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Sombre fatalité, vieillesse, effroi des yeux, O vieillesse! ironie arrière, dont les Dieux Se plaisent à railler le néant que nous sommes, Toi, par qui les plus beaux et les meilleurs des hommes Sont déchus, et flétris, sont tout chargés de maux, Et courbés vers le sol comme les animaux, Pourquoi subissons-nous l'horreur de ton outrage? — Dieux du sublime éther, la femme est votre ouvrage Le plus rare pourtant et le plus précieux, :
■ Puisque en ses clairs regards rit l'azur de vos cieux, Et que; sa bo:uche en fleur ; est un s!i jpur calice ; pr par quelle ironie, et par quelle Imalice, Avant cle la tuer, désirant la flétrir, \ Infliger a sa chair la honte de vieillir!
:Et né souffrez-vous pas, lorsque par les années ; Ces roses et ces lys, toutes ces chairs fanées, ; Mêlent leur laideur! triste à vos rêves joyeux, \ Et salissent Tazur tranquille de vos yeux >
2ÏO
Loi <BÊTE
ui donc t'a pu créer, Sphinx étrange, ô Nature, Et d'où t'ont pu venir tes sanglants appétits? C'est pour les dévorer que tu fais tes petits, ' Et c'est nous, tes enfants, qui sommes ta pâture.
Que t'importent nos cris, nos larmes et nos fièvres? Impassible, tranquille, et ton beau front bruni Par l'âge, tu t'étends à travers l'infini, Toujours: du sang aux pieds et le sourire aux lèvres 1
Nuit, mère du Sommeil et du Rêve, Déesse Secourable et sereine, et chère à ceux qu'oppresse Ici-bas la douleur de vivre, oh! pourquoi fuir Chaque matin nos cœurs, qui se sentent mourir Délicieusement dans tes doux bras de femme > O Nuit ! pourquoi t'enfùir, pourquoi délaisser l'âme* Heureuse d'être enfin plongée au gouffre noir. De ne plus rien entendre et de ne plus rien voir? ■ — Il faut vivre quand même, — et que le jour se lève Chaque matin, chassant la Nuit, chassant le Rêve: ïcifbas il faut vivre et distraire les Dieux : — ; Ainsi les empereurs, qui, s'ennuyant chez eux. Avaient besoin du cirque, où: s'égorgeaient des hommes* — Nuit, prends de nous pitié, voyant ce que nous sommes 1
LE SILENCE VES éMO%rS
Nous évoquons sans fin le ciel morne et ia terre, Et nous les supplions de dire ce qu'est Dieu : Mais le Destin les a condamnés à se taire.
Et paraît s'amuser de ce terrible jeu î
Nulle parole encor ne leur est échappée, Trahissant le secret qui nous rend soucieux; Et pareils à ces noirs dont la langue est coupée, Les êtres devant nous restent silencieux.
Mais vous, les morts, ô Vous qui savez ce qu'on souffre A tpÇijours: ignorer! le sort qui nous attend, Vous qu'on a descendus aux profondeurs du gouffre, Et qui pourriez enfin dire;ce qu'on entend,
Ce qu'on voit; daps la tombe au fond de sa nuit noire, O morts, qui connaissez les doutes d'ici-bas, Et les tourments de ceux qui ne savent plus croire, Pourquoi, muets aussi, ne répondez-vous pas >
LE COUVERCLE VU ^JfO^T
J'étais mort, et je dis à mon âme : il est temps. Quitte ta tombe et viens, monte vers la lumière : Tous ces vivants, oh I comme ils rient, tu les entends? Il fait trop noir et froid ici, sors de ta bière.
,.. Le couvercle était lourd, et je raidis mes mains; Que de clartés là-haut et quel grand bruit de fête ! Horreur ! je retombai : mes efforts étaient vains, C'était l'éternité qui pesait sur ma tète 1
2i4 l'illusion
Lc4 moAGlE VE Sc4L0Sf0^C
Salomon fît un signe : un génie amena Sous la nuit étoilée La Mort, qui sur le champ humble se prosterna. Magnifique et voilée.
