LE SOLEIL
Autrefois je souriais au-dessus de la discrète joie des choses et l'Innocence, comme en bois de myrtes, amadouait les implacables uffluves de mon cœur. Calme pénombre où
LE PARADIS TERRESTRE I05
rêvait le monde originel, le Péché t'a vaincue, — et maintenant je ris, j'éclate de rire. Soudain
ADAM
tojnbe accablé :
Oh! comme il fait clair! j'ai les yeux brûlés.
EVE
Adam, quel est ce vent qui souffle sur moi! ÏI est chaud et il est froid. J'ai peur, j'ai peur...
SATAN
qni s'est dissimulé dans les feuilles de l'arbre profané, chante sa victoire:
Ah ! mon Maître là-haut, ton règne est accompli. A moi la terre, à moi les corps, à moi les âmes ! Je suis roi, je domine et j'écrase les rois fragiles: la femelle, fuyant le lit du mâle, viendra baiser, — confuse et toute pleine d'amour, — tues aùorables fesses.
El les insignes de mon sexe iront dans son
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ventre irravide baptiser à mon signe les fruits des noces humaines.
Le chimérique orgueil de leur chélivité empuantira leur âme pareille à la mienne, comme la mienne rongée par l'envie, hyène aux dents rouges.
Ils dormiront leur vie sous les poussiéreux rideaux de la paresse, cloués parla peur, drapés par lalâcheté, — pendant que leur Conscience, telle qu'un excrément, nagera parmi leurs intestins gavés et noyés
La vénéneuse colère,dans leurs joues bleuies, tordra comme un sarment leurs langues fiesséciiées et sous leur mamelle gauche, fendue par leurs ongles sanglants, une boursedilForme palpitera comme un cœur.
Enfin, — et ceci sera très amusant, — je veillerai comme un ange sur leur enfance polluée, et quand la lignée de Lililh aura dévirilisé la puberté des mâles, je leur donnerai des vierges qui n'auront ouvert qu'en rêve et symboliquement leurs jambes pures...
LE PARADIS TKUKESTUE
Mangez, mes enfants, mangez. Hein! c'est bon?... Vous devez commencer à vous diviniser? Quel effet ressentez-vous? Contez-moi cela... Ah! c'est trop! laissez-en pour une autre fois, et puis, hé! hé! vous allez vous faire mal au ventre, mes chers dieux. . .
ADAM
Je ne sais pas ce que tu veux dire, mais j'éprouve une extrême inquiétude: la Scieace m'oppresse, l'Ignorance, en me quittant, a laissé dans ma tête un vide profond comme un précipice... Je sais... Que sais-je?... Je sais que je ne sais rien. Oh! rends-moi mon animahté, tentateur... Ah! qu'allons-nous devenir?... Soleil, grâce! ma peau me fait mal...
SATAN
Déjà gourmands et lâches, bon! j'.ai deux prises. Continuons...
ÈK
Moi, je ne suis pas très bien, mais la dou-
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cpur de ces fruits me consoV un peu et voilà désormais ma nourriture préférée.
Tiens, tiens, mais vous êtes tout nus...
ADAM
C'est vrai. Oh! j'ai honte...
EVE
Toute nue... Oh! j'ai froid...
Ils se regardent et roue:issent, car à la vue de la femme, l'homme s'est trouvé en proie à des mouvements nouveaux, ou du moins que jamais encore il n'avait remarqués, ni Eve non plus...
ADAM
Couvrons-nous, mettons des feuilles autour de nos hanches.
EVE
Laisse moi voir... Ah!... Et toucher?
LE PARADIS TEnUESTr.E ICQ
ADâM
Songe que nous ne sommes pas seuls.
EVE
Viens, j'ai envie de toi.
Les mamelles gonflées, ie ventre ondulant d'une haletante respiration, elle se carabre, fiére delà beauté de sonsexe, dont elle n'avait encore connu les attraits que voilés par l'innocence.
Couvre-toi donc !
ÊVE
Pourquoi? Ne suis-je pas agréable à regarder?
SATAN
Gourmandise, paresse ou lâcheté, luxure... Quand nous serons à sept, je m'en irai tranquille.
ADAM
Tiens, prends ces feuilles.
EVE
Pendant qu'Adam s'attache une ceinture de feuilles et dissimule de son mieux les inconvénients de sa nudité, elle s'arrange sur la tète une couronne de verdure, dispose des feuillages autour de son cou, comme un collier :
Regarde.
SATAN
Tu es charmante avec ces ornements, tandis qu'Adam avec sa ceinture ... Oh ! oh !.. .
ADAM
Ah ! tais-toi, vil entremetteur.
SATAN
Gourmandise, paresse, luxure, colère.
ADASI
Eve, ôte à l'instant ces colifichets et mets une ceinture comme la mienue...
LE PAKADiS riUiU'-T!\E III
EVE
Cela te fait envie. n'est-ce pas? Tu sens que tu es laid...
ADAM
Envie, envie... non, mais enfin, je le vanx Lien.
SATAN
Gourmandise, paresse, luxure, colère, envie, orgueil.
Èvii;
Tiens, prends ma couronne, mais tu me me donneras ta ceinture. El!e est ILuiie de jolies fleurs qui me plaisent...
ADAM
Non, fais-en une aulre, j'y ticas.
EVE
Je t'en prie 1
ADAM
Non, elle est à moi, tu enîends, à moi, à moi.
SATAN
Avarice, salut! Pas un grain ne manque à mon chapelet. Adieu! nous nous reverrons.
Satan disparaît.
ADAM
Ah I il est parti, le monstre I
EVE
Je ne le trouve pas si vilain.
ADAM
Tais-toi, tu ne dois regarder aucune autre créature que moi.
EVE
Vraiment!
A DAM
Prends garde 1