VISITES ET RÉUNIONS
Les familles de Lima n'ont pas de jours désignés ni d'heures fixes pour recevoir des visites; l'ami et l'amie intimes sont reçus à toute heure , excepté toutefois aux premières heures de la matinée et à celles des repas.
Les visites aux personnes avec lesquelles on n'a pas d'étroites relations se font, les jours fériés, de une heure à quatre heures de l'après-midi, et de sept à onze heures du soir. Les senoras reçoivent avec beaucoup d'amabilité et de courtoisie, et prétendent inspirer à leurs habitués toute la confiance compatible avec la décence et la bonne éducation. La condition d'étranger est un titre à la bienveillance des personnes de la bonne société, de même que c'est un sujet de moquerie de la part des gens de basse extraction. Pour un homme du peuple tout étranger est Juif, et, pour les femmes de cette classe, il n'y en pas un qui ne soit une brute, par la raison toute simple qu'il ne parle pas espagnol.
Autrefois on régalait tous ceux qui venaient rendre visite suivant l'heure où ils arrivaient; depuis midijusqu'eà quatre heures de l'après-midi on les obligeait à prendre las once (1), et le soir on leur offrait du chocolat, des biscuits, etc. Aujourd'hui on leur donne du thé, ce qui fait dire aux personnes qui ont passé la cinquantaine que les Anglais, avec leur eau insipide, ont introduit la mesquinerie dans les familles.
Les dames des temps passés fumaient presque toutes, de sorte que la première chose qu'elles offraient à leurs amies était un cigare, puis des parfums, des fleurs, etc. Cette coutume a disparu aussi, sans que les Anglais l'aient remplacée par aucune autre.
(I) Las once (les onze) se composaient généralement de pain, de fromage, de fruits, d'olives et surtout d'eau-de-vie (aguardienle); les onze lettres formant ce mot espagnol ont servi à désigner honnêtement ce repas, et à supprimer la phrase peu aristocratique de / 1 (tmostiec/iar un trajo! (Allons boire un coup!),
Les grandes soirées et les bals sont très-rares, ce qui ne donnerait pas une idée bien favorable de notre sociabilité. Certains jours de l'année les membres et les amis intimes des familles se réunissent bien; mais ces invitations de grande cérémonie qui permettent d'acquérir facilement des manières distinguées et de resserrer les relations sont, nous le répétons, très-rares; et cependant les jeunes personnes sont très-enthousiastes du bal et de la musique, et il s' en trouve bien peu qui ne jouent du piano ou ne chantent quelques morceaux.