Et Salomon lui dit : « La lune mène aux cieux
Sa danse accoutumée; Je veux te voir aussi, reine, devant mes yeux
Tourner comme une aimée.
« Entends la flûte rire et hurler les tambours. »
■ ■ — Et dans cette musique Elle tourbillonna sous ses vêtements lourds, Selon Tordre magique.
Or quand elle eut fini, Salomon soucieux Lui cria : « Mets-toi nue.
Je veux voir ta laideur, et voir s'il n'est pas mieux Qu'elle soit moins connue.»
HEURES SOMBRES 2 ! f
Et la reine obéit; et, ses voiles ouverts.
Elle apparut horrible, Le corps tout décharné, le crâne par les vers
Tout troué comme un crible.
« C'est bien, recouvre-toi de ta robe, dit-il,
Habille ton squelette; Que parfois à tes pieds brûle un parfum subtil
Dans une cassolette;
« Sous un long voile obscur tiens cachés tes yeux creux
Et remplis de mensonges Ton silence ou ta voix, pour que les malheureux
Aient devant toi des songes,
« Et qu'à leur dernière heure, en rêvant dans tes bras
Des délices suprêmes, Ils croyent éblouis, lorsque tu paraîtras,
Goule, que tu les aimes!
«Mets du fard à t'a peau, trompe-les, je le veux,
Pour tenter leur envie Sème de diamants la nuit de tes cheveux,
Mens-leur comme la Vie ! »
— Et la reine obéit, et les hommes longtemps,
En la croyant très belle, Fous d'amour, et les yeux de désirs éclatants,
Se tuèrent pour elle I
CHVJST V'U'&d VIEUX <mo4Il\E
Un Christ en croix, saignant, sombre, maigre, livide. Il est seul, déserté de tous : le ciel est vide. Ce ciel qu'il évoquait d'un regard éperdu Ne s'est pas entr'ouvert et n'a rien répondu : Et ce Christ semble mort dans l'angoisse suprême, Ayant douté de nous, de douter de Dieu même.
ÉTOILE L0I^dTc4I^dE
Astre clair qui là-haut trembles au fond des cieux, Quel est le nom, quelle est la forme de tes dieux? Des hommes sont-ils rois de tes troupeaux de bêtes ? Lointaine étoile, as-tu tes héros, tes prophètes, Tes fous, tes criminels et tes sombres damnés, Ou tes voyants, tes saints, tes grands hallucinés, Cherchant à consoler la détresse des êtres > Tes vivants souffrent-ils du péché des ancêtres ? Et le soir, éblouis par ta splendeur qui ment, Prolongent-ils aussi leur misère en s'aimant ? Tes amants savent-ils au cœur de leur amante Apaiser l'infini désir qui les tourmente > Astre clair, cependant tu souris et tu luis; ju mêles ton mensonge à la douceur des nuits; Tu scintilles] pareil aux yeux des bién-aimées, Malgré tant de douleurs en ton sein renfermées. Et bien qu'en toi, fruit d'or, fruit merveilleux du ciel, Le mal se soit glissé comme un ver éternel.
2lS
FIGU\I&CES ïMqACc4'R c RE$
Adam et Eve ont fui leur beau paradis clair.
Froide sous un ciel noir déchiré par réclair. La terre étend ses lacs et ses plaines sans bornes. Ils contemplent muets ces solitudes mornes.
Et grelottent, fouettés par la pluie et le vent. Un violon en main, la Mort court en avant, jouant des aîrs d'amour, et gambadant de joie Devant cet univers, qui deviendra sa proie.
L'astrologue pensif interroge les deux :
La Mort, en s'approcha-nt, lui met devant les yeux Un hideux crâné vide, jet rit, et lui vient dire : Le ciel est aussi creux, que veux-tu donc y lire ?
