‹ Ligier Richier, l'artiste et son uvre; avec 51 planches hors texte et 44 illustrations dans le texteChapitre 98 sur 269 · DERNIERS CALVAIRES · texte numérisé non relu

DERNIERS CALVAIRES

Deux calvaires, disions-nous dans notre avant-dernier chapitre, nous restent à examiner encore, mais leurs dates nous obligent à en retarder l'étude. Arrivé à l'année 1530, dont l'indication nous est fournie par l'œuvre précédente, il nous est maintenant possible de les aborder. Un seul de ces deux monuments est malheureusement complet et il ne nous est parvenu de l'autre qu'une description très succincte et un groupe des plus curieux. Celui-ci figure, du reste, parmi les œuvres les plus connues de Ligier Richier; c'est même, pourrions-nous dire, la seule vraiment authentique. Mais on a généralement le tort, oubliant qu'elle n'est qu'une épave d'un des ensembles les plus

importants de l'atelier, de la regarder comme une composition particulière. A l'encontre de la plupart des autres, sur lesquelles nous n'avons pour ainsi dire aucun document positif, un témoignage contemporain, celui de Chatourup, sur lequel nous nous sommes, dans le précédent chapitre, assez longuement étendu, nous en donne une idée complète et en désigne l'auteur. Il nous permet en outre, à quelques années près, de lui assigner une date presque certaine.

Chatourup donc, continuant son voyage de Bar-le-Duc à Saint-Nicolas, passa par Saint-Mihiel et y visita notamment l'église de l'abbaye bénédictine. « On voit dans cette église, dit-il dans un des passages de son manuscrit copié par domCalmet, plusieurs ouvrages de sculpture, faits par Muistre Llgicr, tailleur d'images, demeurant au dict lieu de Saint-Mihiel, que l'on tient pour le plus expert et nuilleur ouvrier en dict art que l'on vit jamais. »

La désignation de ces « ouvrages » ne nous est malheureusement pas donnée. Mais ce que Chatourup nous dit avoir le plus remarqué était « un Crucifix, accompagné de la sainte Vierge de Pitié soutenue par saint Jean, de saint Longin, de Marie-Madeleine, des quatre Anges qui tenoient chacun un calice pour recevoir le sang du Sauveur (') ».

Du grand ensemble admiré par notre voyageur, il ne reste plus guère aujourd'hui que le groupe isolé dont nous parlions en commençant. C'est, avec le Sépulcre et quelques autres, l'une des œuvres de Richier que l'on trouve le plus fréquemment reproduite. C'est également l'un des deux joyaux qui constituent

I. Il est à peine besoin de faire remarquer que ce thème est tout à fait gothique, surtout le détail des quatre anges recevant le sang divin dans des calices. On les trouve dans le « Parement de Narbonne », plus anciennement dans Duccio. (Reinach, Rép. de peinture, t. I, p. 404.)

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