I.A PAMOISON DE LA VIERGE I4I
hi richesse artistique de Saint-Mihiel. Franchissons pour l'admirer le seuil de l'ancienne église abbatiale, dédiée à l'archange saint Michel.
Apres être passé sous la vieille tour romane, qui forme une sorte de vestibule accolé en avant de l'édifice principal, reconstruit à une date postérieure, nous pénétrons dans un monument aux vastes proportions. Ses voûtes élancées, ses lignes harmonieuses, la lumière adoucie qui tombe de ses hautes verrières, font au visiteur la plus favorable impression. Placée aujourd'hui dans la première travée du collatéral sud, au-dessus d'un autel de marbre noirâtre adossé à une fenêtre murée, l'œuvre de Richier attire tout de suite l'attention.
« Parmi toutes les œuvres du maître sammiellois, écrivait l'abbé Souhaut ('), je n'en connais pas de plus émouvantes que celles où son ciseau nous représente la Vierge, soutenue par saint Jean, s'évanouissant au pied de la croix du Calvaire ou auprès du corps inanimé de son fils. » Nous sommes ici pleinement d'accord avec le trop Imaginatif biographe : convenons qu'il est impossible de rendre avec plus de simplicité et de sentiment que ne l'a fait notre artiste cette scène pathétique entre toutes.
Le haut Moyen Age, profondément pénétré du véritable sens des Écritures, avait ignoré ce genre de représentation. 11 avait constamment représenté la Vierge debout, stahat, contemplant de ses pieux regards les blessures du Christ ; parce que, comme le dit saint Augustin, elle y voyait non le signe de la mort, mais celui du salut du monde.