FÉLICITATIONS, COMPLIMENTS DE CONDOLÉANCE, ETC
La courtoisie espagnole , dont nous possédons encore quelques restes (et Dieu veuille que nous ne la perdions pas toul-à-fait, pour la remplacer par une politesse fausse et fictive), était célèbre dans le monde entier. La sincérité , la loyauté et la franchise de nos aïeux étaient accompagnées d'une rigoureuse étiquette , parce qu'ils regardaient comme un manque de politesse et d'amitié de ne pas manifester à un ami le plaisir qu'on ressentait pour tous les bonheurs qui lui arrivaient , et la douleur qu'on éprouvait de ses malheurs et de ses souffrances.
C'est l'habitude d'aller rendre visite à un ami plus ou moins intime, quand il a obtenu un emploi; quand il revient d'un voyage, pour lequel il vous avait dit au revoir; lorsqu'il se marie; le jour de l'anniversaire de sa naissance; quand il a un enfant, ou, en général , lorsque lui arrive quelque chose qui doive lui causer du plaisir ou lui faire de la peine.
Celui qui se marie a l'habitude d'annoncer cet événement à ses amis; la formule ancienne des lettres de faire part d'un mariage était à peu près conçue en ces ternies : D. N'. N. vous annonce son alliance avec mademoiselle Da N. N. et tons les deux se mettent à votre disposition. L'étiquette exigeait qu'on répondît à cette lettre par une visite dans laquelle on exprimait aux jeunes époux les vœux qu'on formait, pour que leur bonheur durât ■plusieurs siècles, et que Dieu leur envoyât beaucoup d'enfants. Aujourd'hui les lettres de faire part con-
sistent dans une carte de visite portant les noms des nouveaux mariés; les personnes bien élevées n'y joignent aucun emblème, mais quelques autres écrivent leurs noms au-dedans d'un ruban formant un nœud, et soutenu par le bec d'un oiseau.
Les compliments adressés à une personne, le jour de l'anniversaire de sa naissance, se bornaient à lui dire : Que vous passiez des jours heureux en compagnie de votre respectable famille; à quoi les félicités répondaient : Que ce soit aussi en votre compagnie. Aujourd'hui on a supprimé le compliment et on se félicite au moyen d'une carte de visite.
A la naissance d'un enfant, la mère ou le père ont l'habitude de le faire savoir par un domestique , qui , il n'y a pas longtemps encore, quand il y avait des esclaves, s'en acquittait en disant : Ma Senorita dit que sa Grâce ait d'heureux jours ; comment se porte sa Grâce? que sa Grâce a un sujet de plus à qui commander. Ce message donnait lieu au dialogue suivant :
— Ah ! elle est donc accouchée ?
— Oui, mi amita (ma petite maîtresse).
— Et de quoi est-elle accouchée?
— D'un garçon, senorita.
— Et à quelle heure est-elle accouchée?
— Cette nuit, à onze heures., senorita.
— Et qui l'a accouchée?
— Mi amita Joaquina.
— Et quand le baptise-t-on?
— Ce soir, senorita.
— Et qui est le parrain?
— Mi amo (maître), el Sr. D. Antuco.
— Bien, dis à ta senorita combien je me réjouis que Dieu l'ait délivrée heureusement , et que ce soir j'irai la voir avec les niiias (petites filles).
— Adieu alors, mi amita.
Quant à la manière dont on faisait autrefois et dont on fait aujourd'hui les compliments de condoléance, que nos lecteurs se reportent à ce que nous avons dit sur les deuils et les enterrements.
Le raffinement des mœurs a aboli les placemes ou compliments stupides , qui se faisaient auparavant aux parents qui venaient de perdre un enfant en bas âge. Dans la certitude que les créatures innocentes n'ont pas à subir les épreuves du purgatoire, mais bien qu'elles vont tout droit voir le visage de Dieu, on disait à la mère : Que Dieu vous donne la vie et la santé pour envoyer des anges au ciel! ce qui équivalait à lui souhaiter encore la douleur de perdre ses enfants. Ce compliment, nous le répétons, a été aboli, et les amis ne désirent plus aujourd'hui, ou, du moins, ils ne le font pas voir, que leurs amis envoient des habitants au ciel.
Les félicitations de voisinage se font, par les personnes établies dans un quartier, à celles qui viennent l'habiter. Elles consistent à faire part au nouveau venu qu'on se réjouit de son voisinage , et à lui offrir les services dont il peut avoir besoin; la personne qui est l'objet de ces félicitations les rend le jour suivant; celle qui l'a félicitée va la visiter dans la huitaine, et, cette visite rendue, les choses en restent là ou donnent naissance à des relations d'amitié.