INTRODUCTION XI
IJ faut, malgré cela, se garder de reprocher à dom Cahnet son-excès de confiance on, phi tôt, de crédidité; son^ travail est précieux. Sans lui, sans cette opiniâtre ténacité qu'il apportait dans toutes ses recherches, nous ignorerions peut-être aujourd'hui Ligier Richier, et le Sépulcre de Saint- Mihiel serait, comme celui de Solesmes et bien d'autres, une œuvre anonyme. Si quelques-unes de ses affirmations sont manifestement erronées et se ressentent fortement de leur origine, d'autres sont vraies, des découvertes postérieures sont venues les corroborer.
Ce qu'il nous a transmis demeure, tout au moins, comme une indication précieuse, un jalon planté à l'entrée d'une route oii beaucoup se sont égarés, oh nous nous égarerons peut-être nous-même. Nous aurons, en tous cas, souvent besoin de recourir à cette source.
Nous lui devons surtout — et nous dirons plus loin comment — le passage si important du manuscrit de Chatourup, seul témoignage contemporain qui nous soit parvenu sur notre artiste. Nous savons par lui, que dès l'année ijj2, Ligier, probablement jeune encore, avait déjà produit des travaux remarquables et qu'il était regardé « comme le plus habile ouvrier en l'art de sculpture que l'on vit jamais ». // reste aussi l'unique texte qui puisse permettre d'identifier, sans qu'aucune contestation soit possible, le groupe de la « Pâmoison » de la Vierge qui demeure, grâce à ces quelques lignes, la plus authentique de toutes les œuvres du grand maître lorrain.
Dom de l'Isle et Chevrier, qui écrivirent peu d'années après l'ahbé de Senones, n'ont guère fait que le répéter presque textuellement. Chevrier, cependant, sous le fallacieux prétexte de réfuter ses erreurs, a ajouté quelques dates à son récit. En est-il, pour cela, plus exact et mérite-t-il plus de créance? Nous ne le pensons pas. Il niiulique tout d'abord aucune source et, ensuite, la plupart de ses assertions sont, ou peu d'accord avec les faits, ou démenties par des découvertes postérieures. Il n'y a donc pas lieu de tenir compte des assertions de cet esprit aigri, dont la fausseté a été maintes