Louis GoNSE, lih. cit., p
3. Il faudrait peut-être en excepter le compartiment central, dans lequel la composition est un peu touffue et où le groupe des cavaliers occupe la plus large place. Ce défaut, il est vrai, est commun à beaucoup d'oeuvres du même genre et de la même époque.
RETABLK D HATTONCHATEL CARACTERES GENERAUX 97
talent. N'est-ce pas, en effet, ce qui caractérise avant tout le retable d'Hattonchâtel, en fait une œuvre qui le distingue entre toutes celles qui l'ont précédé dans notre région et comme le premier rayon d'une nouvelle et éclatante aurore ?... L'archaïsme n'y régne que dans certains détails de la composition ; il est exclu de tout le reste, et ceux qui ne partagent pas notre opinion au sujet de l'auteur le reconnaissent avec nous, puisque l'exécution de ce magnifique ensemble leur paraît trop sûre, trop parfaite, trop magistrale, pour être le fait du jeune débutant que devait être alors Ligier dans l'art de la sculpture. Nous avons vainement cherché dans cette œuvre et celles que nous avons rencontrées par la suite, dont l'attribution est hors de doute et acceptée par tous, ce qui peut les différencier. La technique est partout la même, bien qu'elle aille en s'affinant toujours ; les types sont identiques ; les costumes également ; certains détails, toujours les mêmes, sont criants d'analogie. S'il existe, de-ci de-là, quelques différences, elles sont pour ainsi dire insensibles, et jamais, croyons-nous, on ne pourra sérieusement conclure que toutes ces œuvres ne sont pas de la même main ; tout au plus sera-t-il permis de dire que l'une précède toutes les autres et les contient en germe !
Quelques faiblesses, nous l'avouons, transparaissent malgré tout dans ce travail, où le sculpteur accuse si nettement ses préférences, mais qui demeure, malgré son charme et la richesse de ses détails, empreint de visibles défauts d'exécution. Les figures, en général, sont un peu courtes, celles des femmes sont vulgaires ; d'autres, celle du Christ surtout, sont trop allongées, le travail des nus manque de fermeté, l'anatomic en est peu exacte. La composition, d'autre part, est souvent touffue, principalement dans le panneau central où le groupe des cavaliers retient l'atten-
tion au détriment du sujet principal. Il y a aussi, dans certaines poses, des mouvements par trop symétriques, gauches, emphatiques même, et qui manquent de justesse ; l'outil paraît, quelquefois, avoir trahi la main de l'ouvrier et accentué trop vivement son désir de rendre l'intensité de vie dont son imagination ardente voulait revêtir les sujets qu'elle concevait.
Mais l'artiste qui a tracé cette page où se lisent, à côté de quelques imperfections provenant peut-être d'une soumission trop respectueuse encore à certaines formules, tant de traits personnels nettement accusés, n'en demeure pas moins un maître. S'il s'inspire de ceux qui l'ont devancé dans la carrière et se plie aux traditions acceptées alors par tous, il ne doit qu'à lui, à l'énergie de ses propres facultés, ce sentiment si impressionnant du vrai avec lequel il ose traduire jusqu'aux irrégularités physiques de certains de ses modèles. Son audacieuse sincérité est aussi caractéristique, aussi manifeste, dans l'œuvre que nous venons d'étudier, qu'elle le sera, par la suite, dans celles qui passeront sous nos regards.