LES VE<RJJICHES HUT^LEU^S
Les yeux vers la splendeur divine, Des profondeurs de sa poitrine, Le vieux derviche, sombre et fou, Tire son cri sourd : Allah hou !
En courant sur la mer immense, Le vent hurle, Allah I ta puissance ; Le derviche aussi, comme un fou., Hurle: Allah, Allah/Allah houl
La mer roiiile sur le rivage, La mer bondit, hurle, sauvage; |Le derviche aussi, comme un fou,
Hurle : Allah, Allah; Allah hou !
;|A tes pieds, ô Sultan du monde,
'La foudre comme un tambour gronde,
le derviche aussi* comme un fou,
iHurle : Allah,
Allah, Allah hou !
CHANTS PANTHÉISTES
Le torrent croule, roule, et passe, En hurlant ton nom dans l'espace; Le derviche aussi, comme un fou.
Hurle : Allah, Allah, Allah hou I
En face du désert en flamme, Le lion hurle et te proclame; Le derviche aussi, comme un fou, Hurle : Allah, Allah, Allah hou!
Mais son extase le consume, Il s'affaisse, il tombe, il écume; Et, comme un ours branlant son cou, Hurle à terre encore : Allah hou I
IfO
LES \ICHESSES VES "B\c4H^fES
es Brahmes, nul désir ne les sait émouvoir :
Ils sont pauvres toujours des richesses Humaines, Mais, en les approchant, vous pouvez entrevoir Les fabuleux trésors dont leurs âmes sont pleines.
Ces trésors, c'est le monde entier, ce sont, les cieux Avec leurs diamants, leurs perles, leurs étoiles : Venez et contemplez l'extase de leurs yeux, Quand M.aïa devant eux apparaît sous ses voiles \
Et qu'ébïpuis et fous, ainsi que; des Sultans, Dans leur sérail rempli de femmes aux corps roses, Ils voient à la clarté d'un éternel printemps. Dans leur rêve fleurir l'illusion des choses.
CHANTS PANTHÉISTES I f J
Vot&ÇSE I^QVIEC^^E
es bayadères Tournent légères Au bourdonnement du tambour.
Une caresse Enchanteresse Rit dans leurs yeux chargés d'amour.
Couvert de soie, Leur corps ondoie;
On entrevoit sous le satin
Leurs molleshariches, Jauneslou blanches,
Comme les clartés du matin.
A leur chevillé
S'enroule et brille Un long serpent aux anneaux d'or,
Qui choqués sonnent,
Tintent, frissonnent, Quand leur pied tombe ou prend l'essor.
if 2
A leur oreille
Est-ce une abeille?
La musique imite le bruic
Tout autour d'elles
D'un fin vol d'ailes, Qui les irrite et les poursuit.
La plus craintive
Sent que furtive Sur elle l'abeille a passé ;
L'écharpe vole;
Sa danse est folle; Tout son long corps s'est renversé.
Puis la danseuse,
Soudain rieuse, S'apaise et cache ses seins blancs.
Tambours et flûte, ;
Après la lutte, Soupirent sur des rythmes lents.
Pâle, chacune,
Étoile ou lune, Tourne alors, tourne doucement :
Leurs yeux en flamme
Attirent l'âme Et les désirs comme un aimant.
CHANTS PANTHÉISTES
Devant ces femmes Rêvent des brahmes,
Qui se murmurent d'anciens vers :
Leur esprit pense A cette danse ;
Où flotte éperdu l'univers.
If4 L ILLUSION
LE 2^ËcAZfi£T DES oiTTc^^E^CES
L'océan de l'immensité Agite et soulève ses vagues; Le soleil brille et sa clarté Y fait luire des formes vagues;
Et sans cesse à i'appel du vent Des flots montent à la surface; Puis soudain ce qui fut vivant
S'éteint, s'évanouit, s f efface :
Et le sage tranquillement Devant ces flots de l'existence.