HEURES SOMBRES 2îÇ
VEILLÉE FUS^ÈTIT^E
Pauvre homme, quî vécus sans joie et sans clarté. Et dont le cœur pourtant ne connut pas l'envie. Tes membres étendus dans l'immobilité Se reposent enfin du combat de la vie.
Tu marchais résigné, tranquille en ta vertu : Quelle est ta récompense, et sur le grand mystère, Si tu ressuscitais, que nous répondrais-tu?
Lazare allait parler, quand Jésus l'a fait taire.
La vie autour de toi s'agit;e avec son bruit D'Océan monotone et lointain, et je songe -Aux amants; éperdus qui s'aiment dans la nuit .Pour -prolonger sans fin ce bruit et ce mensonge.,.
I Mais; aux morts délivrés qu'importe ce qu'ils font, Et tqut l'enfantement dutempset de l'espace?
Contemporain des morts, dans ton calme profond, Que; t'importe aujourd'hui tout ce néant qui passe ?
VqA&îe ves 'bêtes
Le soleil se couchait rouge, immense, superbe ; Je voyais fourmiller des insectes dans l'herbe, Et près du petit peuple à mes pieds rassemblé, Regagnant la forêt des hauts épis de blé, Tout songeur, j'essayais d'imaginer la forme Qu'en ces cerveaux chétifs prenait cet astre énorme, Et l'horreur, la stupeur des bêtes regardant Le grand dragon de feu saigner à l'Occident...
HEURES SOMBRES 22i
H c41{Sf S^I E S VU S 0I\
D'après vu tableau de M. Hcnner.
J'ai l'horreur de penser, et par instants j'envie Les êtres primitifs qui traversaient la vie k
Sans le tourment du bien, ni le souci du mal. Dans cette inconscience où rêve l'animal !.„ — Songe d'un soir d'été ; la brise est amollie; Des nymphes au corps pâle auprès d'une eau pâlie Fleurissent, grands lys blancs, parmi l'herbe et les fleurs, Et l'eau sourit de ses yeux bleus comme les leurs. Sous! les bois fraternels,; ces nymphes indolentes Ont le charme immobile et le calme des plantes» Aucun émoi jamais en leur être ingénu :
Leur corps jeune et divin est tranquillement nu; Belles, innocemment, elles s'offrent sans voiles A l'amour du soleil, aux baisers des étoiles. Dans la candeur des bois sacrés de l'âge d'or Luit cette nudité que rien ne trouble encor; Et leur sang virginal est lent comme la sève, Et leurpensée heureuse a le vague d'un rêvel...
— L'onde a des yeux de femme et des frissons, le soir;
Une nymphe est assise au bord de ce miroir,
Et de la flûte antique, adorable harmonie.
Fait s'exhaler un chant de douceur infinie,
Un chant paisible ayant la paix de ces forêts,
Un chant, comme cette eau, chaste, limpide et frais,
Mystérieux, vibrant, comme cette lumière,
Un ehant pur, où sourit leur pureté première,
Un ehant tendre, et qui fond tous ces tendres accords
Du ciel pâle, de l'eau pâlie et de leurs corps.
CiALmE T)ES TLoAÙ^TÊS
e sage aime la paix et la douceur des plantes. Leurs regards féminins et leur sérénité, ; Et le sage aime aussi lès bêtes nonchalantes Qui dorment près de lui dans l'immobilité. >
Le soir, quand il succombe au lourd 'poids de la^vie^
Qu'il est las de penser et de rêver toujours,
II va parmi les bois, et sa tristesse envie
Les fleurs! qui vont s'ouvrir à de; calmes amours. !
I Ëar Dieu; semble h; avoir créé dans notre tête i Que ;stériles tourments et vaine activité/ ! Réservant ici-bas pour: là plainteet ia bété ; Le! calme bjënheureux de la passivité.
c4Tc4V ISéME
La chair commande en nous, dès que l'âme sommeille, Quand l'homme en nous s'endort, la bête se réveille; Ame débile à qui tous tes sens font la loi.
