‹ L’IllusionChapitre 17 sur 28 · VIE VIVI&CE · texte numérisé non relu

VIE VIVI&CE

Aime, ainsi que la mer, la mer dressant ses vagues, Comme des seins tendus aux baisers du soleil. Et de ses cris d'amour, de ses longs soupirs vagues, Gémissante, emplissant tout l'espace vermeil;

Comme ces larges nuits qui cachent sous leurs voiles La palpitation d'un cœur illimité, Aime, et fais de ton cœur un grand ciel plein d'étoiles. D'où s'épanchent la paix sublime et la clarté 1

Désire, aime sans fin, souffre, brûle, aime encore, ;De rêves $ans limite enivre-toi toujours ; Ayant lé soir funèbre, abreuve-toi d'aurore, Ouvre toute ton âme à d'immenses amours.

Alors verse tes chants aux sombres multitudes, A tous ceux qu'ont rendus stériles les douleurs, Comme ces vents qui font germer les solitudes, Et tièdes et féconds épanouir des fleurs.

CHANTS PANTHÉISTES

Aime et vis, comme un Dieu sur terre voudrait vivre, Penche-toi vers tous ceux que tu verras souffrir, Et de lumière et d'art, de rêves toujours ivre, Incendié d'amour, ne crains plus de mourir î

i}S l'illusion

LE TOÈéME

Je suis le feu, je suis l'air, je stiis dans tout. (Mystiques persa us.)

Le soleil est ma chair, le soleil est mon cœur, Le coeur du ciel, mon cœur saignant qui vousfait vivre. Le soleil, vase d*or, où fume la liqueur De mon sang, est la coupe où la terre s'enivre.

Les astres sont mes yeux, mes yeux toujours ouverts, Toujours dardant sur vous leurs brûlantes prunelles, Et mes grands yeux aimants versent sur l'univers, Sur vos amours sans fin, leurs clartés éternelles.

Lès vents sont mes soupirs,; les vents sont mes baisers, je suis le souffle, l'air, et vous êtes la flamme, Et vous êtes pareils aux charbons embrasés, Quand, l'été, mes soupirs ont passé sur votre âme.

Lès fleurs sont mes désirs, les fleurs de toutes parts Tendent vers vous leurs longs regards pleins de délices, Lçs fleurs sont mes désirs, les fleurs sont mes regards, Et vous buvez mon rêve au fond de leurs calices.

CHANTS PANTHÉISTES I ]Ç

Je suis l'amour, l'amour, qui soulève les flots, Et trouble et fait vibrer les océans immenses, Et la chaleur, par qui les germes sont éclos, Et le printemps, qui fait fécondes les semences.

Je suis dans tout, je suis la fraîcheur de la nuit, Et je suis dans Péther la lune qui vous aime, Et l'ouragan aussi, l'éclair brûlant qui luit, Car la création entière est mon poème,

Est un poème étrange où se mêlent des pleurs, Et dont vous, ô mortels, vous êtes les pensées, O vous qui partagez ma joie et mes douleurs, Et l'ennui des éternités déjà passées.

UcAëME T)IVl&£E

Lorsque la Mort pour moi lèvera le rideau Qui cache à l'univers le secret de son maître, Tout le monde à mes yeux comme une goutte d'eau Disparaîtra devant l'océan de son être;

Et mon âme éperdue à tes pieds s'abîmant, Allah, n'aspirera qu'à s'éteindre en ton âme, Comme l'amante aspire à se perdre en l'amant, Et le papillon vil à périr dans la flamme.

CHANTS PANTHÉISTES

HcAFIZ

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il .1

•'était un rossignol fou de toutes les roses; Chaque beauté de lune attirait ses désirs; Son âme incendiée allait .vers toutes choses, En recherchant sans fin d'extatiques plaisirs.

D'extatiques plaisirs, ou |des soupirs, des larmes, D'adorables douleurs dont il voulait mourir; Car en sa soif d'aimer il trouvait plus de charmes Aux âpres passions qui font l;e plus souffrir.

