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Le venr qui parle bas à l'oreille des roses Leur murmure ces mille choses, Dont ma bouche aussi t'a parlé ; Et, comme toi, les, fleurs ont penché leur oreille ;Vers la douce voix sans pareille.
Puis l'enchanteur s'est envolé.
Et d'un air tout rêveur, en leur robe de fête, : Les fleurs laissent pencher leur tête, :
! : Et leur petit cœur! parfumé : ; ■ î :; : ■
Demain pourtant^ demain,! ces frêles amoureuses, ; i ! Que ces baisers faisaient heureuses,
: ; : Mourront toutes devoir aimé,;
D'avoir un soir goûté les mortelles délices, Devoir éntr'ouvert leurs calices A l'enivrement de l'amour,
Par qui la; chair des fleurs est si vite flétrie, Par c l u i toute femme est meurtrie, "■ \ \ Et $e fane et meurt chaque jour.
Car la Mort, pour complice éternel, a son frère, L'Amour, né de la même mère, Au cœur sans pitié ni merci,
La Déesse à la fois bonne, cruelle et dure, Douce et féroce, ia!Nature v Qu'on adore et maudit aussi 1
CHANTS DE L'AMOUR ET DE LA MORT ^ 1
LE ÏÏOV^HEUT^
Si tu n'as pas senti trembler ton cœur, tes lèvres, Au serrement furtif d'une main sur ta main; Si tu n'as pas connu le délire et les fièvres, Qu'éveille ce seul mot dit tout bas : à demain !
Si tu n'as pas cherché dans les bras de la femme Des bonheurs infinis qu'elle ne peut donner, Si lui demandant trop, tes regards et ton âme N'ont pas pour tout jamais voulu s'en détourner;
Lorsque l'immense nuit te couvre et te ipénètre, Palpitant; comme toi jd'un rêve illimité, Si tu n'as pas senti se fondre tout ton être Sous l'ineffable paix des étoiles d'été;
Si n'enviant jamais les sanglantes délices Ni la sublime horreur des dévouements divins, Ton cœur n'a pas bondi vers ces grands sacrifices, Par où l'on veut mourir et pourtant qu'on sait vains;
Oh ! vraiment je te plains plus que je ne t'envie, Toi que d'âpres désirs n'auront pas consumé.
Et qui tranquillement auras passé ta vie.
N'ayant jamais souffert pour avoir trop aimé 1
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
LE \ÊVE
C'était un soir d'été, large, éclatant, vermeil : Comme un grand cœur saignant se mourait le soleil ; Le cœur divin versait sa tendresse infinie, Et nous contemplions sa sublime agonie, Et tout nous paraissait splendide, harmonieux, Divin comme l'amour, qui brûlait dans tes yeux. Seul depuis, j'ai revu les couchants magnifiques, Et ce même soleil, et ses pourpres magiques, Qui n'illuminaient plus ton visage adoré; Et tout m'a semble froid, morne, décoloré...
Notre rêve avait fait !a beauté de ces choses : Et la douceur des fleurs, celle des lèvres roses, Et ce lac frissonnant, qui nous avait charmés, Alors qu'il se mirait dans tes yeux bien aimés, Ceibleu tendre des 'flots sillonné par les cygnes, Et ce chant des couleurs, ces musiques des lignes, Tout ce qui ce soir-là nous fit ivres et fous, Était créé par nous, et n'existait qu'en nous...
&QUIT VEVzAZ^T Lc4 MET^
Tous deux, naguère, assis la nuit sur ce rivage. Nous écoutions pleurer les harpes de la mer:
La mer bondit ce soir amoureuse et sauvage; Flots qui hurlez, mon cœur comme vous est amerl
C'est comme un bruit sans fin de sanglots et de râles, Les grands flots vers le ciel montent désespérés : Et la lune et la mer s'attirent et sont pâlesj . Ainsi que deux amants que Pon.a séparés.
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
EXTIcATIO^Q
J'étouffais : je ne sais pourquoi ; Au milieu de ce sombre monde.
Je trouvais pourtant près de toi La lumière et la paix profonde.
Qu*aIIàis-je donc chercher ailleurs > La plus belle âme était ia tienne, Tes regards étaient les meilleurs, Les plus beaux dont il me souvienne.
Seul dans ce monde triste et grand, A tous les vents offrant ma tête, Oh! quel besoin d'aller errant.
Et d'être un oiseau de tempête ?
Tu me donnas ton cœur, tes yeux.
Ta jeune passion, tes lèvres \
Tu mis l'ombre de tes cheveux
Sur mon front que brûlaient les fièvres :
Et pourtant je t'ai fuie un jour.
Et j'ai voulu que tu m'oublies; Et c'est aujourd'hui mon amour.
Qui te venge de mes folies I
C'est moi qui souffre comme un fou En pensant à ia dernière heure, Où tu mis tes bras à mon cou :
C'est moi qui t'aime et moi qui pleure!
