CALVAIRE DE GENICOURT — LE CHRIST
sanctuaire ('), formaient jadis un groupe complet, dont les régies liturgiques prescrivaient l'érection à cet endroit. Il offrait aux méditations des fidèles, sous une forme sensible et matérielle, l'image du sacrifice sanglant du Calvaire, dont le sacrifice de la messe, célébré sous leurs yeux, n'est, d'après le dogme catholique, que le renouvellement et la continuation journalière. Chaque église autrefois avait un tref de ce genre.
Ce curieux monument fi.it, sirion détruit, du moins profondément modifié il y a environ cinquante ans. La poutre, sciée et enlevée, disparut de l'église; je l'ai retrouvée dans la cave du curé, où elle sert de « chantier » aux tonneaux. Le groupe mystique qu'elle supporta longtemps est aujourd'hui dispersé et dénué de son véritable sens, mais on peut néanmoins l'étudier encore dans l'édifice dont il constituait l'ornement le plus visible. Le crucifix est placé au deuxième pilier de la nef, côté de l'épître, en face de la chaire; la Vierge et saint Jean, juchés sur deux modestes supports, sont disposés à l'entrée de l'édifice, de chaque côté d'une arcade mettant en communication le rez-dechaussée du clocher et l'église.
Le Christ. — Le Christ, étendu sur la croix, dominait autrefois toute la composition dont il formait le centre. Son corps, taillé dans un seul bloc de bois, allongé non sans raideur sur le
I. « La liturgie voulait qu'une poutre appelée tref, ou poutre triomphale Qrabes doxalis ou encore pergiild), fût jetée d'une imposte à l'autre de l'arc triomphal, pour mieux indiquer la limite du sanctuaire ; sur cette poutre on dressait la croix qui s'encadrait dans l'arcade ; à droite et à gauche on posait des flambeaux ou des reliquaires; enfin, des lampes étaient suspendues au tref..... Le tref était en usage dés le cinquième siècle, comme le montre à Rome une chapelle de la catacombe de Calixte ; il pouvait être de marbre ou de bois, parfois revêtu de
lames de métal ouvragé; il pouvait être soutenu par des colonnes » (Camille
Eklart, Manuel d'Archéologie française, t. I, pp. 141-142. In-8, Paris, 1902.)
large montant de l'instrument du supplice, présente une rigidité, une sécheresse de lignes, rappelant à. première vue les crucifix gothiques. Il offre des affinités incontestables avec celui que nous avons vu au centre de la scène principale du retable d'Hattonchâtel et ceux que nous rencontrerons par la suite à Bar-le-Duc, à Briey et ailleurs encore.
La tête, sur laquelle est enfoncée une lourde couronne d'épines, se présente de trois quarts à droite et légèrement penchée en avant. La chevelure, disposée en mèches régulières, assez longues et bouclées à leur extrémité, tombe éparse de chaque côté du visage. La figure, encadrée d'une barbe épaisse, traitée comme les cheveux, est d'un aspect assez adouci. L'artiste, contrairement à ce que nous constaterons souvent par la suite, semble avoir cherché à rendre ici bien moins les convulsions de l'agonie que la majesté calme de la mort. Le nez est assez long; les yeux, bien dessinés, sont clos par les paupières supérieures tirées et largement tombantes, débordant sur les paupières inférieures. Les lèvres fines, presque enfouies sous la masse touffue de la barbe et de la moustache, sont pincées par un rictus douloureux. L'expression générale est d'une majesté grave et douce. C'est celle de l'Ouvrier divin, venant de consommer le rude labeur de la rédemption des hommes, s'abandonnant volontairement à la mort en murmurant : « Tout est consommé ! »
Les bras du Crucifié sont largement étendus, dans une position presque horizontale; la paume des mains se creuse et les doigts contractés sont presque refermés sur les clous. Malgré une maigreur assez accentuée et une rigidité générale des membres produisant un allongement en somme plus apparent que réel, l'anatomie est parfaitement traitée. Les proportions des différentes parties du corps sont mieux observées qu'à Hattonchâtel, et s'il y