Sous leur surface qui lui ment Voit l'abîme de la Substance,
CHANTS PANTHÉISTES IfÇ
*B\GAHffl
Je suis l'Ancien, je suis le Mâle et la| Femelle, L'Océan d'où tout sort, où tout rentre et se mêle, Je suis le Dieu sans nom aux visages divers, ! Je suis riliusion qui trouble l'univers. :
Mon âme illimitée est le palais des êtres; Je suis le grand aïeul qui n'a pas eu d'ancêtres. Dans mon rêve éternel flottent sans fin les cieux ; Je; vois; naître en mon sein et mourir tous ; les Dieux. ; GleSt mon sang; qui coula dans! la première aurore; Les nuits etilésl matins n'existaient pasiencore, Jetais déjà, planant jsur l'Océairi obscur: ■ I ; Je suis toiùt 1 le i passai le présent; le futùir j Je suis l'âme de tou^ la profonde substance : pu tout retourne et 1 tombe, ou tout reprend naissance, Le grand corps immortel qui contient tous les corps; Je Suis tous lès vivants et je suis tous les morts* jCeç; mpnd^s infinis, que mon rêve a fait naître, — ; INéant, qui prend pour vous l'apparence de; l'être, -
if6
Sont, lueur passagère et vision qui fuit,
Les fulgurations dont s'éclaire ma nuit.
... Et si vous demandez pourquoi tous ces mensonges?
Je vous réponds;; mon âme avait besoin de songes,
D'étoiles fleurissant sa morne; immensité, . i
Pour distraire Thorreur de son éternité!
LA GLOIRE DU NÉANT
Lq4 fleut^ vu lotus
édite sur la fleur divine du lotus Cette image du monde, Sur la fleur au cœur blanc, perçant comme Vénus : La surface de Tonde,
Elle étale sa feuille et son calice pur
Sur les eaux d'un grand fleuve,
Et s'ouvre tout le jour aux baisers de l'azur,
Qui de clartés l'abreuve ;
Les étoiles du ciel; et la! lune qui luit ■ : | ;; | Pâle à travers le^ palmés,! ' !
Répandent ptar spn ^eoeur;! lorsque descend la nuit, ! ; : 4 '^ ^ s r Pgions calmes;
|Ét; tranquille: elle dort sur l'abîme béant,
Ignorante des causes, Quj pour l'y réplonger, l'avaient prise au néant, ! ! : Ou rentrent toutes choses
^sa*-
i jo l'illusion
LE WlÊviWIT VES CHOSES Tg4SSÉES
Oh! que d'univers engloutis Dont nul ne connaît les naufrages^ Tous sombres, tous anéantis Dans l'abîme effrayant des âges!
Et quelle est la réalité?...
Est-ce la mort? Est-ce la vie?
La vie, et l'immense clarté, Ou la mort, la nuit infinie?
L'Être, serait-ce le Néant, Qui clans mon vide se reflète, Et dé pourpre et d'or, en créant, Attifé un moment son squelette?
Dans ce tourbillon éternel Où sans fin roulent les atomes, Qu'entrevoyons-nous de réel, Fantômes, parmi des fantômes?
LA GLOIRE DU NÉANT l6(
J'apparais une heure et je fuis, Rentrant dans l'ombre d'où j'arrive Vague étincelle entre deux nuits.
Qu'est l'existence fugitive?
Des milliards d'êtres sont morts; Et tous ces défilés des raceSj Tous ces esprits et tous ces corps Nulle part n'ont laissé leurs traces I
Qu'est cet étroit monde vivant, Auprès des foules entassées Des morts, sur qui je vais rêvant Au néant des choses passées!
Tout mon être tremble; j'ai peur De ce noir abîme où je tombe!
Oh! la nuit sans fond, et l'horreur, Oh! ie puits béant de la tombe!
Le Caire,