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PL. II

RETABLE d'hATTONCHATEL — LE PORTEMENT DE CROIX 85

bourreau, place à l'arriére-plan, retient aussi de la main gauche l'instrument de supplice. Le bras droit brandit un bâton (aujourd'hui cassé), dont il frappe brutalement l'Homme de Douleurs.

La niche centrale du retable représente la Crucifixion. Ékvé sur une haute et large croix, le Christ expire en pardonnant ; sa tête s'incline en avant ; ses bras sont largement étendus, presque horizontaux. Une bande d'étoffe nouée sur le côté droit, dont l'extrémité paraît flotter au souffle du vent, couvre les reins; les pieds superposés, le droit sur le gauche, sont fixés par un seul clou et appuyés sur le suppédanéum (')• L'anatomie est molle ; les formes sont grêles, allongées et maigres ; le visage calme et peu expressif.

Au premier plan de cette scène, à gauche C), l'artiste a placé le groupe familier à tous les imagiers gothiques : la « Pâmoison » (Spasimo) de la Vierge. Agenouillée au pied de la croix, xMarie s'abat sous la douleur ; son corps s'affaisse, sa tête retombe inerte sur l'épaule droite. Les traits, un peu vieillis, sont fins et légèrement contractés; les yeux clos, celui de droite un peu dévié à gauche ('). Un voile et un long manteau enveloppent de leurs plis secs, aux cassures anguleuses, le corps de la Vierge, que revêt une robe étroite, serrée à la taille, au-dessous de laquelle flotte une ceinture élégamment nouée. Une guimpe, striée d'une série de plis très exactement observés et rendus avec une certaine recherche, encadre le visage et retombe sur la poitrine {*).

1. On appelle ainsi l'espèce de tablette fixée au montant de la croix et sur laquelle viennent reposer les pieds du crucifié.

2. La gauche est prise dans le sens objectif. Il en sera de même, à moins d'indication contraire, dans tout le cours de ce travail.

3. Je ne sais si c'est une illusion, mais il me semble que les traits de la Vierge du retable d'Hattonchâtel rappellent la figure de Philippe de Gueldres. Marcel Lallemend avait fait la même remarque.

4. « ... L'artiste a mis dans le visage de la mère de Jésus l'expression de la

Debout, à la gauche de la Vierge, saint Jean se penche sur le corps chancelant et, le maintenant entre ses bras, l'empêche de s'affaisser sur le sol. Le visage imberbe et un peu féminin du jeune apôtre est entouré de longs cheveux bouclés, séparés sur le sommet de la tête ; il contemple avec une affectueuse tristesse celui de sa mère adoptive. Une des saintes femmes, enveloppée elle aussi d'un long voile qui la drape tout entière, s'empresse également auprès de la Mère défaillante. A demi agenouillée en face de cette dernière, elle a saisi son bras droit qu'elle presse avec une affectueuse tristesse. En arriére du groupe, à l'angle gauche du tableau, une autre femme, debout, élève vers le Christ ses deux mains jointes et le regarde fixement avec une tristesse passionnée.

A genoux au pied de la croix, qu'elle entoure de ses bras, se tient sainte Madeleine. Sa longue chevelure ondulée se répand sur ses épaules, et son visage, dirigé vers celui de Jésus expirant, semble implorer dans sa détresse un dernier pardon ('). En face d'elle, au côté gauche de la croix, un personnage à figure vulgaire tient un long bâton surmonté d'une éponge. C'est le Stéphaton de la légende, personnage non identifié par les Évangélistes, mais dont la tradition a toujours fait un Juif et qui représentait, pour les mystiques, la Synagogue elle-même. Le vinaigre dont il vient d'abreuver le Christ est l'ancienne doctrine

douleur portée jusqu'à l'anéantissement des forces humaines. Malgré l'exiguïté de la figure, aucun détail n'a été négligé. C'est le modelé puissant des grandes compositions ; c'est cette vaste arcade sourciliére qui encadre des j-eux dont les coins s'abaissent vers les joues, que nous remarquerons dans le moulage en plâtre de la tête du Christ (Musée de Nancy) et dans celle de Philippe de Gueldres. » (C.-A. Dauban, Ligier Richier, sculpteur lonutn. Étude sur sa vie et de ses ouvrages. Paris, 1861, p. 19. Brochure extraite de la Revue des Sociétés savantes.)

I. Cette figure est iin peu sacrifiée et se voit difficilement ; il en est de même de celle du soldat porte-éponge.

PL. m

(Plivl. Marliii-Saloii)

RETABLE d'hATTONCHATEL — LA CRUCIFIXION

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