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
LE ^EyEÎHjÀÙQT.
Gomme en la ballade du Nord Le revenant quittant sa tombe, Mon pauvre amour, mon amour mort S'en est allé vers sa colombe. ;
Qui frappé? ^ O mon âme, c'est moi; C'est mon amour qui te vient prendre; C'est mon cœur qui retourne à toi.
Je veux te revoir et t entendre.
Sur l'aile! ardente de mes: chants J emporte au loin ma bien-aimée .:.
■& travers les monts et les champs 1 , Sous la nuit d'étoiles semée.,
Par les bois et par les vallons, Qui s'emplissent dé bruits de fête, Sesbrasàimon cou, nous allons, Nous allons comme une tempête,
En fuite vers le pays clair, Vers le jardin de ma pensée.
Vers le palais d'or^ où sa chair Sera de chansons caressée.
— Ma maîtresse amoureusement Tenait son front sur ma poitrine.
Et vers ma lèvre par moment Tendait sa lèvre purpurine ;
Et nous allions, comme autrefois, Fondant nos deux âmes en une, Fondant nos souffles et nos voix.
Sous le même rayon de lune.
CHANTS DE LAM0UR ET DE LA MORT
WUSlCzA
EN!DRÉ;et;Si bonne à ceux qu'un grand deuil a brises, La musique parfois prend la voix d'une morte : ; Elle a cette, douceur qu'avaient d'anciens baisers, , Volupté qui souvent fait mal, étant trop forte.
Pâle^ émUj frissonnant, tremblant comme autrefois
A l'évocation des délices perdues,
Hier soir dans un chant je retrouvais ta voix,
Et tes lèvres d'ehfant semblaient m'être rendues, ;
j Je sentais de nouveau ta robe me frôler,; Et goûtais^ oubliant tpt| éternelle absence, Commp; jadis, les yeux Ifermés: et sans parler, La musique: et le cher parfum :de ta présence.
UlD^VÏSl'BLE 'BoAlSET^
Malgré que ton corps blanc repose en son tombeau. Ton regard luit toujours sur moi, tranquille et beau, Et, pareil aux rayons des pâlesi nuits polaires, M'illumine ;de ses clartés crépusculaires.
Oh! quelquefois pour nous les liens les plus forts Sont ces regards lointains qui nous viennent des morts! Et comme il est puissant, ô mortes bien aimées, L'invisible baiser 'de vos lèvres fermées! . !"
CHANTS DP L AMOUR ET DE LA MORT
LE <MTSTB%E
nuit, ô belle nuit, pâle comme sa chair ::
Je rêve au passé mort, je rêve au passe clair,..
Je revois ta chair paie, et rêve aux heures mortes, Où notre joie, ou notre: extase étaient si fortes ! ;
Le rossignol des nuits d'alors ne chante plus :
Je songe à tes grands yeux qui m'étaient apparus.
;Et je! songe à ta voix angéliquement tendre, |Que;jamaSs,j phi jamais jje ne dois plus 'entendre,
Aux baisers! de ta voix si Imortellement doux, Aux délicesi des soirs passés à tes genoux!...
;Et| je pense à: la mort, et je pense à la tombe, Qui fut scellée un jour sur ma pâjle colombe;
Et je cherche où s'en vont ceux qui s'en sont allés. Ces regards, ces soupirs, ces parfums envolés.
Je réclame ton âme invisible à l'espace :
Ton âme est-elle errante en ce souffle qui passe?
Et je porte à ma bouche et je baise une fleur. Où je sens ton haleine et revois ta pâleur.
Ton âme revit-elle en ce frisson d'étoile?.,.
Morts, pourquoi le mystère horrible qui vous voile?
O nos morts bien aimés, où disparaissez- vous? Serions-nous vos tombeaux? N'ètes-vous plus qu'en nous?
Serais-tu tout entière, hélas 1 ensevelie
Dans ce cœur d'un amant qui, vieillissant, t'oublie?
— Nuit chaude, ô nuit aimante, et pleine de soupirs, Je songe à ce néant de tous nos grands désirs 1
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
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1 r[ fKC O/fiÇS fc T 'Miïd'Ç E
Pendant les soirs mélancoliques.
On rouvre parfois un coffrer, Ou dorment les chèresreliques D'un être que Ton adorait,
; On regarde ces fleurs fanées, ;:
Toutes ces mortes sans parfums, Qui nous rappellent les années Où; vivaient nos amours défunts;
Et! respirant ces violettes, ^ Méconnaissables de pâleur, Tenant en nos idôigts les squelettes De toMsi ces bouquets sans couleur;,
i i Nousnous étonnons qu'en nous-mêmes Chaque jour soit plus effacé ;
Le souvenir d'heures suprêmes, ' Fleurs radieuses du passé;:
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Et que la loi de la nature, Pour là honte du cœur humain, Soit qu'en nous ainsi rien ne dure Joie, ivresse, deuil ou chagrin;
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