Mais::Cpmrrie il n'avait pu satisfaire: soniâme, Et que plu^ il a;imajit, plus il! brûlait d'amour* Salamandre, Ipour yivré à jamais dans la flamme, A lajçoùpe d'Allah j il voulut boire un jour,! '■

A là coupe qu'Allah offre à toute âme aimante, Plei;né du vin mystique^ ardent, délicieux, Parjlequel enivré tout; l'infini fermente,

il . I' ' ■ ' ■ . i ■ ■ i ' ; !;!■■■!''

Et qui donne ïfextaseet lé yertigelaux cieux ;

Et nos amours devant l'Océan de la vie Lui parurent dès lors comme une goutte d'eau 3 Et plus rien d'ici-bas ne lui sut faire envie, Hors le sourire; heureux des amants au tombeau.

CHANTS PANTHÉISTES I43

LES ■T'HESOUJ VviLLoAH

Un grand fleuve d'or roule en la mer qui s'embrase, Le soleil en sa pourpre est comme un beau rubis. Le ciel jaune du soir est comme une topaze ; Des richesses d'Allah les yeux sont éblouis.

Le nocturne collier de tes pâles étoiles.

Oh 1 quel trésor, Allah, le saurait égalerl

Et la Mort devra-t-elle un jour nous révéler

Tous ceux qu'en tes harems tu gardes et tu voiles?

No;us sommes des fourmis rampant aux! pieds d'un Roi: Q u;e savons-nous de ses richesses entassées? Qu'ayons-nous entrevu du ciel de tes pensées, . Atomeis éperdus, pris de vertige en toi?

Fc4PtTc4ISIE Ol^JE^CTcALE

Le ciel couvert d'un manteau riche.

Ardent et fou, vêtu de bleu, le ciel tourne comme un derviche, Tourne sans fin, ivre de Dieu.

Sous son écharpe parfumée, Belle en l'ivresse de sa chair, La terre aussi, comme une aimée, Tourne sans fin, tourne dans Pair.

Par un; rythme vagué bercée En un long rêve musical, ' Danse! ainsi, danse, ô ma jaënsée, Tourne, tourne d'un pas égal.

CHANTS PANTHÉISTES

Vc4Mc4^CT VqALLqAH

Ainsi qu'un Sultan, qui devant ses yeux Le soir fait danser de beaux corps sans voiles. Dieu pour se charmer fait au fond des cieux Sur des tapis bleus danser les étoiles.

Ainsi qu'un vieux Roi, qui veut par du bruit Distraire un instant ses pensers moroses, Dieu dit aux soleils, plongés dans la nuit, D'aller éveiller l'océan des choses;

Et l'immensité s'éclairant soudain. Tout frissonne, et chante, et crie, et s'élance. Et l'instant d'après,! d'un signe de main, Dieu fait tout rentrer au sein du silence.

146 l'illusion

\EVE\IE 0\IE&£Tc4LE

J'ai longtemps parcouru le harem et la tente, Et je n'ai pu trouver la Casbah de mon cœur : Nuls yeux humains n'ont su consoler mon attente, Nulles lèvres encor n'ont guéri ma langueur.

J'ai trop senti le vide au cœur de toute femme; J'ai trop vu le néant des terrestres amours; Allah! Allah! J'ai soif et veux boire à ton âme, Torrent de voluptés qui déborde toujours I

Large torrent de vie où s'a preuve le monde, Qui roules par les cieux une immense clarté, J'enivrerai mon âme à ta source profonde, Et fuirai l'univers, qui n'est que vanité!

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CHANTS PANTHÉISTES 1 47

LE fflUEZZIUX.

on âme, caillou vil, ne jette quelque feu, Allah, que si ton âme ardente la pénètre*

Pourquoi Tas-tu créée? ïl importe si peu,

O Roi, que nous soyons ou que nous cessions d'être.

Les millions de soleils sont comme des fourmis, Rampant au pied du trône où brûle ta lumière : Allah, sultan des cieux, pourquoi m'as-tu permis D'être aussi devant toi comme un grain de poussière?

Mais sur le minaret des mondes, moi néant, Je suis le muezzin et la voix qui s'élève, Et vers les quatre coins du cîel qui va criant: Allah, Allah, Allah, l'univers est ton rêve.

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