‹ L’IllusionChapitre 8 sur 28 · S011{ <DE VAQUES · texte numérisé non relu

S011{ <DE VAQUES

Criant, fuyant à tire-d'aïles Dans le crépuscule profond.

Là-haut, là-haut les hirondelles Alléluia! dansent en rond,

Là-haut 3 là-haut tournent les mondes ; La lune monte tout en feu; Les étoiles forment des rondes; Alléluia ! le ciel est bleu :

Et mon âmeitout à coup folle \ Quitte son corps, s'échappe et fuit, Et mêlée aux oiseaux s'envole, Pc*ur danser comme eux dans la nuit!

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

VE?£EZIc4

A Venise, mon âme heureuse, Sous la chaude clarté du soir, Goûtait une mort savoureuse Dans la gondole de bois noir;

Et, renaissant dans un autre âge Avec les grands patriciens.

Se replongeait parmi l'orage Ou la gloire des temps anciens,

Au présent mort, je croyais être Un compagnon; du Dandolo, Ou quelque amant sous la fenêtre De la divine Capello,

Guettant la minute opportune

Où, du haut d'un balcon, sans bruit

Elle jetterait sous la lune

Un baiser pour moi dans la nuit.

Î4 l'illusion

Alors sur les rochers, les grèves, Sur toutes les mers du Levant, Libre, je promenais mes rêves Au bruit des vagues et du vent.

Aussi; quand, rentré dans Venise^ Je rapportais quelque trésor Pour le yieux saint Marc, dont l'église S'emplit :1e soir de frissons d'or,

Je sentais mon âme pareille, Après ce passé glorieux, A Téfflise sombre et vermeille Qui fleurissait devant mes yeux :

Mes souvenirs étaient, comme elle, Mystérieux, tristes et beaux; Des oiseaux y posaient leur aile; Dans l'ombre y dormaient des tombeaux;

Et |çornme en; elle, dans; mon âme,.

Sur le fond ténébreux toujours, ; Êtincëiàieritil'oif et la flamme ' ; :

Et la pourpre de mes amours. .- !

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

I&QTÊ\IE (J 1 ^ VÊZ^ITIE&d

Derrière ses cheveux entre-croisant ses mains, Pour mieux faire saillir la pointe de ses seins, Sur un drap de: brocart s'étend, nue et parfaite, Une femme, et rieuse elle penche la tête Vers son amant, un grave et fier patricien, Après avoir ainsi posé devant Titien.

Sous le ciel clair on voit par la fenêtre ouverte Luire le grand canal, et trembler, dans l'eau verte ■; |Le reflet des palais empourprés parjle soir; :

■j'jLe magnifique, as$& près d'un lévrier noir 1 , | ! Écoute;, en caressant dfes yeux la ligne blanche :. Et| l'ondulation tranquille de la hanche, pes instruments lointains qui mêlent leurs accords Aq rythme harmonieux et pur de ce beau corps.

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LES OC ÊcA PRIVES

Tandis que Prométhée, insultant au Destin, Se tordait, Idéchiré de morsures cruelles, A travers! le brouillard! et l'air frais du matin, il voyait s'approcher, onduleuses et belles,

Les nymphes: de la mer, et le soleil lointain; Mettait des rires d'or en leurs claires prunelles; Sur les grands flots chantait leur parler argentin, Et l'âme du Titan; s'adoucissait par elïesL

<pr ; |npus tous cqùi, lassés,! bridés par lesj combats, Ou mordus par! lés maux vdràces d 7 iciT-bas.! Cherchons aussi Fôùbli dans les regards Idesl femmes,

Nous devons, comme lui, nous estimer heureux Que rpcéan de l'être: eh ses flots ténébreux Fasse fleurir des corps qui consolent nos âmes.

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

LE \CÊ^to4V7{E ET VcâiMOUT^

L'amour, dominateur des âmes et des corps, Gloire, de la nuit bleue, éclat du crépuscule, l'amour, splendeur du jour; a dompté tous les forts, Et ce meurtrier seul; a su tuer Hercule. |

les antiques sculpteurs sous Iesi traitsd'un; enfant \

Représentaient ce Dieu, que nous servons! encore^ Sburiant ej tranquille et d'un air triomphant Siamusant à tirer lai barbe d'un; centaure.

S&lI&dT ' CHT^ISrOTHE

Fort pourtant comme Atlas, comme le vieux géant Qui jadis de son dos raidi portait le pôle, Saint Christophe à plié sous lei poids d'un enfant. Du tout petit; Jésus assis sur son épauleV

Saint Christophe, courbé sous; le divin fardeau, | Un chenejpour bâton; traverse une rivière, |Et regarde étonné le çièlj la terre et l'eau,. Par les yeux d'un enfant se remplir de lumière.

Florence. '

CHANTS DE L AMOUR ET DE LA MORT

Loi ^Ê : VITÀ%1{g4^Ê'£

anse use bizarre, dont l'âme Change d'humeur à tous moments,

La Méditerranée est femme, Et je suis l'un de ses amants*

Les nuits de lune, ô ma pensée, Que de fois morte de langueur.

Entre ses bras tu t'es bercée Au rythme apaisé de jspn coeur,!

Gomme iurié danseuse fantasque, Qui dans un palais d'Orient :

Lente, aux! st»ris des tambours, dé basqule, Tord ses hancheSi en souriant ; :

Ou comme une fauve Espagnole, Avec ses regards assassins; Qui dansant se renverse et, folle, Dresse les ppintes de ses seins,

6o l'illusion

La nuit, sous les étoiles blanches, Qui d'amour tremblent dans les cieux, Elle balance aussi ses hanches, Et vous prend Fâme avec ses yeux.

Le jour elle sourit et chante, Ses yeux passent du vert au bleu.

Douce parfois, parfois méchante, Aujourd'hui froide, hier en feu;

Sans cesse elle change, et l'orage Succède au calme bien souvent :

Alors, vous frappant au visage, Criant, hurlant, cheveux au vent,

La rude et sauvage maîtresse Dont un soufflet suit un baiser, Capable après une caresse De vous prendre et de vous briser,

Je l'aime ainsi, la bête étrange^ Féline et tuant sans remord, Mais dont l'amour au moins mélange Tant de voluptés à la mort.

Cherchai.

CHANTS DE L'AMOUR ET DE LA MORT 6l

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