M LE CONTRE AMIRAL JEAN J.PANIZO
jours où la foule se réunissait dans un endroit , comme au cirque des taureaux, on voyait un nombre considérable de sayas toutes déchirées faire l'ornement des plus belles jeunes filles de Lima. Le manto (capuchon) était un déguisement sous lequel il était presque
Femme voilée à In promenade.
impossible de reconnaître la personne la plus intime. Il est facile de comprendre tout le parti que la Liménienne lirait de cette circonstance. Le galant qui l'accostait devait avoir une très-grande confiance en lui, pour supporter les paroles piquantes et mutines qui s'échappaient des lèvres roses de la jeune fille ainsi voilée. Mais souvent aussi, quel désappointement! Un corps élégant, un bras blanc et bien tourné, un pied léger et polit, le pelit coin d'un œil noir et expressif, appartenaient souvent à une vieille édentéc et n'ayant d'autre œil que la moitié qu'on apercevait. L'art et le capuchon firent tomber plus d'une fois le doucereux petit-maître dans les filets peu agréables d'une matrone difforme et repoussante. Ce n'était pas tout : les négresses et les zambas aux formes élégantes , se couvrant les mains et les bras avec des gants de soie ou de chevreau, qui leur montaient jusqu'au coude, et laissant tomber la s«y« jusqu'au point nécessaire pour que leur énorme pied ne trahît pas le déguisement, attiraient, dans certaines occasions, autour de leur taille svelte un
essaim de gandins élégants , s'évertuant à l'envi à gagner par leurs douces paroles les bonnes grâces d'une de ces Vénus au charbon. A la fin la saya perdit complètement sa puissance, et l'on vit disparaître cette espèce de cncurueho (cornet de papier) appelé manto (capuchon); mais la Liménienne, qui a besoin de quelque chose
Femme voilée avec la mantille chilienne.
qui ajoute du mystère à sa beauté, a adopté la monta chilena (mantille chilienne), avec laquelle elle se voile et se déguise, mais pas aussi complètement qu'avec le manto.
La mantille, comme autrefois la saya, sert à faire les visites d'amitié et à aller à l'église.
La femme de Lima, gâtée dès le berceau, contracte, toute jeune encore, un grand amour du luxe et a généralement beaucoup de goût pour choisir les parures qui lui vont le mieux. Les portraits qui ornent cet ouvrage prouvent que les dernières modes de Paris s'introduisent en quelques semaines à Lima.
La Liménienne aime beaucoup les parfums et les fleurs, et il n'y a pas longtemps encore qu'elle a perdu l'habitude de préparer un bouquet avec des fleurs d'oranger, de jasmin , etc., pour en faire cadeau, les jours de fête, à ses amis les plus intimes.
Anatole et
Les hommes s'habillent aussi à l'européenne. 11 y a quelques années ou voyait cependant se promener encore dans les rues de Lima deux ou trois individus que surprit la mode du pantalon , lorsqu'ils étaient déjà passés de mode, et qui restèrent fidèles à la culotte courte, jusqu'à ce que la mort vint rendre inutile pour eux l'ancienne et la nouvelle mode.
Les hommes du peuple portent, spécialement le soir, le poncho, manteau de laine, ouvert dans le milieu pour laisser passer la tète, et qui , retenu par les épaules, couvre le corps jusqu'aux cuisses. Le poncho ne sert le jour qu'à ceux qui vout à cheval, à la campagne, afin de garantir leurs habits de la poussière ou de la pluie.
Il y a très-peu de personnes qui portent des vêtements particuliers ou propres à leur profession ou à leurs emplois. Les médecins, les avocats, n'ont pas d'autre costume que le vêtement ordinaire, quoique les seconds doivent se présenter devant les tribunaux, quand ils vont plaider leurs causes , rigoureusement en noir et en habit.
Officier <ie marine.
Les militaires, les ecclésiastiques et les religieuses sont les seules personnes qui portent habituellement des costumes spéciaux. L'u-