INTRODUCTION IX
entièrenient personnel ; il est le produit d'une lente éhéoration, du travail collectif des nombreuses générations d'imagiers qui l'ont précédé; il est la résultante, la déduction, de l'expérieme d'un long passé.
Jamais d'ailleurs, à aucune époque de l'histoire, il n'en a été autrement. Rien n'arrive qui n'ait été déterminé par ce qui l'a précédé et l'avenir est fait des prolongements ignorés du passé. C'est par un agencement nouveau d'éléments connus, inspiré sans aucun doute par une orientation différente des esprits et des idées, que l'art de Richier nous intéresse et nous séduit. Il nous permet aussi de constater quelle force de résistance était encore capiéle d'opposer, aux envahissements de l'art transalpin, un tempérament merveilleusement doué et tout pénétré des vieilles traditions nationales.
Bien que nous ne possédions, soit sur la carrière, soit sur les travaux artistiques attribués à Ligier Richier, presque aucun document précis, le sujet, ainsi que nous l'avons précédemment fait remarquer, a été nàinmoins souvent abordé. Mais ceux qui tentèrent l'entreprise furent, en général, beaucoup plus des amateurs que des spécialistes. Le sculpteur sammiellois, dont la figure apparaît si confusément encore au milieu des célébrités du seizième siècle lorrain, a de tout temps intrigué les chercheurs. Beaucoup se sont appliqués à dissiper les obscurités qui entourent non seulement ses origines, nutis aussi sa vie et sa mort; à retracer l'histoire cï à rassembler les œuvres que la tradition, à défaut de textes, présente depuis longtemps comme siennes.
Le premier de tous, celui qui a ouvert la voie et posé la première pierre du monument qiu l'érudition devait, dans le cours des siècles, élever à la mémoire de l'inutgier de Saint-ALibiel, est un moine : l'historien bénédictin dont Calniet.
Pour des raisons que la fin de Ligier Richier, à Genève, dans la pratique de la religion calviniste, explique peut-être, le silence .^' était fait sur l'artiste. On admirait les groupes sacrés que ^on génie avait créés ; les
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fidèles priaient chaque jour devant ses Calvaires, ses Vierges et ses Saints; mais, œmme au jugenwnt sévère de ses contemporains, l'auteur de toutes ces « dévotions » avait nuiljini, une sorte d'ostracisme pesait sur sa tnémoire. Son nom, sans aucun doute, était devenu l'un de ceux que le croyant hésitait à prononcer. Dans de pareilles conditions, le temps n'avait eu nulle peine à le faire rapidement oublier. Seuls, quelques vieillards, quelques parents éloignés, se souvenaient encore vaguement, au dix-huitième siècle il est vrai, d'avoir dans leur jeunesse entetulu leurs ancêtres parler du hugtienot Richier et le désigner tout bas, presque avec gêne, comme l'auteur du Sépulcre.
Mais les treize statues de cette inoubliable scène, reléguées sous la voûte obscure d'un modeste coin de l'église Saint-Etienne, en excitant l'enthousiasme des « contuiisseurs », amemient sur leurs lèvres des questions qui ne pouvaient pas, toujours, denmirer sans réponse. On en voulait connaître les origines et surtout l'auteur. Le grand historien de la Lorraine entreprit de résoudre cette passionnante énigme.
Longtemps, nous dit-il, il s'informa a fort curieusement », au cours de ses séjours à Saint-Mihiel, sur le compte de cet ouvrier de génie dont nul ne savait rien, mais sans en pouvoir, hélas l découvrir même le nom. Aucun manuscrit, aucun de ces vieux « mémoires » que le docte bénédictin compilait avec tant d'ardeur ne lui ayant rien révélé, il fit interroger les anciens de la cité. Après plusieurs enquêtes, il se trouva enfin un vieil artisan qui put lui fournir la solution qu'il cherchait.
L'article de la Bibliothèque lorraine est le résultat de ces investigations. Le manque absolu de critique en est, évidemment, le plus grave défaut. L'auteur a accepté sans le moindre contrôle toutes les déclarations de l'armurier Haroux et nous les a transmises sans y rien changer. Les légendes créées par la tradition orale de près de deux siècles y tiennent plus de place que la réalité, et Dieu sait combien l'une d'entre elles — celle du voyage en Italie — devait fasciner les biographes de l'avenir.