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CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
LE SOJ\V'US^ VE^DT^EVI-ScAI^dT
L'air est chaud à troubler la pureté d'un ange; Et la lune, montant dans le ciel lourd du soir, Comme la lampe d'or qui veille en un boudoir, Verse à nos sens émus une langueur étrange.
Ce soir, la jeune fille, en sa chair ignorante Sentant frémir l'appel de désirs inconnus, Laissera ses cheveux couler sur ses bras nus, Et pâlira, troublée à leur caresse errante.
Le ciel est tout: chargé de subtiles senteurs, : Que les acacias de leurs rameaux en fleurs Jettent comme un poison aux soufflés de la brise.
Et la chair triomphante, ainsi qu'aux jours anciens, Malgré que Jésus-Christ se meure dans l'Église, Se damne, appartenant ce soir aux Dieux païens.
48 l'illusion
IéM"PE\Io4
<r Vis stipcrba foriine. »
Calmes, indifférents, splendides, ses regards Jetaient, comme la mort, l'âme dans l'épouvante; Et froids, brillants, ayant l'éclat des beaux poignards, Faisaient sentir à tous leur morsure savante.
Plus d'un prélat rêvant l'enfer de son boudoir, Pris de vertige et fou, laissa la sainte table, Et râlait de désirs en poursuivant, le soir, A travers les jardinSj sa beauté redoutable.
Le pape, la voyant en robe de; velours,
Calice d'où sortait en fleur sa gorge nue,
Se dit :\ « Les vieux démons ressuscitent toujours,
Et Vénijs, la sorcière antique, lest revenue ! »
Alors Imperia tranquillement sourit;
Et, vaincu par ses yeux, et lâche comme un homme,
Au lieu d'exorciser, le pape la bénit,
Et la belle resta dans la ville de Rome.
CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT
LES TqAUV%ES éMOT^TS
Amants, parés d'or et de soie, Vous dont la mort a fait sa proie, Bouches en fleurs, tendres bras nus, Qu'êtes-vous, hélas ! devenus, Beaux corps vêtus d'or et de soie?
Sous la terre gisent les morts :
Nous dansons sur leurs pauvres corps.
Que dans leurs tombes l'on oublie.
Tout n'est que mystère et folie !...
Pourquoi les vivants et les morts >
LE TOUIÇBILLOWI
Vois-tu les danses des atomes, Les tourbillons d'astres au cîel, Et tous les vivants, ces fantômes, Roulant dans le cercle éternel ?
Mon âme, entends-tu dans l'espace, Pareille au bruit que font les flots, Cette immense rumeur qui passe, Ces cris et ces chants, ces sanglots,
Et ces rugissements de haines, Sombres, féroces, forcenés, Ces voix hurlantes ou sereines, Voix des élus ou des damnés?
Les entends-tu, les pleurs, les râles, Et, parmi les gémissements, Les soupirs des amantes pâles Sous les baisers de leurs amants?
CHANTS DE L AMOUR ET DE I.A MORT fï
Du large océan qui fermente, Des lacs, des fleuves, des torrents, Entends-tu ? comme une tourmente, T'envelopper les bruits errants?
Et les montagnes et les plaines, Les steppes, les forets, les bois, Aux clameurs des foules humaines, Les entends-tu mêler leurs voix?
De ce concert qui recommence Éternellement, et sans fin Va s'éteindre dans le silence, Comprends-tu que le bruit est vain?
Ces chairs, ces yeux, ces dents, ces bouches.
As-tu vu leur fragilité?
Sens-tu dans la main que tu touches
Son odeur de mortalité?
Pourtant, mon âme, plonge au gouffre:
C|ans le tourbillon des vivants Une heure aussi jouis et souffre, Flotte, fantôme, au gré des vents ;
Enlacée au corps d'une femme, Comme l'amant de Rimini, Tournoie un instant, ô mon âme, Dans le tourbillon infini !