‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 63 sur 269 · I. Voir plus loin, p. 95, note i · texte numérisé non relu

I. Voir plus loin, p. 95, note i

CARACTERKS DK LA STATUAIRE LORRAINE 75

simples ornemanistes, mais de véritables statuaires, pourront, n'étant pas doués comme lui d'un talent robuste et affermi, abandonner leurs traditions et marcher résolument dans une voie où la mode les attirait.

Il paraît donc bien établi, par l'étude des quelques monuments qui nous restent, qu'à l'époque où se peuvent placer les débuts du maître de Saint-Mihiel, la statuaire lorraine était indemne encore de toute influence italienne. Fortement attachée, ainsi que nous venons de le voir, à la tradition gothique et française, elle en avait, selon le milieu et les circonstances spéciales de son histoire, plus ou moins suivi les différentes fluctuations. Moins avancés malgré tout, pour des causes diverses, que ne l'étaient à pareille époque la majorité des ateliers français, les ateliers lorrains — toujours un peu soumis aux influences rhénanes et flamandes — avaient gardé assez fidèlement le caractère et les goûts du terroir. Un certain réalisme, plus observateur, plus réfléchi peut-être qu'inspiré, reste la note dominante, et les oeuvres reflètent l'âme de cette contrée si particulariste, si jalouse de son indépendance, si fortement attachée à ses traditions et à ses croyances.

Le travail demeure large, vigoureux, précis dans ses détails, un peu porté à la recherche et à l'élégance. Les physionomies sont expressives sans être toutefois ni mystiques ni sentimentales; le geste est simple, vrai, rarement pathétique ou déclamatoire. Un sentiment de grandeur, d'énergie un peu rude, se dégage de l'ensemble et les exagérations de modelé qui s'y remarquent doivent être voulues. La draperie, épaisse et lourde parfois, ne présente pas trace de maniérisme ; ses dispositions sont des plus simples et les plis, assez sobres, sont toujours logiquement agencés.

Ligier Richier marcha dans cette voie; comme tous les artistes qui l'y avaient précédé, il fut avant tout un statuaire. Nous ne rencontrerons, dans les œuvres de son atelier, que de rares exemples de sculpture décorative, et, chaque fois qu'une pièce nous révélera le nom du maître, nous l'y verrons toujours suivi du qualificatif d' « imagier ». Né aux environs de l'an 1500, il se fût, dans une autre contrée, trouvé dés ses débuts en pleine transition. Ce n'était pas encore, nous venons de le voir, le cas en Lorraine, mais la chose n'allait pas tarder. Comme dans ces périodes un peu indécises, le style dépend beaucoup moins de la date que du goût, de l'éducation surtout, de ses représentants, l'apprentissage de notre artiste, commencé dans des milieux où les traditions gothiques étaient très vivaces encore, dut être dirigé selon les principes de cet art.

Doué d'une originalité puissante, servi par un talent qui le mit bien vite hors de pair, Richier sut se garder de rompre brusquement avec le vieil esprit national, au moment même où ses contemporains, séduits par la grâce factice des formules étrangères, abandonnaient presque simultanément les méthodes du passé. N'ignorant point les nouveautés, au contact desquelles il se trouva tatalement assez tôt, il ne semble avoir pris d'elles, sans rien céder néanmoins de ses habitudes et de ses idées, que ce qu'il jugea nécessaire pour ne point paraître trop arriéré dans un milieu que leur influence commençait à gagner. Orienté vers une voie nouvelle, par son tempérament d'abord puis par les circonstances elles-mêmes, il sut, tout en gardant le sens ancien, mêler à son art certains éléments plus neufs et arriver à exprimer la vie par des moyens très personnels sur l'origine desquels il ne peut néanmoins subsister aucun doute.

La part faite par Richier aux influences de cet italianisme

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