‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 86 sur 269 · CAI.VAIRF. DE SAINT-PIF.RRI- LE CHRIST II · texte numérisé non relu

CAI.VAIRF. DE SAINT-PIF.RRI- LE CHRIST II

siècle. Beaucoup plus naturaliste, surtout dans le rendu de la physionomie, que ne l'est la figure précédente, il rappelle par certains côtés les christs bourguignons de l'école du quinzième siècle {'). Il offre également plus d'une ressemblance avec ceux d'Hattonchâtel et de Génicourt.

La pose contournée des deux larrons étonnera probablement les personnes qui ne sont pas familiarisées avec l'iconographie gothique. Les exemples analogues ne sont cependant pas rares, soit en peinture, soit en sculpture, dans les œuvres françaises de la fin du quinzième et du courant du seizième siècle.

L'artiste ici, au lieu de figurer le Christ mort, comme à Génicourt, nous le représente expirant, la foce crispée par l'agonie. Fixé par trois clous sur une haute croix, le corps entier s'affaisse et retombe dans cette inertie qui est le prélude des derniers instants. La pose est calme, non tourmentée et violente comme elle l'est généralement dans les crucifix de la période précédente.

Cruellement chargée d'une épaisse couronne d'épines que l'artiste a traitée branche par branche, et avec son ordinaire précision, la tête du Christ, légèrement penchée à droite, s'incline vers la terre. Le visage, amaigri, creusé, est encadré d'une barbe courte et frisée ; de longs cheveux, partagés en mèches régulières, tombent de chaque côté jusque sur les épaules. Les traits, un peu rudes et contractés, n'ont malgré cela rien de grimaçant ou de forcé ; les yeux, aux paupières tombantes, se creusent dans les orbites fortement accentuées; le nez, un peu fort, très allongé, se pince, s'effile, et deux rides profondes en marquent la naissance ;

I. Ils rappellent surtout, et la remarque a été faite par Courajod, lib. cit., t. III, p. 281, les larrons du calvaire qui domine la Mise au tombeau de Solesmes. Le même auteur ajoute : « C'est plus naturaliste et bourguignon que ne le sera le Ligier Richier de la dernière heure. «

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les lèvres entrouvertes, contournées, se crispent dans un râle. Le maître, cette fois, comme dans les figures évidemment beaucoup plus parfaites que nous rencontrerons par la suite, a cherché l'expression la plus aiguë de la douleur et en a rendu, avec une âpreté qu'il ne cherche pas encore à atténuer sous la douceur du modelé, toutes les déformations et tous les spasmes. Le rapport des lignes n'en est, malgré tout, aucunement altéré. Une expression de tristesse profonde et pénétrante se dégage de ces traits tendus par la souffrance, mais elle garde une harmonie, une mesure, qui rappelle les plus belles productions des vieux maîtres français.

Comme dans les figures d'Hattonchâtel, de Génicourt et du prieuré Notre-Dame, les bras du Christ sont largement étendus, presque horizontaux, mais sans aucune raideur. Les muscles tendus s'y dessinent sous la peau, et les doigts, légèrement contractés, se referment sur les clous. L'étude anatomique du torse, un peu moins poussée que dans l'œuvre précédente, accuse avec précision, mais sans les exagérer, toutes les saillies des muscles. Le modelé général est très doux et d'une grande exactitude ; le bois est fouillé avec autant d'adresse que de sûreté. L'ensemble des formes est plutôt grêle ; les jambes fines et allongées. Celle de droite manque de cambrure et ce défout la foit paraître un peu longue. Les pieds, d'une belle facture, sont superposés, celui de droite ramené sur le gauche, et fixés par un seul clou. Ni suppédanéum ni titulus.

La pose des deux larrons fiiit avec celle du Christ un contraste dont le réalisme, un peu violent, n'était point fait pour déplaire à l'artiste. Aucun clou ne les retient, ils sont simplement liés au moyen de cordes sur des croix en forme de T(').

I. Ce mode de représentation des larrons est très ancien dans l'art chrétien

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