CALVAIRF. DF. G^^NICOURT — CARACTÈRES DES FIGURES IO
cependant beaucoup plus grêles et amaigries ; une pose identique, mais avec une raideur beaucoup plus grande. Les défauts du crucifix du retable se retrouvent ici à peu prés dans la même note : aplatissement de la poitrine, allongement exagéré et raideur cadavérique des jambes. Les ressemblances des têtes de ces deux christs sont plus remarquables encore : lourde couronne d'épines fortement enfoncée sur la tête ; cheveux en grosses mèches paraissant comme glacées par le sang, tombant éparses et raides de chaque côté de la figure. A Génicourt pourtant, la physionomie est assez calme et l'expression d'angoisse douloureuse qui caractérise la plupart des christs de Richier se trouve visiblement adoucie. On ne peut guère, si l'on veut trouver un point de contact, que la rapprocher de celle du christ de l'ancien prieuré Notre-Dame, de Bar-le-Duc.
Pour les statues de la Vierge et de saint Jean, des comparaisons analogues peuvent pareillement s'établir. Sans trop nous étendre sur les ressemblances de costume, nous voulons cependant signaler le voile de Marie dont l'agencement est des plus caractéristiques et que nous retrouverons, scrupuleusement copié, dans toutes les figures analogues dues au ciseau du maître. Comme pose, notre Vierge peut être mise en parallèle avec la prétendue Madeleine du Sépulcre de la chapelle Sainte-Anne, à Clermont-en-Argonne. Les visages de la Vierge et de saint Jean rappellent la Vierge et le saint Jean de Briey, pour lesquels il semble que l'artiste ait repris les mêmes modèles et dont la pose seule présente quelques variantes.
La technique et l'exécution présentent des ressemblances plus accusées encore. C'est le même système de draperies, très ingénieusement agencées, aux longs plis amples et symétriques, fouillés avec une dextérité remarquable. L'ensemble en demeure
no LIGIER RICHIER
simple, logique et clair, se lit à men-eille et le dessin est toujours d'une impeccable correction. Dans le rendu des physionomies : même grâce discrète et douce, même style, un peu tendu peutêtre, mais sans idéalisation d'aucune sorte. L'artiste semble avoir mis dans tout l'ensemble quelque chose de cette foi modeste et naïve qui animait nos vieux imagiers gothiques et cherché à rendre, avec le plus de sincérité possible, sans mise en scène ni gesticulation inutile, des expressions un peu passionnées peutêtre, mais profondément justes et vraies.
Sans doute, nous sommes encore assez éloigné des figures élégantes et raffinées du Sépulcre de Saint-Mihiel , et les trois statues de l'église de Génicourt, de facture simple et sans prétention, n'ont avec ces dernières qu'une parenté relative. Mais, en les examinant de prés, on y trouve de nombreux points de comparaison et de contact dénotant clairement leur commune origine. L'esprit qui a guidé le ciseau du statuaire est le même ici que là. S'il est exprimé d'une façon moins maniérée, moins savante surtout, il se sert des mêmes movens et n'en demeure pas moins aussi persuasif et touchant.
Nous ne croyons donc pas nous être trop aventuré en plaçant sous ces trois morceaux, curieux à plus d'un titre, le nom de Ligier Richier. Malgré l'absence de documents positifs et en dehors des coïncidences de date d'abord, de proximité de lieux ensuite, il y a encore, et nous pensons les avoir montrées, tant de similitudes alliées à une telle identité de travail et de moyens, que le doute nous paraît impossible et la certitude presque aussi absolue que si elle nous était historiquement démontrée.
Parmi les documents utilisés par dom Calmet pour la rédaction de sa biographie de Ligier Richier, il en est un dont