut néanmoins commencer notre travail par quelques mots de biographie. Nous réunirons donc dans ce chapitre tout ce que la tradition nous a transmis sur l'artiste, cherchant à démêler, au fond des légendes dont la route est malheureusement encombrée, la part de vérité qui s'y peut rencontrer.
Seuls, le nom et le pays natal du maître nous sont sûrement connus. La date de sa naissance est des plus indécises.
Le nom, tel que nous le connaissons aujourd'hui, se trouve gravé sur un débris de plinthe provenant d'un retable de l'ancienne collégiale de Saint-Maxe, à Bar-le-Duc. Il se rencontre éga-
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lement dans les comptes des contrôleurs généraux de Lorraine, dans le fonds de l'abbaye de Saint-Mihiel (') et dans quelques registres de cens conservés aux archives de cette dernière ville. Différentes pièces, découvertes il y a une vingtaine d'années dans les protocoles d'un notaire de Genève, le donnent également. Léger, dont le dialecte lorrain a fait successivement Liêger, puis Ligier, est le prénom que notre artiste reçut au baptême ; Richier, le nom que lui a transmis sa famille (').
Jusqu'en ces derniers temps, le lieu de naissance de Ligier Richier fut assez fréquemment contesté. Se fiant à la version donnée par dom Calmct, quelques biographes l'ont fait naître à Dagonville, modeste village du canton de Commercy, situé à quelques lieues de Saint-Mihiel. Une pièce, découverte par Henri Lepage aux Archives de Meurthe-et-Moselle et publiée par lui en 18540, décida ce point. C'est une lettre patente, une exemption, accordée le 18 août 1530 par le duc Antoine de Lorraine « à nostre bien amé Liéger Richier, ymaigier, iiatij et à présent
1. Les archives de l'abbaye Je Saint-Mihiel sont aujourd'hui, après bien des vicissitudes, aux Archives départementales de la Meuse, à Bar-lc-Duc.
2. Sur le nom de famille de notre artiste, et sur son nom de baptême, M. Anglade, professeur de philologie romane à l'Université de Nancy, a bien voulu nie fournir la note suivante, pour laquelle je lui adresse mes très vifs remerciements : « Le nom de Richier est d'origine germanique ; Rikhaii donne en picard Riqidcr (même forme en ancien provençal); en ancien français on a Richier, forme qui a survécu dans les dialectes de l'Est, tandis que dans le Centre elle s'est réduite à Richer. Même développement pour la forme Ligier qui renvoie à une fonne germanique Leod(t)gcr, Leotger ; l'ancien français a Legier, français moderne Léger; la forme Legier, Ligier se maintient dans les dialectes de l'Est. Cf. pour Richier, E. Mackel, Die gennanischen Elemenie in der franiôsischm iind provenialischen Sprache, pp. i6, 109, 140; pour Ligier, ihid., pp. 16, 88, 128, 150, 169. » Signalons aussi en passant, comme une faute grave, l'habitude, aujourd'hui courante en Lorraine, de faire de ces deux mots, Ligier et Richier, un nom composé écrit avec trait d'union. Pareille orthograplic, lorsqu'il s'agit simplement du nom de l'artiste, ne saurait être acceptée.
3. H. Lepage, « Quelques notes sur les peintres lorrains des xv', xvi"^ et XVH' siècles. » (Mém. Soc. Arch. lorr., 1853, t. IV, p. 24, note i.)