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LES YEUX

G r a nds yeux bleus, cieux troublants où se perdent les songes, Sombres yeux, gouffres noirs dont le mystère attire, Doux yeux couleur de mer, océans de mensonges, Beaux yeux roux, semés d'or, au glorieux empire,

Doux yeux rêveurs, jetant parfois des éclairs tristes. Beaux yeux étincelants, où rit tant de lumière, Grands yeux tendres, pareils aux tendres améthystes. Chers yeux, las, alanguis, mi-clos sous leur paupière,

Larges'yeux rappelant les opales mystiques... Féminin éternel, j'aime tes yeux sans nombre, Et je dédaigné^ épris des astres^ magnifiques,, i Les pièges ténébreux que tu dresses dans l'ombre !

CHANTS DE UMOUR ET DE LA MORT 87

LIToAV^IES

O femmes, douceur de la terre, Ce qui console encor le mieux I/âme triste et la désaltère, Ce sont les clartés de vos yeux*

On va vers l'art, vers la nature, Vers tout ce qui donne un baiser, Cette soif de lumière pure, Vous savez seules l'apaiser.

Vainement Ton s'en yeut défendre, Chercher au delà des amours :

lia musique encor là plus tendre, C'est en vos voix qu'elle; est toujours;

Et c 'est encore à vos mensonges, Murmurés en des mots charmants, Que s'endorment le mieux nos songes, Nos souffrances et nos tourments.

L<A CHcAVHiSOCHi T>ES LÈV%ES

tvi\- r

Lèvres, ô mères du baiser, Qui savez parfois apaiser Les soifs de l'âme, Lèvres exquises de l'enfant, Lèvres de l'amour triomphant, Lèvres de femme;

O lèvres, qui buvez nos pleurs, Lèvres plus tendres que des fleurs,

Fleur rouge ou rose, Fleur que! rougit la passion, Fleur pâle où l'adoration

; Pleurè etse pose;:

Fleur dont l'abeille du désir Suce et boit, mbrdille à plaisir

L r aimant! calice, Et; dont les frissons, la pudeur, Où vient s'affoler cette ardeur, j | Sont un délice:;

CHANTS DE L AMOUR ET DE I. A MORT

Fleur frémissante de la chair Où tour Tétre qui nous est cher

Palpite et tremble, Coupe ardente où boivent les cœurs, Et dans d'ineffables langueurs

Meurent ensemble;

Coupe d'où s écoule le vin Parfumé, mystique, et divin

De ces caresses, Qui font pâles les adorés, Les beaux amants transfigurés

Par leurs tendresses;

Fruit charnel, dont le suc puissant Brûle, dévore notre sang,

Et nous enivre, Fruit délectable que l'on mord, De l'arbre de vie et de mort

Fruit qui fait vivre; ;

Fruit qu'on se jette en souriant, Le regard humide et brillant,

| Pour se répôndrej

Pulpe tendre, fruit savoureux.

Qui dans le cœur: des amoureux Paraît se fondre;

Arc vivant du terrible archer, Que Târne ne peut approcher

90 i/lLLUSION

Sans des blessures, Si douces, qu'en dût-on mourir, On préfère ne pas guérir

De leurs morsures;

Arc dont la courbe est sans défaut, Arc redoutable et dont il faut

Parfois qu'on meure, Tout petit arc au fin contour, D'où peut naître un si grand amour

Qui saigne et pleure;

Lèvres d'où jaillissent les chants, Ardents, passionnés, touchants.

Et le beau rire, Lèvres au son d'argent ou d'or, Et plus musicales encor

Que n'est la lyre ;

Sources des chansons ou des voix.

Qui gazouillez, ainsi qu'aux bois Les iriids de mousses,

Lèvres auxilongs babils charmants, lèvres d'enfants», lèvres d'amants, Toutes si douces,

Lèvres, symboles des amours, L'une auprès de l'autre toujours,, Gomme des rimes,

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

Belles rimes, je vous bénis, Et dans mon coeur je vous unis Aux yeux sublimes;

Je vous bénis pour les douleurs, Pour la joie ardente ou les pleurs,

Les chaudes fièvres, Pour mes extases d'autrefois Et les baisers que je vous dois,

O chères lèvres !

CHcAZ^SO&Q VU VE3X.7

Vent fou qui voles où tu veux.

De fleur en fleur, de femme en femme.

Vent qui caresses les cheveux, Vent libre, je voudrais ton âme.

Vent qui murmures dans les bois, Comme un chœur à bouche fermée, Cerrains soirs je voudrais ta voix, Pour parler à ma bien-aimée ;

Et vent qui soulèves |les mers, Qui hurles le long çles rivages, Je voudrais dans mes jours amers

Parfois aussi tes cris sauvages,

Pour y jeter tous mes sanglots, Toutes mes colères, mes haines, Et pour fouetter comme des flots L'océan de la foule humaine 1

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

"BERCEUSE C\UELLE

Mon enfant au regard candide Comme une eau dormante est perfide Ainsi que d'un jeune animal, Sa caresse parfois fait mal.

Un parfum étrange est en elle, De fleur attirante et mortelle :

Mon enfant, quand elle tuera, Adorablement sourira.

Le bourreau d une cour d Asie Aurait aime sa fantaisie :

Mon enfant, 'comme Salomé, Cruelle et douce l'eût charmé.

Mon! enfant est inconsciente, Comme l'animal ou la piante :

Et; par elle j'appris comment L'on peut tant haïr en aimant!

TWBÊT^EU'SÉ

J'adore ces parfums des pays inconnus, Où je crois respirer l'inconnu de ton âme; Et j'adore ces fleurs, dont les blancheurs de femme Me rappellent tes chairs de fleur et tes bras nus.

Dans ta beauté rêvant comme rêvent les plantes. Enfant, dont m'ont charmé les étranges pâleurs. N'es-tu pas en effet bien pareille à ces fleurs, Roses pâles; jasmins, tubéreuses troublantes?

CHANTS DE LAMOUR ET DE LA MORT

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