RETABLE D HATTONCHATEL — ENSEVELISSEMENT DU CHRIST 9I
lure, qui tombe en une longue tresse tout le long du dos, couvre sa tête. Une robe à courtes manches, dont le corsage étroit, très échancré, laisse apercevoir un autre vêtement finement plissé, dessinant délicatement la poitrine, et dont les manches, longues et amples cette fois, se resserrent aux poignets où elles forment une série de fronces bouffantes, enveloppe le corps de ses draperies droites et légèrement tuyautées. Elle porte dans sa main gauche un vase ciselé et son bras droit, dont la main est malheureusement mutilée, semble se diriger vers la Vierge. Un sentiment de poignante tristesse, de commisération douloureuse, se peint sur sa physionomie très fine et merveilleusement expressive.
A l'arrière-plan du tableau, un évêque revêtu des ornements pontificaux, la tête couverte d'une haute mitre garnie de galons perlés, tenant dans sa main gauche, gantée, une lourde crosse, paraît contempler cette scène. Un prêtre en surplis, les mains' jointes, dont les traits fortement accusés offrent tous les caractères d'un véritable portrait, se tient à genoux à ses pieds.
Se conformant à l'usage du temps, Ligier a placé là le donateur du retable, celui qui, selon toute vraisemblance, avait commandé et dirigé son travail. L'évêque debout auprès de lui serait, non pas son patron selon la coutume ordinaire, mais celui de la Collégiale : saint Maur, évêque de Verdun ('). L'absence de toute caractéristique particulière ne permet pas d'identifier sûrement le saint personnage, la pénurie de documents rend pareil-
I. Ce ne peut être en effet, comme certains l'ont pensé, saint Gaucher ou Gauthier (Gauchcrius, Giialchcritis), simple prêtre et chanoine régulier dans le Limousin, originaire de Meulan, dans le Vexin français, auquel on ne pouvait donner comme caractéristiques la crosse et la mitre. C'est donc bien plutôt saint Maur, successeur de saint Saintin sur le siège épiscopal de Verdun, dont la Collégiale possédait une relique insigne et sous le patronage duquel elle était placée.
lement difficile la désignation exacte du donateur. On est cependant autorisé à voir dans cette figure les traits de messire Gaucher ou Gauthier Richeret, qui était à l'époque chanoinedoyen de la Collégiale d'Hattonchâtel.
Les personnages des trois scènes que nous venons de décrire offrent des traces d'une délicate polychromie qui a malheureusement beaucoup souflfert du temps et plus encore d'une restauration maladroite tentée par Cellier-Delatour en 17640. L'œuvre dans son ensemble mesure 2"',6o en longueur et r',60 en hauteur; la niche centrale a o^.SS de large sur i'",20 de haut ; les deux compartiments latéraux, o"',64 sur o"",70. La hauteur moyenne des figures est de o™,45.
Sur le soubassement du retable on lit, gravé en beaux caractères romains d'une fiiible saillie, le texte suivant, tiré des épîtres de saint Pierre (') :
XPS {Christus) PASSUS EST PRO NOBIS VOBIS RELINQUENS EXEMPLUM VT SEQUAMINI VESTIGIA EIVS.
Puis, partagée d'une manière bizarre, mais caractéristique de l'époque, sur chacun des socles des quatre pilastres d'encadrement, la date de l'érection du monument :
l'an. iooo. 500. 23.
Un écu armorié, entouré d'une couronne de fleurs et de feuillage, est posé au milieu du soubassement, dont il coupe en deux l'inscription. Il porte d'aTjir au chevron d'argent snrmonté du hunhel,
1. Son nom se lit sur le plafond du troisième tableau, il est suivi du mot reparavit (!).