CALVAIRI- DE SAI\T-PI1- RKF-: I,F. BON LARRON
Le bon larron, placé selon les données conventionnelles à la droite du Christ, vient de voir ce dernier pardonner à son repentir. Sa tête est longue, forte; ses cheveux en désordre. Son visage osseux, modelé par larges coups, est d'un aspect rude et sauvage. Une expression de confiance calme et résignée vient adoucir ses traits où semble planer un rayon d'espérance. La pose du corps rend ce caractère encore plus saillant. L'attitude est exempte de raideur, aucune convulsion n'agite les membres, il rend en paix son dernier soupir. Le bras droit, violemment tiré en arrière, plié au coude et ramené ensuite en avant, s'appuie sur la traverse du gibet à laquelle une corde le lie. La main, aux os saillants, est naturelle et sans crispations. L'avant-bras gauche tombe le long du corps; la partie inférieure, tirée également en arrière, est attachée au montant de la croix. Le tronc est légèrement déjeté à gauche, la poitrine un peu creusée, et les jambes, remontées et fiées par une corde, se croisent sans contractions et d'une façon qui, bien que visiblement cherchée, paraît cependant très naturelle. Celle de gauche se projette libre-
où il est devenu, maigre quelques exceptions — par exemple le relief de Donatello à San-Lorenzo de Florence — une règle à peu près commune. Il est cependant contraire aux Évangiles et aux textes des Pères. Saint Augustin, parlant du bon larron, dit : « Qui in semetipso erat clavis confixus » (Servi. CXXX, de Temp.) ; saint Grégoire dit également du même personnage : « In cruce clavis manus pedesque ejus ligaverunt. » (Moral, lib. XVIII, cap. 23.) Le plus ancien exemple connu se voit sur deux ampoules conservées au trésor de Monza et datant du sixième siècle. Des figures analogues se rencontrent en Lorraine : retable du maître-autel de Génicourt, début du seizième siècle, où un ange emporte l'âme du bon larron, et un démon celle du mauvais; retable de Mognévillc, même période ; fresques de l'église de Malzévillc (près Nancy) exécutées vers le même temps, et dans plusieurs autres monuments.
Les croix des larrons étaient également semblables à celle du Christ. Rien ne le prouve mieux que la légende de l'Invention delà Croix. (Voir Légende dorée, traduct. de Téodor deWyzewa, p. 264.) Sainte Hélène ne savait comment distinguer, parmi les trois croix exhumées par ses ordres, quelle était celle du Sauveur. Il fallut le miracle suggéré par saint Macaire pour tirer de sa perplexité la pieuse impératrice.
122 LICIER RICHIER
ment et la droite, ramenée en dessous et pliée au genou, est d'une exécution particulièrement soignée; les muscles s'y dessinent d'une façon très juste ainsi que les os du pied, qui font saillie sous la peau. Une draperie, fixée au moyen d'une corde à la naissance de la cuisse droite, retombe en larges plis flottants après avoir formé deux gros nœuds bouffants parfaitement étudiés et rendus.
Le mauvais larron, au contraire, semble se crisper de douleur et de désespoir. On sent, dans ce corps d'athlète, à la puissante structure, la lutte suprême d'une nature qui se débat contre la mort; une sorte de répulsion qui le fait s'éloigner du Christ dont le calme abandon paraît lui faire horreur. La tête, traitée avec une remarquable énergie, et plus massive que chez le sujet précédent, retombe sur le côté gauche ; les traits sont rudes, crispés, rendus par larges coups secs et durs. Le corps est violemment déjeté, tiré sur la gauche, dans une pose impossible, presque invraisemblable, mais très étudiée, très vraie (').
Il y a dans cette œuvre, largement modelée, une âpreté, une rudesse, poussée jusqu'à l'extrême et dans laquelle Ligier se montre sous son vrai jour. Elle établit, de la façon la plus évidente, le parti qu'il tire et saura tirer plus tard encore de certaines exagérations de modelé et de mouvement, pour arriver à communiquer à quelques-uns de ses personnages cette e.xpression passionnée, violente même, qui les caractérise et qu'il était, surtout ici, impossible d'accentuer davantage.
Ces trois sujets, taillés dans des blocs de noyer, sont, suivant la coutume du temps, recouverts de peinture. Des mains modernes ont malheureusement un peu trop avivé les teintes primi-
I. Aucun commentaire ne peut, il nous semble, souligner d'une façon plus
{Phol. de l'auteur)