Les besoins animaux toujours régnent en toi.
La chair a ses désirs impurs, ses rêves sombres. Vestiges infamants d'un long passé plein d'ombres; Elle obéit souvent à de sinistres voix :
Si bestial rampait naguère au fond des bois Ce faune, aïeul obscur de nos races humaines ! Et nos lubricités, et ces chocs de 'nos haines, ' !
Nos goûts; carnassiers, nos vices monstrueux, Tant de sales péchés qui s'attirent entre eux,; Sont, ^instincts, mal; domptés en cor par les lois saintes, — Les fureurs d'un vieux sang qui ne sont pas éteintes.
HEURES SOMBRES 22f
CKJ&fES T>*<AÏM0U\
Quand pâles, éperdus, nous tenons embrassées Celles qui transmettront nos corps et nos pensées, Nos âmes, nos vertus, l'héritage du mai.
Et les instincts pervers de l'antique animal, Je ne sais quel effroi se mêle à nos caresses. L'homme est triste parfois, sortant de ces Ivresses, Comme s'il ressentait quelque vague remords D'éterniser ainsi tous les péchés des morts..» Aussi pour que pas un n'hésite, la Nature, Pr.évoyantei et qui veut que l'humanité :dure,i A-t-elle soin, tranquille;en ses secrets desseins, D'allumer la fureur etlaifièvre en nos seins. Alors inconscients, ivres, dans la folie Et| l'atroce plaisir du baiser qui nous lie, Au crime d'enfanter des âmes condamnés, Npusévoquons le cher troupeau des nouveau-nés.
OU\<AGcA&Q P£0 C T V %V^E
Les vagues se cabraient comme des étalons, Et dans l'air secouaient leur crinière sauvage, Et mes yeux, fatigués du calme des vallons, Voyaient enfin la mer dans une nuit d'orage.
Le vent criait, le vent roulait ses hurlements, L'océan bondissait le long de la falaise, Et mon âme, devant ces épouvantements Et ces larges flots noirs, respirait plus à Taise.
La lune semblait folle, et courait dans les cieux, Illuminant la nuit d'une clarté brumeuse; Et ce n'étaient partout qu'aboiements furieux, Rugissements, clameurs de la mer écumeuse.
O Nature éternelle, as-tu donc des douleurs?
Ton âme a-t-elle aussi ses heures d'agonies?
Et ces grands ouragans ne sont-ils pas tes pleurs, Et ces sanglots du vent tes plaintes infinies?
Souffres-tu donc aussi, Mère qui nous as faits > Et nous, sombres souvent comme tes nuits d'orage, Inconstants, tourmentés, et comme toi mauvais, Sommes-nous donc en tout créés à ton image?
228 l'illusion
S0I1{ V'eAUTOffl&CE
Le printemps m'a jeté des vers, Les oiseaux m'ont jeté des rimes; Le grand vent dans les arbres verts M'a soufflé des rythmes sublimes.
Sous l'été: brûlant, tout le jour, Vers le ciel j'ai tendu mon âme, Afin qu'elle s'emplît d'amour, Et s'incendiât à sa: flamme.
Mais les rouges soleils du soir M'ont verse leur mélancolie ; EJ- l'automne^ son désespoir, Et là mer folle, sa folie.
