‹ Lilith; suivi de ThéodatChapitre 14 sur 33 · LE SOLEIL · texte numérisé non relu

LE SOLEIL

Autrefois je souriais au-dessus de la discrète joie des choses et l'Innocence, comme en bois de myrtes, amadouait les implacables uffluves de mon cœur. Calme pénombre où

LE PARADIS TERRESTRE I05

rêvait le monde originel, le Péché t'a vaincue, — et maintenant je ris, j'éclate de rire. Soudain

ADAM

tojnbe accablé :

Oh! comme il fait clair! j'ai les yeux brûlés.

EVE

Adam, quel est ce vent qui souffle sur moi! ÏI est chaud et il est froid. J'ai peur, j'ai peur...

SATAN

qni s'est dissimulé dans les feuilles de l'arbre profané, chante sa victoire:

Ah ! mon Maître là-haut, ton règne est accompli. A moi la terre, à moi les corps, à moi les âmes ! Je suis roi, je domine et j'écrase les rois fragiles: la femelle, fuyant le lit du mâle, viendra baiser, — confuse et toute pleine d'amour, — tues aùorables fesses.

El les insignes de mon sexe iront dans son

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ventre irravide baptiser à mon signe les fruits des noces humaines.

Le chimérique orgueil de leur chélivité empuantira leur âme pareille à la mienne, comme la mienne rongée par l'envie, hyène aux dents rouges.

Ils dormiront leur vie sous les poussiéreux rideaux de la paresse, cloués parla peur, drapés par lalâcheté, — pendant que leur Conscience, telle qu'un excrément, nagera parmi leurs intestins gavés et noyés

La vénéneuse colère,dans leurs joues bleuies, tordra comme un sarment leurs langues fiesséciiées et sous leur mamelle gauche, fendue par leurs ongles sanglants, une boursedilForme palpitera comme un cœur.

Enfin, — et ceci sera très amusant, — je veillerai comme un ange sur leur enfance polluée, et quand la lignée de Lililh aura dévirilisé la puberté des mâles, je leur donnerai des vierges qui n'auront ouvert qu'en rêve et symboliquement leurs jambes pures...

LE PARADIS TKUKESTUE

Mangez, mes enfants, mangez. Hein! c'est bon?... Vous devez commencer à vous diviniser? Quel effet ressentez-vous? Contez-moi cela... Ah! c'est trop! laissez-en pour une autre fois, et puis, hé! hé! vous allez vous faire mal au ventre, mes chers dieux. . .

ADAM

Je ne sais pas ce que tu veux dire, mais j'éprouve une extrême inquiétude: la Scieace m'oppresse, l'Ignorance, en me quittant, a laissé dans ma tête un vide profond comme un précipice... Je sais... Que sais-je?... Je sais que je ne sais rien. Oh! rends-moi mon animahté, tentateur... Ah! qu'allons-nous devenir?... Soleil, grâce! ma peau me fait mal...

SATAN

Déjà gourmands et lâches, bon! j'.ai deux prises. Continuons...

ÈK

Moi, je ne suis pas très bien, mais la dou-

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cpur de ces fruits me consoV un peu et voilà désormais ma nourriture préférée.

Tiens, tiens, mais vous êtes tout nus...

ADAM

C'est vrai. Oh! j'ai honte...

EVE

Toute nue... Oh! j'ai froid...

Ils se regardent et roue:issent, car à la vue de la femme, l'homme s'est trouvé en proie à des mouvements nouveaux, ou du moins que jamais encore il n'avait remarqués, ni Eve non plus...

ADAM

Couvrons-nous, mettons des feuilles autour de nos hanches.

EVE

Laisse moi voir... Ah!... Et toucher?

LE PARADIS TEnUESTr.E ICQ

ADâM

Songe que nous ne sommes pas seuls.

EVE

Viens, j'ai envie de toi.

Les mamelles gonflées, ie ventre ondulant d'une haletante respiration, elle se carabre, fiére delà beauté de sonsexe, dont elle n'avait encore connu les attraits que voilés par l'innocence.

Couvre-toi donc !

ÊVE

Pourquoi? Ne suis-je pas agréable à regarder?

SATAN

Gourmandise, paresse ou lâcheté, luxure... Quand nous serons à sept, je m'en irai tranquille.

ADAM

Tiens, prends ces feuilles.

EVE

Pendant qu'Adam s'attache une ceinture de feuilles et dissimule de son mieux les inconvénients de sa nudité, elle s'arrange sur la tète une couronne de verdure, dispose des feuillages autour de son cou, comme un collier :

Regarde.

SATAN

Tu es charmante avec ces ornements, tandis qu'Adam avec sa ceinture ... Oh ! oh !.. .

ADAM

Ah ! tais-toi, vil entremetteur.

SATAN

Gourmandise, paresse, luxure, colère.

ADASI

Eve, ôte à l'instant ces colifichets et mets une ceinture comme la mienue...

LE PAKADiS riUiU'-T!\E III

EVE

Cela te fait envie. n'est-ce pas? Tu sens que tu es laid...

ADAM

Envie, envie... non, mais enfin, je le vanx Lien.

SATAN

Gourmandise, paresse, luxure, colère, envie, orgueil.

Èvii;

Tiens, prends ma couronne, mais tu me me donneras ta ceinture. El!e est ILuiie de jolies fleurs qui me plaisent...

ADAM

Non, fais-en une aulre, j'y ticas.

EVE

Je t'en prie 1

ADAM

Non, elle est à moi, tu enîends, à moi, à moi.

SATAN

Avarice, salut! Pas un grain ne manque à mon chapelet. Adieu! nous nous reverrons.

Satan disparaît.

ADAM

Ah I il est parti, le monstre I

EVE

Je ne le trouve pas si vilain.

ADAM

Tais-toi, tu ne dois regarder aucune autre créature que moi.

EVE

Vraiment!

A DAM

Prends garde 1

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