‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 48 sur 269 · DESTRUCTION DKS ŒUVRES D ART · texte numérisé non relu

DESTRUCTION DKS ŒUVRES D ART

En 1553, immédiatement après la conquête, par la France, de la province des Trois-Évêchés, le passage de l'armée des Impériaux y causa les plus affreux ravages. Sous un prétexte que les nécessités de la défense excusent peut-être, mais ne justifient pas, toutes les grandes abbayes, les monuments qui entouraient les trois villes capitales : Metz, Toul et Verdun, furent impitoyablement rasés ('). Un peu plus tard, à l'époque de la guerre de Trente-Ans, innombrables furent les ravages causés par les bandes suédoises, dont les soldats, presque tous protestants, s'acharnaient principalement sur les édifices religieux. C'est de cette triste époque que datent le pillage et l'incendie du bourg et de l'église de Saint-Nicolas-de-Port, ainsi que des trésors artistiques qui s'y trouvaient.

Léopold et Stanislas, auteurs responsables de la destruction de la plus grande partie du vieux Palais ducal et de la Collégiale de Saint-Georges, vinrent ensuite, et, parallèlement à eux, les chanoines iconoclastes du dix-huitième siècle, pour lesquels tout ce qui se trouvait être « dans le goût gothique », n'était digne que du feu ou du marteau. On juge de ce qui pouvait encore rester de nos richesses artistiques lorsque arriva la Terreur et les dévastations qui l'accompagnèrent à Saint-Étienne de Toul (') et ailleurs.

1. C'est alors que le comte d'Esclavolles, gouverneur de Toul, en rasa les faubourgs, incendia l'abbaye de Saint-Mansuy ainsi que la plus grande partie du monastère, et démolit également l'abbaye de Saint-Kvre, parce que ces édifices pouvaient favoriseMes approches des assiégeants. Le commandant de Verdun fit raser jusqu'aux fondements l'église Sainte-Croix et l'abbaye de Saint-Paul. Dans la place de Metz, commandée par le duc de Guise, les destructions furent innombrables. « Plusieurs des édifices ainsi sacrifiés à la sûreté publique étaient remarquables non moins par leur magnificence que par leur antiquité, et les arts perdirent autant que la religion. » A. Digot, Histoire de Lorraine, 6 vol., Nancy, 1856, t. IV, pp. 164-165.

2. Cf. Albert Devis, La Dévaaintion de la cathédrale de Toul pendant la Révolution, Nancy, 1901.

LICIER RICHIER

50 LIGIER RICHJER

Ainsi s'explique la pauvreté de notre province en oeuvres d'art ou monuments d'architecture de l'époque médiévale et de la Renaissance. Bien peu de leurs vestiges ont pu survivre à toutes les vicissitudes dont nous venons d'abréger la triste nomenclature et, parmi eux, les œuvres des sculpteurs de l'époque immédiatement antérieure à Ligier Richier sont en très petit nombre. Il est donc assez difficile de savoir, d'une foçon exacte, à quel degré de perfection pouvait être parvenu l'art qu'il devait illustrer au moment où il allait y faire ses premiers débuts. Nous devons cependant essayer d'en donner au moins une idée générale.

Ce n'est guère qu'à dater de l'avènement du duc René II, en 1473, qu'il est possible de suivre, en Lorraine, un réel mouvement artistique. Avec le jeune duc, les édifices dont le malheur des temps avait jusque-là ralenti ou suspendu les travaux sont repris et vivement poussés. Des constructions nouvelles, plus importantes encore, sont entreprises sur différents points du territoire et le vieux sol lorrain, désormais complètement unifié, se couvre de la blanche robe des manoirs et des églises.

Sculpteurs, peintres, verriers, artisans de tout genre, accourent alors d'un peu partout et trouvent facilement à employer leurs talents. Ils sont surtout occupés à l'embellissement des résidences ducales de Bar ou de Nancy, à la construction du merveilleux monument commencé en 1481 {'), par Simon Moycet, pour abriter les reliques du saint évêque de M5're, à celle de l'église de Vézelise, de Blénod-lès-Toul et à maints autres travaux.

I. Cette date est celle indiquée par la Chronique de Lorraine (Calmet, Hist., t. III, preuv., col. civ.) et c'est, il nous semble, celle qui doit être adoptée. Pour bien des raisons, l'année 1495, donnée par l'épitaphc de Simon Moycet, nous paraît tout à fait invraisemblable.

Page 1