‹ L’IllusionChapitre 23 sur 28 · HA M LET · texte numérisé non relu

HA M LET

Cet homme s'est tué, triste et fatigué d'être : On l'aurait consulté, qu'il n'eût pas voulu naître Pourquoi lui reprocher d'avoir voulu mourir } Patricien très pur, il ne pouvait souffrir D'être heurté toujours par cette tourbe humaine. Du reste, il n'eut jamais ni colère ni haine. L'éternel féminin le satisfaisait peu, Il admirait parfois les décors, le ciel bleu, :

L'Océan, les forêts, et les soleils d'automne; Mais la: pièce à ses yeux était trop monotone, Et lesj acteurs aussi lui paraissant mauvais, Pris d'un ennui suprême, il se dit ; Je m'en vais. Or^ tous les satisfaits et les badauds des rues Sont étonnés quand on s'enfuit de leurs cohues \ Le spectacle l'écœure, il n'en veut plus, et sort Pour aller respirer le silence : a-t-il tort?

-MoALoADIE RÉGWlçAZNlTE

L'ennui, l'hôte assidu de nos tristes cerveaux, A fait sa proie aussi de l'immortel espace :

La Mort voudrait mourir, et le soleil se lasse/ Hercule fatigué de tous ses vains travaux.

Les Cieux péniblement semblent traîner leur vie; Voilà que l'amour même est lourd au cœur humain, Et courbé sous le poids de ses rêves sans fin, Trouvant l'éternité trop longue. Dieu s'ennuie 1

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Tout lendemain d'amour a son réveil amer; Nulle forêt ne peut rassasier la flamme, Aucun fleuve n*a pu rassasier la mer, Et nul amour humain satisfaire notre âme.

Des Dieux jadis ont eu le secret d'apaiser Cet infini besoin d'amour qui la tourmente, C'était l'intarissable et mystique baiser, Que ces amants divins donnaient à cette amante.

Pauvre âme, en l'avenir, que ;deviëndra ton sort, Si les cieux désertés à jamais restant vides, Pour éteindre ta soif, tu n'as plus que la Mort Et le baiser muet de ses lèvres: livides?

244 l'illusion

THÈc4T7{E DES éMc41{I0^C^ETTES

Misérables sont nos destins, Tous nos actes sont un mystère; Nous ressemblons à des pantins Suspendus entre ciel et terre.

De magiques décors pour fonds.

Et s'agitant parmi ces toiles, Toujours des traîtres, des bouffons, Et des amants sous les étoiles :

Ces| amoureux, ils vont brodant Leurs variations sur un thème Bien ancien; et qui cependant Fait encore un plaisir: extrême.

Le spectacle ainsi change peu, C'est toujours au fond même chose :

Toujours le ciel, gris, noir ou bleu, Sur du lyrisme ou de la prose.

Quelquefois le sang est versé :

Cris, tempête, flamme et fumée; Et quand tout ce bruit est passé.

On en fait de la renommée.

Pourquoi ces amours, ces combats?

On souffre, on meurt, ici l'on aime.

Pourquoi jouons-nous ici-bas Ce vieux drame, toujours le même?

Est-ce pour distraire ses yeux, Ou pour charmer l'ennui des anges, Que Dieu sans fin fait sous les cieux Défiler ces choses étranges?

Et quand nous avons quelque temps Tourné sur cette scène étroite, La Mort, contents ou mécontents, Vient nous replacer dans la boîte.

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