‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 84 sur 269 · BAR-LE-DUC, ÉGLISE NOTRE-DAME · texte numérisé non relu

BAR-LE-DUC, ÉGLISE NOTRE-DAME

CALV.MKI-: DK N'OTRH-DAME — ÉTAT PRIMITIF II5

clocher et une partie de la charpente furent détruits; une portion de la voûte s'effondra. L'accident dut se produire alors.

Le crucifix de Notre-Dame de Bar, dans lequel il nous paraît difficile de ne pas voir le travail de Richier signalé au même lieu par Chatourup, n'était pas, à l'origine, un morceau isolé. Il formait, au contraire, le centre d'un groupe fort important de sculptures auxquelles il a seul survécu. Nous retrouverons bientôt, dans l'œuvre de l'artiste, une composition analogue qui n'en était sans doute que la réplique. D'une date moins ancienne, croyons-nous, elle lui était en tout cas, si l'on en juge par ses débris, bien supérieure sous tous les rapports. La Vierge défaillante soutenue par saint Jean ; Longin, le vieillard aveugle qui, selon la légende, avait de sa lance percé le flanc du Christ ; quatre anges recevant dans des calices le sang coulant des plaies de la divine victime : telle était l'escorte de la figure qui vient de nous arrêter.

L'idée première de ce vaste ensemble, qui n'était d'ailleurs point une nouveauté pour l'époque, ne nous paraît pas difficile à découvrir. L'artiste l'avait conçue au cours de la représentation de quelque « mistére » dont un groupe analogue avait formé l'un des tableaux. C'est cette scène, vécue par lui, sans doute, mais déjà entrée dans l'art par le théâtre, qu'il a cherché à réaliser. La multiplicité des personnages qu'il met en jeu, la polychromie dont ils étaient revêtus, tout était combiné et contribuait à donner l'illusion d'un véritable tableau vivant. Les fidèles, d'ailleurs, aimaient à contempler, rassemblés dans l'ombre des nefs ou le demi-jour d'une chapelle spécialement affectée à cet objet, et matérialisés en quelque sorte par l'habileté des imagiers, ces graves personnages entrevus au cours des représentations qui les passionnaient en ressuscitant à leurs yeux les scènes de la vie et de la mort du Christ ou de ses saints. L'art de Richier, au

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moins dans certaines de ses grandes compositions, est avant tout un art de tableau vivant que les mêmes spectacles, remis aujourd'hui en honneur, seraient, si notre époque était plus propice à cette éclosion, prêts à faire revivre. Ce goût, qui tend malgré tout à revenir a la mode dans l'art religieux ('), était antérieur à son siècle et bien d'autres artistes avaient, avant lui, cherché à le satisfaire. Nous n'avons malheureusement plus guère, en France, d'exemples complets de travaux analogues ; c'est en Allemagne, où ce genre paraît avoir été beaucoup plus apprécié, qu'il nous faut aller les chercher. La tragédie du Calvaire, les stations de la voie douloureuse, demeuraient ainsi constamment sous les yeux des fidèles qui en revivaient toutes les phases et trouvaient là l'aliment préféré de leur piété, la source de leurs méditations favorites sur les souffrances du Christ et les douleurs de sa mère.

Le souvenir de ces vieilles dévotions s'étant effacé et le temps ayant aussi commencé son oeuvre de destruction, le sens de la composition exécutée par Ligier s'était perdu. Les différentes figures dont elle était constituée se trouvaient dispersées et on avait, au temps de dom Calmet, rassemblé celles qui restaient au-dessus d'une porte, dans le collatéral de l'église réservé aux offices de la paroisse.

Plus tard, en écrivant sa Notice de la Lorraine, publiée en 1756, le même auteur revient à nouveau sur les œuvres de Richier conservées à Notre-Dame et, à propos de celles dont il signale l'existence dans la Collégiale de Saint-Maxe, également située à Bar-Ie-Duc, il écrit : « On voyoit autrefois dans la Paroisse de

I. Nous en trouvons des exemples dans les calvaires monumentaux, les grandes stations du « chemin de la croix » traitées en ronde bosse et formant chacune un groupe isolé, les « grottes de Lourdes », etc., que l'on multiplie de nos jours d'une façon si fâcheuse et parfois si peu artistique.

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Notre-Dame, des pièces de sculpture remarquables, de la main de Ligier Richier, l'un des plus habiles [sculpteurs] de l'Europe

en son temps , mais comme ces ouvrages n'étoient qu'en bois,

le temps qui dévore toutes choses les a détruits, en sorte qu'on ne les y connoit plus, du moins ils sont déplacés et mis en différents endroits ('). »

Il résulte de ce passage, surtout si on le rapproche de celui de la « biographie », que dom Calmet reconnaissait formellement, dans certaines figures dispersées de son temps dans l'église Notre-Dame, des vestiges de l'œuvre dont il avait lu la description dans le manuscrit de Chatourup. Le grand crucifix placé aujourd'hui en face de la chaire était, croyons-nous, l'une « de ces pièces de sculpture » et seul, sans doute à cause de ses dimensions et du respect qu'a toujours inspiré cette image, il est parvenu jusqu'à nous. Mais personne n'ayant, jusqu'ici, songé à cette identification, et un groupe assez analogue, également attribué à Richier, se trouvant dans une autre église de Bar, on avait conclu à une erreur de copie ou à un transfert de statues d'une église dans une autre, opéré après la tourmente révolutionnaire C).

Il n'y a certainement rien de tout cela, mais bien deux œuvres différentes, entre lesquelles la confusion n'est pas possible ; seulement, en 1332, une seule existait probablement : celle de Notre- Dame, le calvaire de Saint-Pierre nous paraissant postérieur. Ligier, du reste, exécuta par la suite de nombreux travaux dans la capitale du Barrois ; le Christ et les larrons doivent être rangés dans cette catégorie. Nous allons, d'ailleurs, les examiner.

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