‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 78 sur 269 · CALVAIRE DE GENICOURT — SAINT JEAN IO · texte numérisé non relu

CALVAIRE DE GENICOURT — SAINT JEAN IO

quablc par l'expression intense et passionnée qui s'en dégage. Une abondante chevelure, disposée en mèches bouclées, largement ramenées sur le Iront et recouvrant complètement les oreilles, tombe jusque sur la nuque où elle forme une masse épaisse et touffue. Le regard, concentré sur le Christ dont il semble suivre tous les mouvements, est d'une fixité que rien ne paraît devoir détourner de son objet. Tous les muscles de la face, tendus en quelque sorte par un violent effort de volonté, suivent la même direction. Les sourcils durement contractés ; le front plissé ; les yeux fixes et immobiles ; les traits bouleversés, anxieux; la bouche aux coins tombants, dont les lèvres minces paraissent agitées d'un tremblement convulsif; le cou tendu, porté en avant : tout exprime à la fois lé chagrin, presque le désespoir, en même temps que l'étonnement, la stupeur, dans laquelle l'apôtre est plongé à la vue d'un spectacle dont le sens lui échappe et devant lequel il se sent impuissant.

La figure de saint Jean est juvénile ; les lignes, bien que dures et saillantes, ne manquent cependant pas d'une certaine régularité. Elles dénotent, ainsi que le cou puissant, aux muscles vigoureusement accusés, une force physique peu commune. Les deux bras, levés dans un geste de commisération et de pitié, accusent encore, s'il est possible, l'expression de souffrance aiguë, étonnée, de la physionomie et du regard. Les mains ouvertes, aux doigts légèrement croisés, semblent implorer dans leur élan tout spontané, presque instinctif, une grâce suprême, une dernière parole de consolation et d'espérance.

Telles sont, dans leurs grandes lignes, les trois statues qui composaient jadis le groupe du Calvaire sur le tref de l'éghse de Génicourt. Bien que séparées aujourd'hui et déplorablement

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enlaidies par un barbouillage récent, elles sont, somme toute, à peu prés intactes et dans un parfait état de conservation. Si nous ne pouvons, à l'aide de documents d'archives, appuyer d'irréfutables arguments l'attribution que nous proposons, il y a, croyonsnous, dans leur facture même, des indices suffisants.

Cette composition, aux lignes quelque peu grêles et allongées, présente dans son ensemble les caractères généraux des œuvres du même genre, exécutées dans le premier tiers du seizième siècle. De cette époque datent l'église de Génicourt et les premiers travaux de Ligier Richier. Très gothique encore de lignes et d'aspect, le groupe de Génicourt rappelle le style du retable d'Hattonchâtel, daté, nous l'avons vu, de 1523. Son exécution ne doit être que très peu postérieure. Nous y retrouvons des procédés de travail presque identiques : môme élégance dans le dessin, même recherche passionnée de l'expression et du sentiment religieux ; des costumes offrant de curieuses analogies et des physionomies certainement très voisines. Les plis des draperies ont cependant ici quelque chose de plus doux, de plus souple ; leurs cassures sont moins anguleuses ; le modelé des nus, plus ferme, est aussi beaucoup plus exact. Mais il faut remarquer que nous sommes en tace de statues exécutées dans une matière différente et de dimensions beaucoup plus considérables (').

Si, quittant Hattonchâtel, on rapproche ces figures de celles, un peu moins anciennes, que nous rencontrerons par la suite, les analogies de style paraissent plus frappantes encore. Le Christ de Génicourt ressemble beaucoup, par exemple, à celui de Notre- Dame de Bar-le-Duc. Ce sont les mêmes lignes, sous des formes

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