FEMI^EUM SMq4\E
Orner, mer tour à tour caressante et cruelle, Terrible mer, changeante et trouble autant que nous. Pourquoi tes cris de bête et tes grands élans fous, Quan;! la lune au cœur pâle apparaît et t'appelle >
O mer des nuits d'orage, ô hurlante femelle, Qui tords les naufrages engourdis par tes coups, Et mer des soirs d'été, dont les yeux bleus sont doux, O chanteuse, ô berceuse, ô sirène éternelle;
ii.:; : i ; ;.-...:. ' ; . : ,
|Mef, tourna tour pourquoi tes fureurs, tes sanglots,
Piiik tes rires d'écume' et l'azur
Tes douceurs, tes langueurs et
de tes flots,
tes soupirs de femme,
O mer, qui ne connais ni pitié ni remords, Ossuaire profond où dorment tant de morts, Abîme monstrueux, si pareil à notre âme?
T^EmiWilSCEtNlCES
xA Darivîn.
Je sens un monde en moi de confuses pensées, Je sens obscurément que j'ai vécu toujours, Que j'ai longtemps erré dans les forêts passées, Et que la bête encor garde en moi ses amours.
Je sens confusément, l'hiver, quand le soir tombe, Que jadis, animal ou plante, j'ai souffert, Lorsque Adonis saignant dormait pâle en sa tombe, Et mon cœur reverdit, quand tout redevient vert.
Certains soirs, ! en errant dans les forêts natales, Je ressens dans ma chair les frissons d'autrefois, Quand, la nuit; grandissant: les formes végétales, Sauvage, halluciné^ je rampais sous les bois,
Dans le sol primitif nos racines sont prises \
Notre âme, comme un arbre, a grandi lentement;
Ma pensée est un temple aux antiques assises,
Où l'ombre des Dieux morts vient errer par moment.
Quand mon esprit aspire à la pleine lumière, Je sens tout un passé qui le tient enchaîné; Je sens rouler en moi l'obscurité première :
La terre était si sombre, aux temps où je suis nél
Mon âme a trop dormi dans la nuit maternelle : Pour monter vers le jour, qu'il me fallut d'efforts I Je voudrais être pur : la honte originelle, Le vieux sang de la bête est resté dans mon corps.
Et je voudrais pourtant t'affranchir, ô mon âme. Des liens d'un passé qui ne veut pas mourir; Je voudrais oublier mon origine infâme, Et les siècles sans fin que tu mis à grandir.
Mais c'est en vain; toujours en moi vivra ce monde De rêves, de pensers, de souvenirs confus, Me rappelant ainsi ma naissance profonde, Et l'ombre d'où je sors, et le peu que je fus;
Et que j'ai transmigré dans des formes sans nombre, Et que mon âme était, sous tous ces corps divers, La conscience, et l'âme aussi, splendide ou sombre, Qui rêve et se tourmente au fond de l'univers!
232 l'illusion
LE VOéMTTEUT^
Le dompteur se tenait debout devant ses bêtes : Sur les barreaux du fond les lions se pressant. Il les fouetta; soudain alors toutes ces têtes. Avec un mouvement terrible se dressant,
Rugirent: un nouveau coup de fouet les fit taire. Et les lions soumis et rentrés au repos, Le dompteur les força de se coucher à terre, Et gracieusement mit son pied sur leur dos.
Mais ce qui plut surtout jet fit rire les femmes,; Ce fut: après cela de petits lionceaux, Condamnés pour: la vie aux spectacles infâmes, Qui lestement sautaient à traversées cerceaux.
Leurs mères regardaient de leur prunelle morte. L'homme sourit encpre au moment de partir; Et j'eus honte, voyant qu'il atteignait la porte, De ces lions repus qui le laissaient sortir.
Et mon cœur s'indigna de l'horreur de ces fêtes, Aimant toutes fiertés, et, partant, n'aimant pas Qu'outrageant sans pudeur îa dignité des bêtes, On dressât des lions à se courber si bas.
2*}4 l'illusion
Vc4^S UU^E FO%ÉT LcA V^UIT
Silencieuse horreur des forêts sous la nuit!
Chênes, fantômes noirs, qui vous dressez dans l'ombre. Bleus abîmes du ciel, gouffre tranquille où luit Le fourmillement clair des étoiles sans nombre,
J'erre terrifié, les yeux fixés sur vous,
Voulant percer toujours ces ombres où nous sommes,
Mais où vous demeurez, interrogés par nous,
Sans réponse jamais aux questions des hommes!
