LIEU DE NAISSANCE DE LIGIER
demourant en cestc nostre ville de Saint Mihiel » ('). Il était impossible de désirer un texte plus clair et plus explicite {'). La ville de Saint-Mihiel peut donc à bon droit, comme elle l'avait du reste déjà fait, revendiquer l'honneur d'avoir donné le jour à l'illustre statuaire.
Ligier, la chose est désormais hors de doute, est donc né à Saint-Mihiel. Mais on ne sait en quelle année. Dom Calmet est muet sur ce point que rien, jusqu'à présent, n'a permis d'éclaircir ('). Nous ne croyons pas toutefois qu'on puisse beaucoup reculer la naissance de l'artiste au delà de l'an 1500, ni non plus l'avancer dans le seizième siècle.
En effet, la première œuvre que l'on puisse à peu près sûrement attribuer à Richier, le retable ou k Calvaire » de l'ancienne collégiale d'Hattonchâtel, porte la date de 1523. Il est difficile d'admettre que ce travail, qui place immédiatement son auteur hors de pair, soit celui d'un débutant, jeune homme de dix-huit à vingt ans. Il a fallu, pour créer une œuvre de cette envergure, en outre du talent naturel, un certain nombre d'années d'apprentissage (*), suivies de quelques autres presque uniquement consa-
1. Arch. Meurthe-et-Moselle, B, 19, vingtième registre de Jean de Chasteauneuf, lettres patentes des années 15 30-1 5 31-15 32, f° 4, recto, 5, verso. En marge : « Lettres de franchise pour Ligier Richier, ymaigier, demeurant à Saint Mihiel. »
2. Les actes retrouvés à Genève disent aussi, positivement, que Ligier était originaire de Saint-Mihiel. « Léger Richer, de Saint Myel en Lorraine, au duché de Bar le Duc,... » lit-on dans l'acte de partage de sa succession. Y. plus loin, p. 383.
3. Chevriek, Mémoire pour servir à l'histoire des hommes illustres de la Lotraine, Bruxelles, 1754,1. I, pp. 101-102, donne une date précise: 4 avril 1506 ; mais nous pensons qu'il ne faut tenir aucun compte de cette assertion, dont la source n'est pas indiquée et qu'il est, de ce fait, impossible de contrôler. Chevrier, du reste, dans la plupart des cas, est un mystificateur.
4. L'apprentissage de la profession d'imagier avait, à l'époque, une durée de sept ans. Le fait est attesté par un contrat de l'année 1505, passé entre Christophe Liétard, receveur général du Barrois, et « Jehan Crocq, ymaigeur, demorant à Bar ». (Arch. de la Meuse, B, 524, f" 157.)
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crées aux tâtonnements et aux essais. Ensuite, l'exécution matérielle d'un pareil ensemble ne dut guère demander moins d'une année. On demeure donc dans de raisonnables limites en fixant alors l'âge de l'artiste à vingt-trois ans environ; ce qui place sa naissance aux alentours de la date que nous avons proposée plus haut.
Ce point examiné, il nous fout immédiatement élucider une question qui ne manque ni d'intérêt ni d'importance.
Dom Calmet fait naître Ligier Richier de parents calvinistes, qu'il donne comme les premiers adeptes de la Réforme en Lorraine, doctrine que ce fils, et les deux frères qu'il lui associe, auraient fidèlement suivie.
Un simple rapprochement de dates suffit pour anéantir cette assertion. Comment, en effet, présenter comme calviniste, dès le berceau, un enfant venu au monde vers l'an 1500, alors que Calvin est né seulement en 1509 et n'a publié qu'en 1535 le Livre de l'htstitutio)! chrêiienne qui renferme l'exposé de ses doctrines? Quant à Luther, il ne se révéla qu'en 15 18
Comment admettre, au surplus, que l'artiste dont le talent fut pour ainsi dire uniquement consacré à l'art religieux, et la vie presque tout entière employée à l'ornementation des églises, ait été un adepte de ces doctrines sévères, auxquelles eussent été suspectes les ferveurs mystiques de son ciseau? Car, si l'on ne peut pas dire que Luther et Calvin aient positivement condamné les arts, on sait qu'ils ne les encourageaient pas non plus('). Et,
I. Luther fut beaucoup moins exclusif que Calvin dans la proscription des images. Dans le sermon qu'il prononça contre Carlostadt, en 1522, il déclare positivement que chacun est libre d'avoir ou de ne pas avoir d'images ; quoiqu'il soit préférable, ajoute-t-il, de n'en point avoir à cause des abus. Ce qu'il fallait surtout interdire, d'après lui, c'était l'adoration des images. Quant à peindre, sculpter ou