‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 83 sur 269 · CALVAIRE DE NOTRE-DAME — LE CHRIST II · texte numérisé non relu

CALVAIRE DE NOTRE-DAME — LE CHRIST II

de « fort beau » qui, dès le seizième siècle, date incontestable de son exécution, lui était déjà attribuée (')•

Trois clous, enfoncés dans les mains et les pieds, fixent le Christ à une grande croix de bois scellée contre la muraille. Le corps, moins raide qu'à Génicourt, s'affaisse avec beaucoup de naturel ; les bras sont largement étendus, les mains crispées et à demi refermées. Les jambes, pliées au genou et légèrement relevées, sont fixées par un seul clou, le pied droit ramené sur le gauche. Le modelé, comme d'ailleurs l'ensemble général de la figure, n'indique d'autre parti pris que celui d'une grande simplicité alliée à une recherche bien visible de la vérité anatomique et de la justesse de la pose. C'est dans un ensemble de lignes sobres, de plans franchement accusés et enlevés avec vigueur, que l'artiste paraît avoir cherché ses moyens d'expression les plus puissants.

La tête, dont les traits ne sont pas sans offrir quelque analogie avec ceux du christ de Génicourt, s'incline fortement sur le côté droit et se présente de trois quarts dans ce sens ; le visage est régulier, assez fin même. Il est, comme toujours, encadré d'une barbe courte, frisée avec minutie et nettement bifidée à la pointe. Une forte impression se dégage de l'ensemble, mais nous' n'y trouvons pas cette note presque suraiguë de la douleur qui caractérise les christs en croix que nous croyons pouvoir attribuer à une période plus avancée de la vie de l'artiste. La face, aux yeux clos, au nez tiré, à la bouche entr'ouverte, dont les lèvres se crispent dans un dernier rictus, n'est pas encore creusée comme elle le sera plus tard ; les traits sont à peine altérés et, bien que

I. La photographie que nous en publions ne peut donner qu'une idée très imparfaite de l'original. Celui-ci se trouvant placé très haut, dans un Heu où l'éclairage est des plus défectueux, il nous a été impossible, malgré plusieurs tentatives, d'obtenir un meilleur résultat.

LICIER RICHIER

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la souffrance y soit très lisible, le maître ne parvient pas à y imprimer ce sentiment si vrai, si poignant, de la douleur arrivée à son paroxysme, qui produit par ailleurs une si profonde impression. Les cheveux, disposés par mèches ondulées, retombent sur la nuque; la couronne d'épines, jadis taillée dans la masse même du bois et dont on n'aperçoit plus que quelques fragments mutilés, a été remplacée par une couronne factice, faite d'un réseau de branchettes épineuses enlacées les unes aux autres. Le périzonium (') est traité par petits plis secs et pinces, d'un laible relief; ses deux pentes se relient sur le côté gauche où elles forment un gros nœud bouffant d'où l'étoffe s'échappe en flots d'une faible longueur.

Somme toute, cette œuvre — sans doute un des débuts de l'artiste dans la grande sculpture — remarquable par son exactitude anatomique, l'harmonie de ses proportions, la vérité de sa pose et la netteté déjà vigoureuse de sa facture, nous semble moins heureuse que certaines. La tête, nous l'avons déjà dit, est fade, doucereuse ; on la voudrait moins calme et l'afîinement, la régularité exagérée des traits, lui enlèvent une partie de sa grandeur. La pensée de quelque retouche ou restauration maladroite nous était môme venue. Nous n'y croyons cependant pas, bien que la grande hauteur à laquelle le crucifix est aujourd'hui placé en rende l'examen difficile. La mutilation de la couronne, remplacée comme je l'ai dit plus haut, est la seule altération que ce morceau a jamais dû subir ; elle peut être l'effet d'une simple chute de matériaux pesants. Au mois de mars 1619, a l'obligeance de nous écrire M. le pasteur Dannreuther, la foudre causa dans l'église Notre-Dame un incendie considérable : la tour, le

I . Linge disposé en orme de large ceinture et recouvrant les reins.

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