Univers éternel, arbre toujours vivant, Ygdrasill, frêne énorme, aux vibrantes ramures, Quel esprit est en toi, quel grand souffle, quel vent Vient t'agiter sans fin et t'emplir de murmures?
Étoiles, floraison de cet arbre géant,
Qui ressemblez aux yeux terrestres de la femme,
Fleurs brûlantes du ciel, je songe à ce néant,
Où vous vous éteindrez un jour comme mon âmel
J'ai peur, morte! chétif, en cette immensité : La ténébreuse horreur des grands bois me pénètre, J'ai peur, quand au travers de leur obscurité Je vois tout l'infini qui menace mon être,
... Dans ce monde avec vous comment suis-je venu? O fantômes, avant que la mort ne nous fasse Tous rouler pêle-mêle au fond de l'inconnu, Regardons-nous, une heure encore, face à facel
2}6 l'illusion
LE CcAT tNlO%T>
. . Et devant lui s'ouvre le palais de l'Éternel,
C À iu. y l v. ,
Sous la morne blancheur des longues nuits polaires Se dresse le Cap Nord, sombre, silencieux.
Et le rocher, debout sous les clartés stellaires, Semble un géant qui veille à la porte des cieux,
À ses pieds, l'Océan se tord et se lamente, Le vieil Océan pleure et roule ses sanglots, Et tandis que le vent du pôle le, tourmente, Tranquille le ; géant plane au-dessus des flots.
Tout au loin; à cette heure, enveloppés dans; l'ombre, Reposent dans le sein du rêve et du sommeil Les peuples; de l'Europe, et les races sans nombre De l'Afrique, la noire amante du soleil.
Là-bas régnent le Temps, la Douleur et le Crime, Et l'Amour et la Mort: errent par les chemins; Ici, l'âme de l'Homme au bord du grand abîme Méprise tout le vain tumulte des humains,
Et contemple sans voix l'espace taciturne, Le palais ténébreux où dort l'Éternité, Froidement éclairé par la lampe nocturne De la lune, flottant sur cette immensité.
LE sou^n^E
Tijaour se faisait suivre dans les combats D'une esclave très belle, et qui, dressant sa taille, Sur l'épaule d'un noir, calme, appuyant ses bras, Du haut d'un éléphant dominait la. bataille*
Rêvait-il, s'il était vaincu, de reposer
Sur cette femme encor sa vue inassouvie,
Ou, bizarre songeur, voulait-il opposer
Aux horreurs du trépas les splendeurs de la vie ?
Sur là gaze et la soie, enserrant son long corps, Flottait, sombre manteau, sa! chevelure brune; Au-dessus des! blessés, des mourants et des morts, Tranquille et doux planait son sourire de lune.
Pour contempler l'éclat de ses yeux de lapis,
Les moribonds rouvraient leurs paupières tremblantes
Sur leurs corps écrasés elle semblait un lis,
Éclos danslun jardin de tulipes; sanglantes.
— C'est ainsi que sourit, en nous voyant mourir, Avec ses grands yeux clairs la Nature sereine. Et que ses yeux pourtant nous aident à souffrir, Indifférents et beaux, sans amour ni sans haine!
LE VIEILL<A*RJ)
Un vieillard tout courbé s'est assis sur un banc : Aux rayons du soleil que renvoie un mur blanc Un moment il se vient réchauffer, et regarde Quelques soldats debout devant un corps de garde, Des femmes s'appuyant au bras de leur amant, Des mères dont la main rappelle doucement Leurs enfants curieux que toute chose arrête, Puis ce grand ciel qui flambe au-dessus de sa tête Et dont la vision va s'éteindre pour lui, Et les yeux du vieillard se ferment pleins d'ennui*